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Revue de presse

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" Le meilleur site d'humour du web " - Guy Birenbaum (8.10.2007)
" Et dire que ce génie recherche un stage en presse écrite !"  - Guy Birenbaum (24.11.2007)
" Non, pas maintenant Myblack, j'ai la migraine" - Guy Birenbaum (21.12.2007)

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Jeudi 17 juillet 2008

Salut les jeunes, c’est l’été. Et qui dit été dit jeu, dis-je. Si, faute de budget, nous avons du sucrer du cahier de vacances les mots croisés, charades, rébus, points à colorier et autres supplice des sept erreurs, restent toute une série de labyrinthes sur la vie du plus gros flambeur de tout Paris : Myblack.

 

Bon amusement à tous (vous pourrez retrouver les solutions dans un numéro précédent).




Labyrinthe numéro 1 : Aide Myblack à trouver l'épanouissement professionnel en évitant les pièges de sa carrière naissante de journaliste.
































Labyrinthe numéro 2 :
Aide Myblack à chasser ses démons schizophrènes

































Labyrinthe numéro 3
: Aide Myblack à trouver le chemin de l'amour en évitant les tentations sans lendemain

par Myblack publié dans : Plaies de la vie quotidienne
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Samedi 12 juillet 2008

 

A 24 ans, il est temps pour Myblack de songer à fonder un foyer où naîtront plein de futurs chroniqueurs syndiqués dès le landau à l’entreprise paternelle, le Blog de Myblack. Ce projet audacieux de développement pourrait bientôt prendre forme : il se murmure en effet en haut lieu que l’écrivaillon aux 330 articles partagerait la couche d’une jeune fille depuis trois semaines, et qu’il n’aurait pas l’intention de la changer (la jeune fille, pas la couche).

 

« Tout est faux, se défend-t-il pourtant. Que mes lecteurs et lectrices se rassurent : ils peuvent continuer à fréquenter mon Blog et rêver de mes muscles saillants, je suis toujours célibataire. »

 

Elu en 2007 « célibataire en chaussettes le plus sexy de la blogosphère » - ex aequo avec David Abiker -, Myblack devra-t-il rendre son sceptre si d’aventure cette hypothèse s’avérait véridique ? Ou pourra-t-il tranquillement continuer à l’agiter en toute impunité à la face crémeuse du sexe faible, sans risquer d’éventuelles remontrances d’un visage moins furtif que les autres ? Nul ne le sait, et surtout pas Myblack : c’est à peine s’il a compris le quart des questions précédentes.

 

Il n’a pas été possible d’interroger son confrère Gérard Crobard, qui se cache en lieu sûr depuis la réouverture de l’affaire Grégory. Mais plusieurs clichés corroborent une idée qu’on pensait jusque là farfelue, celle d’un Myblack épris par une autre personne que lui. Mais laquelle ?




Sur cette première photo, on peut voir Charlize Theron (en robe grise) et Myblack (en rond rouge ) côte à côte. 

 



































Ou bien le blogueur fricote-t-il avec Scarlett Johansson, qu'il croiserait fréquemment à Paris, comme sur cette photographie.
























On a aussi pu admirer, récemment, Myblack avec Marie Drucker, main dans la main, en pleine heure de pointe du trottoir.



























Plus surprenant encore : Myblack serait amoureux de... Chimène Badi, qu'on peut voir à l'arrière-plan sur cette image, juste derrière Myblack et son bout de bois enflammé - toujours levé, le bout de bois enflammé, toujours le bout de bois levé.




















Pour le magazine Closer, pas de doute : Myblack (ici, avec des lunettes) vit le grand amour avec Vincent McDoom, qui préfère pour le moment garder le silence, en bon noir qu'il est.


























A l’aune des images ci-dessus, se dessine la crainte d’un Blog laissé en perdition, d’un site à son tour célibataire d’articles, de lecteurs jaloux et familiers, d’un monde sans lendemain et d’un vous n’auriez pas sans balles pour en finir définitivement.

 

Rendez-vous tous chez l’armurier, les calibres 12 sont à moitié prix cette semaine.

par Henri-Fabien Shwepps publié dans : Plaies de la vie quotidienne
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Vendredi 13 juin 2008

Les potins circulent sur mon compte aussi vite que sur l’A10, sauf qu’ils tractent des caravanes de mensonges sans permis.

Depuis la chute de l’article « Etude du cerveau de Myblack », les murmures s’affolent et outrepassent les limites : Myblack a une tumeur au cerveau, Myblack a une tumeur au cerveau, Myblack a une tumeur au cerveau, nananère, Myblack a une tumeur au cerveau.

Je tiens avant tout chose à rassurer mes fans : j’ai peut-être une tumeur au cerveau, mais je n’ai pas participé à la Star Ac’7. Moi.

 
Un pan non méprisable de mon lectorat considère cette révélation médicale comme un oiseau de mauvais augure, une manière délicate et subtile d’annoncer l’irrémédiable et putrescible extinction prochaine du Blog de Myblack. Ils savent mon intelligence du jeu et ma timidité toute masculine pour révéler ce genre de nouvelle, et composent déjà sur du papier à musique des lettres d’adieu ceintes d’émeraudes.

En soulevant les pierres, on peut lire « Myblack arrête son Blog, Myblack arrête son Blog, Myblack arrête son Blog, putain de bordel de merde, Myblack arrête son Blog. »

Je refuse de croire les ragots qu’ils propagent à grand coup de Bic de concierge.

Difficile de croire aux messes basses, lorsqu’on est athée.

 

 

 Comme vous pouvez le voir sur cette image, je n’ai absolument pas de tumeur au cerveau. Si vous êtes médecin, prière de confirmer cette allégation en com’.

 

 

Je n’ai pas absolument pas l’intention de stopper mon Blog non plus. Ca serait suicidaire. Mes revenus publicitaires sont indispensables pour payer ma chimiothérapie. Je serais malade d’arrêter.

Mon impresario m’a conseillé de choper la mucoviscidose dans les bordels d’Ankara en léchant les anus d’étudiantes en 3ème année de psycho. J’ai également refusé sa proposition : rien ne me dit que ces nanas-là n’écoutent pas du Grégory Lemarchal en douce.

On est jamais trop prudent, dans les bordels.

Par contre il est vrai qu’une maladie infime ne serait pas de refus. J’ai dis infime, pas infirme.

Une grippe ou une coqueluche, un gadget suffisamment élaboré pour convaincre mon médecin d’éructer son arrêt maladie.

Hé ho ?

Y a-t-il un cœur compatissant pour me gratifier d’une varicelle ? D’une toux ? D’une maladie bénigne ?

Tout, tout sauf une maladie Bénin, s’ils vous plait. Je suis trop jeune pour avoir le Sida.

par Myblack publié dans : Plaies de la vie quotidienne
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Dimanche 11 mai 2008


Eventuellement, en triturant mes opinions auvergnates et politiques avec la délicatesse d’un boucher de là-bas en visite dans la petite culotte d’une femme de la haute, il est possible d’y trouver un très léger point commun avec Nicolas Sarkozy.

Non, ma copine ne s’appelle pas Carla, mais Bruno.

Non, je ne parcoure pas le Tout-Paris en limousine, mais le Tout-Limousin en paréo.

Non, je n’ai aucune sympathie pour l’Elysée, ou alors inconsciemment, dans mon bain, quand je fredonne « Moi, Lolita ».

 

Non, par contre, au fond de moi miaule une sincère affection pour l’Amérique qu’on aurait pas envie de balancer contre le mur, ou alors seulement si le chat possède la tronche de Rudolph Giuliani – ou la tronche de n’importe quel autre Rudolph – il faut vraiment être aussi con qu’un chat pour oser s’appeler Rudolph.

J’ai connu un élan qui s’appelait Rudolph, en troisième. J’ignore si c’est à cause de son prénom ou de ses bois larges et acérés, mais il s’entendait très mal avec les gars de ma classe qu’il transperçait par erreur. Mais c’était un animal charmant, toujours partant pour une blague de potache ou une course effrénée dans les couloirs du collège. Un jour, alors qu’il reniflait son quatre-heures dans les toilettes des filles, j’ai discrètement fouillé dans son cartable. Surfant entre les lichens et les crayons pastel, mon petit doigt touffu s’est emparé d’un agenda Tortues Ninja, un bleu, où j’ai entraperçu des petits mots doux, des cœurs serrant très fort des « Je t’aime » teintés de roses, des poèmes tendres et mélancoliques sur l’amour et l’amitié dont la plupart étaient destinés à ma mère et je sais pas pourquoi je vous raconte ça, d’ailleurs.

 

Bien, retombons sur mes pattes. Oui : j’aime beaucoup l’Amérique, disais-je, avant d’être coupé dans mon élan. J’aime autant l’Amérique que les McFlurry que des bacheliers obèses servent noyés sous un nappage flambant neuf – inutile de demander aux responsables du MacDo si l’on peut également noyer les bacheliers obèses : j’ai déjà demandé.

J’aime tellement l’Amérique autant que les McFlurry que je vais fréquemment au MacDo en consommer, pour prouver à quel point j’adore l’Amérique. Et quand il m’arrive de trop adorer l’Amérique en vomissant ce trop-plein d’amour en pleine rue, je n’oublie jamais de rappeler aux piétons que, souvent, l’amour est sale.

 

Tout serait en vérité angélique si ma branche patriotique ne serait pas jalouse de ma fibre US. Je l’entends aboyer, en plein hamburger, réclamant davantage de considération pour la nation, davantage de sentiments affectueux pour nos belles forêts, davantage de sauce moutarde pour mon Chicken Delice. Pour qu’elle remue la queue – voilà à quoi mène parfois les métaphores – je l’emmène alors au Quick.

Et j’emmène donc mon côté français au Quick, le lundi, puis mon côté américain au MacDo, le mardi, puis encore une fois mon côté français au Quick, le mercredi, et ainsi de suite pour éviter les dissentiments. Je mange équilibré : un coup je me ruine la santé en France, le coup d’après je m’annihile cinq ans d’espérance de vie aux Etats-Unis. Tiraillé ni par ma face est, ni par ma face ouest, j’évolue ainsi dans un monde libre débarrassé de tous conflits, une sorte de planète utopique recouverte de sauce moutarde et de McFlurry. Connaissez-vous cette impression de voler de ses propres ailes, à l’écart des fouets et des boulets, seulement prisonnier des chaînes de restauration rapide ? – et des boulets qui y travaillent, admettons. Merci, merci Dieu d’avoir pensé à l’embarras du choix, mon ventre t’en est reconnaissant, seigneur ! Ah, mes amis, cette sensation de liberté qui m’envahit à chaque frite, francophone ou anglophone, en glaise ou anglaise, quel régal, quel bonheur, quelle allégresse !

 

 

Bon, par contre, j’ai maintenant besoin d’une personne serviable possédant une brouette, un side-car ou n’importe quel autre moyen de locomotion pour transporter mes 216 kilos de mon appartement au very fast-food le plus proche.

Merci d’avance.

par Myblack publié dans : Plaies de la vie quotidienne
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Samedi 19 avril 2008

Ils ont gagné : j’exècre le nord de la France, dans un rayon de 100 kilomètres autour de Bienvenue chez les Ch’tis.

 

La Ch’timania a fini par m’assommer. A l’origine, je n’avais rien contre les Picards et leurs dérivés. Je n’y faisais simplement pas attention, comme les merdes canines sur le trottoir.

Mais depuis que j’ai vu celle de Dany Boon, j’ai arrêté de marcher dans la propagande communautaire.

J’avais pourtant acheté mon ticket de cinéma avec la main gauche. Ca m’a guère porté bonheur.

La dernière fois qu’un pays du Tiers-monde avait autant fait parlé de lui, il crevait au Soudan. Les Ch’tis pourraient-ils apporter à l’Afrique un peu de leur patois ou de leur pathos à la carbonara ?

Depuis Attila, jamais une horde de « Hein ! » n’aura autant été dévastatrice : 18 millions d’entrées, dont 15 millions par les habitants du Pas-de-Calais. Normal : ils n’ont rien à foutre de la journée, ces chômeurs, faut bien qu’ils s’occupent.

 

Comment un film aussi prévisible qu’un juif dans un camp de concentration peut-il susciter tant d’éloges ?

Comment un camp de concentration filmé par un non-juif peut-il être aussi crédible dans l’horreur ?

Il faut vraiment avoir l’humour noyé dans la cuvette d’un WC pour trouver de la sympathie à cette œuvre de fin de banquet. D’aucuns poussent même le WC à comparer Kad Mérad à Bourvil. Et Dany Boon, c’est quoi dans ce cas ? Une salade de fruit ?

 

Le Nord, décharge où les mouettes soufflent dans l’éthylotest avant de décoller, dépose à chaque JT ses déchets humains dans mon écran. Toute cette empathie exagérée à l’extrême (droite, si l’on se fit aux résultats du FN dans la région) commence à puer. Le compassionnel déborde de la poubelle. Dans l’épreuve préambulaire des JO de Pékin de la peuplade honnie, les Chinois viennent d’être dépassés par l’ordure dans la course à l’or. Dur.

 

La fameuse banderole de la dernière finale de Coupe de la Ligue (Pédophiles, chômeurs, consanguins : Bienvenue chez les Ch’tis) a suscité un tollé de la part des principaux concernés. Il est vrai que cette affaire a vraiment causé beaucoup de tort aux pédophiles.

 

Le groupe facebook J’exècre Bienvenue chez les Ch’tis est un franc succès, puisqu’il ne compte pas moins de seize membres. Le tout sans bouche à oreille, s’il vous plait ! (Les bouches sont occupées à vomir ; les oreilles se doigtent pour ne pas entendre la franchouillardise ambiante).

 

Plus les billets se vendent, plus ma haine monte au box-office. Dans la rue, j’en viens à mordre les Ch’tis : dimanche, j’ai ainsi uriné sur Mimie Mathy, pour me soulager l’aversion. C’est vrai qu’elle est vachement Ch’tis, de près.

J’espère que nos amis américains qui subiront prochainement le film auront l’aversion sous-titrée. Histoire de bien comprendre que, comme dans n'importe quel point cardinal français, il n'y a pas que des gens biens dans le nord.

par Myblack publié dans : Plaies de la vie quotidienne
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Vendredi 28 mars 2008

A quelle heure doit-on dire bonjour ou bonsoir ?

Chaque jour, la même rengaine dégaine : « 17 heures 24 et un douanier en face de moi, dois-je lui déclarer bonjour ou bonsoir ? » Poursuivre une journée de merde qui a déjà trop démarré ou en introduire une nouvelle qui n’a toujours pas enlevé ses bas ?

 

Etre poli me fatigue, surtout sans couverture.

Si on devait saluer uniquement ceux qui en possèdent l’intérêt, on irait au boulot les mains dans les poches. Et on bosserait au boulot les mains dans les poches. Et c’est d’ailleurs ce que je fais.

 

J’ai donc décidé de ne plus verser bonjour à quiconque. Ni bonsoir. Ainsi, je suis certain d’éviter l’impair, de me mettre en porte-à-faux vis-à-vis des règles de courtoisies horaires.

La première des politesses, c’est de savoir s’en abstenir.

 

Déjà deux mois que je quitte le bureau de mon stage vers 17 heures 42 sans en avertir mes collègues, dans une discrétion espionne, sans croiser les regards de main et les poignées d’oeils que je ne saurais habiller avec certitude d’un bonjour définitif ou d’un bonsoir introductif. J’aurais pu éventuellement glisser du « bonjouar » pour faire commercial, pour avoir le cul entre deux chaises, mais les stagiaires restent debout, dans cette entreprise.

 

Et oui : en presse, les économies se font partout, sur tous les dossiers.

 

Déjà deux mois que je fais le mort lorsque le Big Boss étire sa main courante vers la mienne incapable de choisir entre les deux extrémités, trop polie pour risquer l’outrecuidance. Les « Salut Maxime » du patron s’effiloche sous mon silence de plombier trop concentré sur ses tuyaux pour risquer la moindre fuite.

 

Le Big Boss est pourtant engageant : la preuve, il porte des lunettes. On a toujours envie d’apprécier les gens avec des lunettes. On ne peut pas les taper, il faut bien en faire quelque chose.

 

Nous avons pourtant mis les choses au poing, lui et moi : il arrête de me troubler l’intestin par ses simagrées, et je stopperai mes mises au poing sur sa gueule. Ma violence a scellé l’accord, ses trois jours d’infirmerie ont salé l’accord.

 

Je suis ravi qu’il a arrêté dorénavant de me parler en me voyant ; ce respect de ma politesse indécise est tout à son honneur, et me laisse présager un grand avenir au sein de la boite. En effet, la politesse est une règle essentielle du journalisme, qu’on soit grand, charismatique, puissant, tâcheron ou simplement grand, charismatique et puissant comme je le suis.

 

Maintenant que le bureau entier ne m’adresse plus la parole, je n’ai plus à me soucier des bonjour et des bonsoir qui envenimaient jadis mon travail, mon milieu de journée. La concentration à son maximum, j’exécute toutes les tâches qu’on me confie avec plaisir et assurance, sans perler au moindre quidam pénétrant dans la pièce.

Sans perler, ni parler.

 

Ah qu’il est bon d’écrire ses papiers sans risquer le claquage cervical ; qu’il est louable de s’asseoir devant l’imprimante en ne photocopiant plus la dentition hypocrite de ses micro- possesseurs ; qu’il est agréable d’évoluer dans un milieu pas encore corrompu par les sévices de la gentillesse.

Y a un temps pour tout. Si on voulait de la bonne humeur dans le travail, on n’irait pas au travail. Face à tant d’indifférence, je donne mon maximum, sans crainte de voir troublé mon impétueuse fertilité d’esclavagiste par les remugles imprévisibles des prévisibles en chemise d’à-côté.

 

Quand j’entends mon confrère stagiaire balbutier un « bonsoir » douteux à 17 heures 36 sans savoir si un « bonjour » n’aurait pas été finalement plus approprié, je ris de lui. Et du patron qui, imbécile, lui répond « bonsoir », emporté par l’élan probablement bidonné du stagiaire.

Un stagiaire qui bidonne : encore un qui ne trouvera jamais de job.

par Myblack publié dans : Plaies de la vie quotidienne
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Mardi 25 mars 2008

Je crois que mon père me hait.
D’une haine si forte qu’elle réinvente le mot nausée et établit le nazisme comme dessin animé.
Tout ça parce que j’ai accidentellement roulé sur maman en empruntant sans rien dire sa nouvelle Volvo flambant neuve. Est-il dépité d’avoir dû la vendre pour payer l’opération de ma mère ? Ou parce que j’ai visé le bassin au lieu de la tête ? Quoiqu’il en soit, depuis cette matinée bleutée de perles de pluies, il me hait.
On a toujours eu des rapports délicats, lui et moi. Lorsque j’étais encore un indomptable spermatozoïde, il se montrait violent, grossier, à la limite du viol. Toujours à me tripoter, cet incestueux pédophile. S’il s’est calmé après ma naissance, il ne m’a jamais vraiment accordé sa confiance. Ce n’est qu’en fermant les rideaux que je pouvais batifoler, à l’aube de son sommeil de plomb jusqu’au crépuscule de ses envies urinaires. Trois fois rien, donc, mon père pissant tout le temps, infatigable gladiateur de sa verge, tous les jours, du lundi au samedi, veni, vendredi, vessie.
Ses ronflements sont si forts qu’on regrette parfois de ne pas habiter près d’Orly. Mais, à Roubaix, point d’avion couvrant le son, point de mur étouffant l’essaim, juste le froid et l’effroi que laissait entrer mon père, les fenêtres ouvertes et les traces de bleus près de mes genoux.
Il ne me battait pas vraiment . Il a très vite compris que ses ceinturons saturaient de me voir insensible, a très vite cerné mon manque absolu de volonté et ma redoutable force de je-m’en-foutiste. On ne prend pas plaisir à frapper un meuble. Me voir sourire en pleine punition engrossait sa haine, et j’aimais ça, voir mon père souffrir de ne pas me faire souffrir.
 
Pour être franc, je préfère largement maman.
Surtout depuis qu’elle est tétraplégique. Elle m’engueule beaucoup moins souvent. Son cerveau se plaint encore des restes de l’accident. Moi qui ai toujours aimé les légumes, avec elle, je suis servi. A volonté. Les rares fois où elle articule, c’est pour cracher des noyaux de cerises. Elle est rigolote, elle me fait rire. Elle a su garder intact cet attachant sens de l’humour qui la caractérisait, autrefois, quand les brûlures de fer à repasser avait encore un effet sur ses sens. Sa compagnie est douce, reposante. Je la laisse des après-midi entiers devant Pink TV, lorsque je m’absente, avec un verre d’eau et des croquettes. Je laisse la porte ouverte, ça permet aux clochards de lui rendre visite, de l’égayer. Faut la voir, elle est mignonne, on dirait une peluche – sauf qu’elle fait davantage de bruits rigolos qu’une vraie quand on lui appuie dessus.
Elle n’a plus ses membres et ça me chagrine : je suis forcé d’aller ouvrir, quand on sonne à la porte. Mais je me cotise : je lui ai fabriqué un pot où je conserve mes rognures d’ongles, au cas où je lui trouve un bras. J’ai toujours été prévoyant, comme garçon.
Quand je m’ennuie j’emprunte son fauteuil et je fais des courses sur le parking de Leclerc, avec des potes. Mais leurs caddies sont plus rapides, les veinards. Maman est toujours ravie de me voir revenir, là où je l’avais laissée, sur le lit – ou sur la moquette, vu que parfois elle essaye de quitter le lit. A croire qu’elle en oublie qu’elle est tétraplégique !
Heureusement, je ferme toujours à clé la chambre. Faudrait pas qu’elle se fasse écraser en sortant de la maison par un chauffard inconscient.
 
Mon père est souvent en voyage, ce lâche.
Il ne pourra pas toujours compter sur moi pour maman.
Il dit que je suis un incapable, que je finirai seul. Comme une merde.
Effectivement, je suis un incapable, mais j’en connais beaucoup d’autres qui ne sont pas célibataires.
Il n’a jamais accepté mes petites amies.
Simplement un sourire, un bol de lait le matin, une tape virile dans le dos : j’attendais peu de sa part. Rien. Jamais. Never. Montluçon. Les entrées désireuses d’en sortir devaient subir, tout au long des repas avec mes ex, les admonitions de mon père, cruel et sournois, criminel et narquois, décibel et iroquois. Il bavait de mépris et secrétait des muqueuses, visqueux comme un rottweiler. Il les dévisageait tellement qu’elles devenaient hideuses, m’obligeant à rompre en plein dessert – ayant pour principe hygiénique de ne pas sortir avec des moches.
Les moches c'est fait pour rester dans le lit, pas pour se montrer. C’est comme les vieux t-shirts, tâchés, trop grand ou petit, hors de la mode et du temps que malgré tout on continue à s’enfiler. Pourtant j'en ramenais des cruches, des seaux, des puits d'incultures. Des canons, en plus. Obligé. Mais non, il les crochetait, leur demandait sans la moindre gêne de reposer le coffre à bijoux de maman dont elle ne sert pourtant plus.
Il était odieux, ils les traitaient comme des putes, alors que certaines n’étaient encore qu’étudiantes.
Un jour que j’exhibais une palourde aux cheveux noirs qu’on range communément dans la sous-famille des brunes de mer – parce qu’elle mouille à la moindre secousse vaguement romantique – papa a commencé à lui poser des questions dérangeantes, agressives, provocantes. Inqualifiables. « Et toi, tu penses quoi de l’état actuel du Modem ? Tu as vu la situation au Darfour ? J’ai beaucoup apprécié le dernier David Lynch, pas toi ? » La pauvre. La nature a horreur du vide. Mon père aussi, de nature.
Ma palourde a pleuré toute la nuit, pendant que nous faisions l’amour. Toute la nuit.
Maman est beaucoup plus docile, avec mes copines. Elle aime me voir aimé ; je le remarque à ses paupières, la rare chose qui bouge encore dans ce fauteuil. Nous dansons nus autour d’elle – mes copines sont généralement barges - et elle se tait, paraît m’approuver. Elle se tait, même quand je leur fais l’amour. Elle se tait et sourit, près du lit, clouée, l’air un peu absent. Et pleure. Toutes les nuits.
 
par Myblack publié dans : Plaies de la vie quotidienne
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