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Bureau du jugement dernier, mardi, 11 heures.
« Bonjour.
- Ah, monsieur Myblack, entrez-donc, nous vous attendions.
- C’est chaud pour se garer ici.
- C’est à cause des travaux, oui. On refait un peu l’agencement du site. On agrandit en prévision d’un arrivage pour la guerre atomique mondiale de 2014. Deux à trois milliards de personnes.
- Le problème, c’est que je fais la queue depuis trois mois, et mon ticket de parcmètre est valable seulement quinze minutes. J‘espère que les contractuelles seront compréhensives.
- Les contractuelles vont en enfer, monsieur Myblack. Bien. Vous êtes donc ici pour votre jugement dernier.
- Je ne suis jamais passé devant un jury. C’est intimidant. Enfin si j’ai fait demi-finaliste de Popstars en 2003 mais bon, c’était Bruno Vandelli, c’est pas la même chose. Qui êtes-vous, au juste ?
- Je suis Dieu. Francis Dieu.
- Moi c’est Pierre Nichon. Alias Saint-Pierre, mon nom de scène.
- Moi c’est Marianne James.
- Et moi Dove Attia. Alias Pinpin le Lapin, mon nom de scène. Si vous restez-ici je vous encourage à aller voir ma comédie musicale sur la vie de Pascal Sevran, du 2 juin 2009 au 16 mars 2319. Pensez à réserver.
- Merci, c’est cool.
- Commençons sans plus attendre, j’ai un mini-golf avec KurT Cobain à midi. Myblack, je rappelle rapidement votre carrière de blogueur : propos offensants sur la personne de Grégory Lemarchal, propos douteux sur la population juive, propos douteux sur la population alsacienne, propos douteux sur la population comptable, jeux de mots multiples et blagues éculées sur Magalie Vaé, pompage sans vergogne de Desproges, Bigard, Carlos, Pierre Dac et Mireille Darc, fréquentation illicite avec la publicité pour moins d’un euros quotidien, cohabitation avec des intermittents du spectacle, sodomisation de moutons, téléchargement illégaux, moqueries sur les myopathes, les roux et les turfistes, insultes à agents…
- J’espère qu’ils ont W9 en enfer.
- La TNT est arrivée fin novembre, oui. Mais vous ne serez pas condamnés à la Géhenne.
- La Géhenne ?
- C’est le nom de scène pour l’enfer.
- La ou y a la Géhenne, y a pas de plaisir, monsieur Myblack. Et nous ne voulons pas vous priver de plaisir.
- Je ne mérite pas l’enfer ?
- Non. Un incroyable destin vous attend sur terre.
- C’est vrai que je dois descendre les poubelles. Ca fait trois mois qu’elles traînent dans mon appart, les voisins vont finir par appeler Béatrice et Danielle de l’émission C’est du Propre.
- L’homme est fait pour descendre du singe, monsieur Myblack, pas les poubelles.
- Je vais aller au Paradis, alors ?
- Au Paradis ?
- Ouais. Le Paradis.
- Ah, vous parlez du bar à tapas.
- Comment ça ?
- Le Paradis. C’est un bar à tapas à quelques pas d’ici. Rétroprojecteur, Pinpin.
- C’était pas censé être un lieu féérique comme un parc avec des bancs rouges, des anges, des femmes nues et des cascades de fleurs ?
- Vous regardez trop la publicité. Ouais, ok, on l'a vendu comme ça à l’époque. On allait pas dire aux croyants « après la mort, y a un bar à tapas, donc mourrez sans crainte. »
- Surtout que tout le monde n’aime pas les tapas.
- Ils ont augmenté les prix, en plus.
- Y a pas d'anges, alors ?
- Si. Mais ils font du flamenco.
- Peu importe. Non, monsieur Myblack, votre destin est sur terre. Des lecteurs vous attendent, une magnifique carrière de journaliste à Picsou Magazine vous tend les bras, deux romans non
publiés ne demandent qu’à vous connaître, non, je suis désolé, mais il va falloir autre chose qu’un article sur Grégory Lemarchal pour mériter l’enfer.
- Je peux dire un poème si vous voulez.
- Allez-y.
- La nuit/On ne peut pas/Voir la nuit/Parce qu’il fait nuit
- Pour moi clairement il mérite l’enfer.
- La ferme Pinpin. Myblack, depuis quand remettez-vous en cause la parole de Dieu ?
- Depuis ma naissance.
- Ah, merde. C’est pas la réponse que j’attendais.
- Je n’ai aucune envie de retourner sur terre. Le monde est crasseux, opportuniste, individualiste, c’est la crise.
- C’est la crise ici aussi. Avant nous étions dix-huit jury lors du jugement dernier. Maintenant on est quatre, donc deux stagiaires.
- Ah je suis pas en CDD ?
- Non Marianne. Monsieur Myblack, l’enfer n’est pas pour vous. Il y a des gens pour ça.
- Oui mais moi j’ai pas W9 à Boulogne-Billancourt.
- Voulez-vous qu’on vous l’installe ? Pinpin, tu t’en charges ?
- Je ne retournerai pas sur terre !
- Le monde attend un sauveur. Un homme qui le déchargera de toutes ses peines, de sa haine, de la bave ectoplasmique qui s’étend sur chacun de ses organes. Un messie atomiseur de particules grises, qui plongera les saletés du globe dans la machine à laver de l’espoir.
- C’est ma mère qui nettoie à la main mes slips et mes vêtements.
- De toute manière vous partez d’ici demain. N’oubliez pas de payer la note du Mercure, quand même. Et
d’éteindre la lumière en partant.
- Prévenez-moi la prochaine fois que vous désirez m’enculer. Même si ca plait pas à votre VRP, je mettrai un préservatif.
J’ai une tendance nauséabonde à puer de la gueule uniquement en période de récession de chewing-gums. Ma bouche doit n’apprécier qu’avec modération les fréquentes intrusions chlorophylliennes qui l’assaillent quotidiennement. Ma bouche me fait la gueule, essaye-t-elle de me dire alors que je m’évertue pourtant à la laisser fermée.
On dit parfois que je suis timide. C’est faux : mon haleine est simplement trop bavarde pour la laisser s’exprimer en paix. Je suis obligé de la tenir en respect, de peur de déclarer la guerre à mes interlocuteurs.
Pardon : à mes interlocuteurs féminins, me dois-je de préciser. Mes interlocutrices, donc.
Dans 20 ans, le chewing-gum sera effacé des tablettes. Refouler du bec sera hype en 2030. Déjà, en Autriche, le Klerxoï bat des records de ventes - prière de vous adresser à Facebook pour saisir la référence - et le parfum « Expiration de Philippe Dana après un couscous garbit » attire la convoitise insoumise des coutumières des galeries Lafayette. Même si ces dames, parfois, regrettent l’achat une fois le parfum porté aux lèvres.
Non car soyons franc : puer de la gueule entre mecs, cela ne pose aucun problème. Entre eux, les mecs font caca sans se donner la peine d’allumer le robinet, reniflent en s’essuyant avec le revers de la manche, ou vomissent de concert en plein milieu des albums.
Les femmes sont un peu plus capricieuses sur le sujet.
Les femmes font rarement caca sans user d’artifices, sans cuire un steak haché pour dissimuler l’activité.
Elles n’apprécient guère l’idée, la simple évocation de péter volontairement à une heure du matin au bruit du canon, juste pour le plaisir de réveiller son partenaire. Une coutume très répandue chez les mecs.
Les femmes hésitent généralement, enfin il me semble, à porter le même caleçon deux jours de suite. Le fait
qu’elles préfèrent le string ou les culottes n’est pas l’unique explication.
Alors que les hommes vont aux toilettes en bandant, les femmes préfèrent y aller en bandes. A six, minimum. Tout le monde l'a constaté au lycée, ou en fac. Il y a davantage de femmes dans les toilettes que dans les meeting du Parti Communiste. En même temps la
comparaison fonctionne pour tout groupement d'humains supérieur à deux.
Les femmes sont des chieuses : lorsque ma copine veut faire ses besoins, elle est obligée d'appeler au moins trois de ses amies pour aller aux toilettes. Le fait que ses amies habitent dans
le Calvados explique, en grande partie, l'odeur nauséabonde de notre appartement (il faut généralement deux heures pour rallier Paris au Calvados)
Pour en revenir au caca féminin, nous touchons là un sujet tabou. Que je déconseille fortement de toucher, en tout cas. Les grands écrivains français en parlent assez peu. Ainsi, Flaubert, dans Salammbô, évite-il soigneusement ne serait-ce qu’une frêle approche. Il est de notoriété public que Victor Hugo n’a jamais rien écrit sur la question, à l’instar d’Albert Camus, André Gide ou encore Balzac. Frédéric Beigbeder a par contre lourdement insisté sur le caca, en parallèle à d’autre substances, mais n’étant pas véritablement un grand écrivain français il ne rentre pas dans l’analyse. Ah, reste Emile Zola, chantre du naturaliste, qui dans L’Assommoir se laisse aller à quelques descriptions d’excréments humains.
Quant à Marcel Prout… No comment.
Après quatre mois de stage ininterrompus, me voici de nouveau en vacances, du moins de retour en
cours. La routine s’installe, et, déjà, mars approche avec son cortège de questions
asphyxiantes :
- les giboulées seront-elles au
rendez-vous ?
- Samantha dira-t-elle à Joe
qu’elle pense que Fabrice a mangé un morceau avec Patricia, l’ex-de Tania désormais avec Joe ?
- Qui est Joe ?
- Dans
quel magazine vais-je bien pouvoir faire un stage ?
Je précise magazine car je trouve la Télé frelatée par l’orgueil, la chasse aux scoops, la concision, et la radio parce qu’en Auvergne personne n’arrive à la capter. D’ici 30 à 40 ans,
peut-être, quand les progrès de la technique auront permis l’installation de la fée électricité à Bourbon-l' Archambault et Moulins. Mais là, comme je veux faire journaliste juste pour que mes parents m’écoutent, mieux vaut se diriger vers la presse écrite. Enfin
vous m’avez compris. Sinon c’est pas grave, je continue.
J’ai déjà repéré quatre magazines susceptibles de m’accueillir en mars. La plupart recrutent. Ce stage se terminera en août, donc il m’est interdit de me tromper. J’ai besoin d’un avis extérieur pour m’éclairer, en sachant, qu’ensuite, l’objectif sera de décrocher un CDI dans l’un de ces magazines. Puissiez-vous être de bon conseil.
OUAF !
L’hebdomadaire canin qui vous dit toutou sur tout
Niche (*) : 2-12 ans
Positionnement : entre France-Dimanche et 30 millions d’amis
Page
centrale : Katsumi, la chienne venue d’Asie
Milou : « Tintin abusait de
moi »
Rintintin, d’Hollywood à la drogue : la déchéance d’une
star
Les conseils cuisine de Jean-Pierre Coffe : Dossier spécial Os de
poulet :
- où les enterrer ?
- Mes astuces pour les ronger
- Comparatif os de poulet/os de
gigot : lequel choisir ?
Politique : Olivier
Besancenot, un facteur à abattre
A quand le droit de vote
canin ?
People : Le basset de Colombo témoigne : « C’est moi qui résolvais les enquêtes »
Télé : Le coming-out de Bertrand
Renard : « Je suis un chien. »
Scobidoo-Sammy : les fiancailles en
mars
Reportage : Hector, survivant de la fôret de, nous raconte l’enfer de son abandon
Histoire : Laïka, la pionnière de
l’espace
Coco Chenil, reine de la mode
La chronique de Gérard Clébard : «J’ai Pif dans le nez. »
Interview exclusive du présentateur TV Jean-Marc Mors-aux-dendini ; « La rage de réussir est en
moi »
Nouvelle formule du Figaro : comment bien la rapporter à votre
maître ?
A découvrir : le Blog du Teckel enragé
Où adopter son Rottweiler ?
Rideau de douche magazine
Toute l’actualité politique du rideau de douche
Niche :
multigénérationnelle
Page centrale : CHRISTINE BOUTIN !!! nettoie son rideau de douche
People : Laure Manadou et Jean Sarkozy : elle lui installe son
rideau de douche !
Patrick Devedjian : « mon rideau de douche et
moi »
Crise boursière : faut-il nationaliser les rideaux de
douche ?
Interview Valéry Giscard d’Estaing : « faire du rideau de douche
le ciment de l’Europe »
Le plan banlieue de Nicolas Sarkozy enfin détaillé :
« Remplacer la police de proximité par des rideaux de douche. »
Gilbert Boucaillon,
ministre du rideau de douche, témoigne : « Je me sens ignoré par le président »
Exclusif : le rideau de douche caché de Mitterrand.
Contre-enquête : L’appartement d’Hervé Gaymard. La femme de ménage avoue : « rien qu’à lui seul, le rideau de douche faisait 74m².
Immigration : Brice Hortefeux fait la guerre aux rideaux de douches fabriqués en Chine
Comparaison : François Bayrou/Un rideau de douche :
- Qui à la tête du
Modem ?
-
Qui est le plus charismatique ?
- Peux-je nettoyer mon François Bayrou s’il est sale ?
Les remords de la copine de Myblack, dictateur du web : « j’ai nettoyé son rideau de douche sans lui
demander. »
Révélation : Bérégovoy a été étranglé par son rideau de douche.
Affaire Clearstream : le rideau de douche de Villepin nous dit tout : « il laisse des poils de cul dans le
siphon de la baignoire. »
Babyz
Un violent mélange entre FHM, l’Echo des Savanes, Têtu et Playboy, pour les 0-3 ans
Niche : 0-3
ans
Page
Centrale :
Henri Dès montre son trilili
Dorothée montre son gazou-gazou (interdit aux moins de 2 ans)
Dossier : Faut-il interdire
la vente de biberon de jus de carotte aux majeurs ?
Kevin raconte :
« J’ai fait de la prison pour avoir illégalement télécharger Les aventures de Pikou le Hérisson. »
Grand jeu concours :
1er prix : Faites-vous adopter par Jean d’Ormesson
2ème prix : Faites-vous adopter par Rihanna
409 730ème prix : Faites-vous adopter par Francis Heaulme.
Comparatif : Hell Man (29 ans)/Hugot (6 mois) : Qui a le plus petit
sexe ?
Tendances : Les couches en cuir
Le drame de Mathieu, 1 an, professeur d’Economie à Paris : « Les étudiants se moquent de moi parce que je fais
caca en plein amphi »
High-Tech : Commandez ses parents sur e-bay, c’est
possible !
Si vous avez d'autres pistes, je suis preneur.
Des administrateurs d’over-blog à l’intelligence plus que ténue ont non seulement fait baisser mes statistiques de 30% depuis mercredi mais aussi insister pour que j’arrête de multiplier les prévarications.
Multiplier les prévarications, en gros, c’est comme multiplier les pains, sauf que c’est illicite et que cela ne se trempe pas dans le café.
Les gredins m’ont averti, par courrier recommandé, de la nécessité d’instaurer sur mon blog une signalétique des articles. Je crois qu’ils ont en vraiment marre de recevoir des mails outrés de pisseuses de cinq ans tombées par hasard sur un billet relatant les fluctuations économiques de l’état burundais et de tout outre sujet que l’on peut régulièrement trouver sur Myblack.org.
Ainsi, les mains sur la tête, veuillez faire plus ample connaissance dès maintenant avec les joujoux de la
police :
J'écris cette note pour témoigner de la jalousie excessive de ma copine et, vu qu'elle lira ses lignes, tenter de la rassurer : non, mon amour, tu n'as pas à être jalouse.
Car comme toutes les femmes, ma petite amie est jalouse.
Dans un souci d'anonymat, appelons-là Bernard. Non, pas Bernard, je suis sorti avec un Bernard en 4ème, ça va la rendre jalouse. Appelons-là Clotilde. Pour une fois que je l'appelle, en plus, ça lui fera plaisir.
Parmi toutes mes petites amies, Clotilde est la plus jalouse, ce qui m'étonne grandement car je ne lui en ai pas encore présenté une seule depuis bientôt quatre mois. Sauf Sarah, certes, mais qui est vraiment trop moche pour qu'une personne puisse éprouver de la jalousie envers elle, hormis une femelle chimpanzé ou une adolescente allemande (d'ailleurs Sarah, si tu lis ces lignes, que fais-tu samedi soir ? Ca te dirait de prendre un verre ? Mathilde, Déborah, Caroline, Lara, Karima, Anaïs, Claire, Charlotte, Cheeta et Bernard sont indisponibles.)
Clotilde est jalouse car elle possède un passé amoureux difficile avec les hommes que je ne peux par de simples mots couchés sur du Word dévoiler. Enfin disons, en gros, pour résumer, qu'elle est sortie une fois avec un type qui aimait à la fois Noir Désir et la Boxe. Des passions qui traumatiseraient n'importe quelles femmes de la terre, de Melbourne à Vilnius. Moi, pour la rassurer, d'entrée de jeu, aux prémisses de notre relation, je lui ai murmuré :
- « Ecoute Clotilde, pendant que tu fais la cuisine, écoute, même si c'est pas ton vrai prénom : Tu n'as pas à être jalouse ! C'est avec toi que je veux partager mes soirs et me réveiller, toi que je veux bercer, chérir, cajoler et plus si jamais mon mal de ventre cesse un peu. Tu veux pas que je fasse la cuisine, plutôt ?
- Vous dites tous ça ! » s'est-elle écriée.
Clotilde avait une assez grande connaissance des hommes.
- « C'est vrai. Mais moi, je suis sincère. »
- « Bon, ok, d'accord. »
Ouais bon pas tant que ça, en fait. Mais cette dispute en a malheureusement appelé d'autres et, de fil en aiguille, j'ai cédé. Je dois aujourd'hui me résoudre à stopper toutes rencontres, même fortuites, avec la gent féminine. Ou alors en prenant vraiment toutes mes précautions. Non, ce n'est pas ce que vous croyez.
« Je suis fortement tenté d'accepter ce CDI dans votre prestigieux journal, mademoiselle Chopard, disais-je ainsi récemment à une nana de 40 piges du quotidien CLICHYSOUSBOISCOOP, mais veuillez signer préalablement ce modeste document de 32 pages en m'assurant qu'en aucune façon vous ne tenterez de coucher avec moi au cours de ces vingt prochaines années de collaboration professionnelle. C'est pas pour moi, c'est pour une amie. Elle est jalouse. » Et moi toujours sans emploi.
Clotilde, je t'assure, il n'y a personne d'autres dans notre couple que moi, toi et France Football. Et sois gentille avec ma mère, je t'assure qu'elle voulait simplement me faire un bisou sur la joue et non me prendre violemment dans les choux-fleurs du jardin. Papa s'en occupe déjà très bien. Des choux-fleurs.
La jalousie est un vilain défaut, mais toi tu es belle. Je sais qu'aller habiter à Paris te fait peur et que l'idée de te confronter à l'hostile faune mascaranisée des nuits de lunes simplement recouvertes par des jupes à marée basse t'effraie, mais dis-toi que les Parisiennes sont comme elles et moi. Enfin surtout elles. Si, en Normandie, ta région, j'apparaîs comme un demi-dieu scandinave qui a pu inventer l'eau chaude (au passage ne sois pas surprise en arrivant à Paris : c'est pas comme en Normandie, on ne se lave pas dans les puits), au sein de la capitale je suis simplement demi. Je bois de la bière pour oublier tous les vents que je me prends les samedis, quand tu n'es pas là. Euh non c'est pas du tout ce que je voulais dire, oublie, oublie ! Bois ! Bois !
Oui, je sais, parfois je fais des rêves la nuit où je parle à haute voix en évoquant des soirées SM avec des chiens, Régine, du cuir et des cocktails à moins de 8 euros. Il ne faut pas me croire, Clotilde, je t'assure, il ne faut pas croire les rêves : cela n'existe pas, les cocktails à moins de 8 euros. Ou alors dans les rêves en Happy hour, mais c'est un autre problème.
Pour en finir, et pour une dernière fois, je te promets que tu n'as rien à craindre de moi. Je n'ai jamais trompé personne. On m'a toujours largué avant. Clotilde, puisque si tu lis ces lignes, allez, que dirais-tu d'aller prendre un verre, samedi, rien que tous les deux, juste toi et moi, simplement nous, quoi ? Sarah a bowling, elle est pas dispo non plus.
Cela commence vraiment à être problématique, ce manque d’intimité.
Ma petite amie lisant mon blog – elle me l’a avoué alors que je lui faisais l’amour pendant la cuisson des œufs -, je ne peux plus évoquer mes penchants
secrets, mes désirs inassouvis et toute anecdote concernant une cohorte de femelles à franges qui, plusieurs fois par décennies, s’évanouissent dans l’ascenseur en m’apercevant. Ou alors c’est la
faute de mon after-shave, et je m’en excuse.
Mon père lisant mon blog – il n’hésite carrément plus à sortir, à table, des jeux de mots copyright Myblack, du genre «Tu veux passer du
coca-light ? », clin d’œil à l’appui -, je me refuse aujourd’hui à soliloquer sur la vacuité des cours de mon école et de ses professeurs nés, pour la plupart, dans les années 1870. Ou
alors cette odeur de poisson pané périmé imprégnant la classe provient de leur after-shave, et je m’en excuse.
Ma mère, à la lecture de « J’ai bien
compris qu’il fallait des carottes pour motiver ces bourriques à commenter » (article Myblack répond présents)
a extrapolé que ma petite amie m’obligeait à manger des légumes, ce qui n’est qu’en partie véridique – je les mange de
moi-même, c’est ça ou pas de dessert ensuite.
Je me sens comme cette femme sous sa douche, scrutée de toute part. A la seule différence qu’on ne m’utilise au titre de « femme à poil » pour
illustrer un article de blog dans le seul but d’attirer des lecteurs.
Hier, au boulot, mon patron m’a dit : « Ah au fait je ne savais pas pour votre
père. » Il est probablement tombé sur mon blog via ma pace facebook et a lu l’article où je raconte que mon père me violait. Bon, remarquez, il était si peiné à mon égard qu’il m’a filé
un CDI. C’est bien la première fois que je remercie mon père de m’avoir violé.
Un stagiaire beaucoup moins talentueux que moi n’a pas hésité, après avoir suivi le même chemin que mon patron, a me lancer en plein milieu de la cantine un
« AH COMME CA C’EST TOI L’ESPECE D’ENCULE QUI DETESTE GREGORY LEMARCHAL? ». Tous les regards se sont braqués sur moi, insistants. Je ne savais plus où me mettre. Une chance qu’il
n’était pas myopathe, j’aurais été obligé de lui voler
son fauteuil et de le pousser dans les céleris rémoulade pour réchapper à ma gêne.
Je suis donc contraint d’emprunter des trappes pour ne pas subir les ricochets acérés de mes écrits.
Désormais, seuls les initiés pourront lire les épisodes de mon existence effrénée, dont voici dès maintenant la nouvelle mouture codifiée :
L’édredon masqué sortira à l’aube de sa tanière.
Comprenne qui pourrave.
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