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2030. Je travaille pour une boîte dont le produit est l’humain. Chaque jour, je supprime les produits périmés. C’est simple, il n’y a qu’à appuyer sur un bouton.

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Mardi 24 avril 2007 2 24 /04 /Avr /2007 00:00

 

 

C'était un beau roman, c'était une belle histoire, c'était une romance d'hier qui se termine en eau de boudin. Raymond Bounaffou a été battu, dimanche, et l'homme est laminé. C'est officiel : il arrête son blog de campagne. Il ignore quel sens donner à sa vie : animateur sur la TNT, commentateur de match de hockey ou doubleur de séries TV anglo-saxonnes ? Il ne m'a pas encore donné la réponse, et se mure dans un silence pesant, au bas mot, 82 kilos.

Probablement arrêtera-t-il la politique. Un tout jeune retraité de l'isoloir maintenant isolé, qui a néanmoins, tout au long de 4 mois de cérémonie avec le peuple, acquis une renommée certaine. Bounaffou a été idolâtré et mérite bien son entrée dans un gigantesque Larousse, à la rubrique noms propres, en majuscules d'imprimerie. Alors, malgré notre peine, partons à la découverte de la vie de notre ancien mentor, pour tenter d'y percevoir des raisons d'espérer.

 

Biographie de Raymond Bounaffou

Enfances et études

Issu d'une famille auvergnate, Raymond Bounaffou s'initie rapidement à la politique : dès la crèche, il mène une rébellion anti-compote de carottes et réclame sans coup férir des milk-shake à la vanille. Très influencé par l'athéisme de son père, mais marqué par l'homosexualité de sa mère, il fait des études un bienheureux échappatoire. A cette époque Bounaffou est, comme on l'appelle communément, un fayot. Fils unique, sans ami, il voit dans les cours de grammaire un compagnon d'infortune. Il rentre en 6ème en 1982 et fait la connaissance de Jojo Brantouillard. Cette rencontre le marque à jamais : Jojo, grand gaillard, fait de Raymond Bounaffou le bouc émissaire de la salle. Il lui casse ses lunettes, lui baisse son jogging en cours de gymnastique et lui envoie des bouts de gommes en classe de sciences-physiques.  

Pour échapper à cette situation, il s'engage dans l'armée argentine et, intégré au bataillon du sergent Lopechardo, mène ses premiers meetings. En plein conflit des Malouines, il prononce "Si la guerre est le vice de l'homme, la paix est l'écrou des lâches". Il est porté aux nues par ses camarades d'infanterie qui, le lendemain, se font tous massacrer par l'armée britannique. Bounaffou parvient néanmoins à rentrer en France sans dommages, en brasse papillon.

 

Formation politique

En 1990, à 20 ans, il fonde dans sa chambre le Mouvement Neutre, malgré l'opposition de Boulotte, sa peluche en forme de dindon. Rapidement, la notoriété du parti explose et monte à deux adhérents, après la rencontre, dans une boîte échangiste de Brive-la-Gaillarde, de l'Oncle Dick, un pruneau d'un mètre 90. Son idéologie contestataire s'aiguise : atterré par la nonchalance de la société, Bounaffou prêche le djihad contre tout ceux qui entravent la bonne marche de la vie. Lors d'un stage au Crédit Agricole, il se rebelle contre une imprimante récalcitrante. La même année, il achète un pot de confiture de pomme Andros qui, malgré ses efforts, reste indéfectiblement fermé : son combat contre les objets impossible à ouvrir prend forme.

Fin septembre, ses parents décèdent lors d'une course de pousse-pousse. Pour survivre, Bounaffou enchaîne les petits boulots : nain de fort boyard, vendeur de sandwich SCNF, doublure de Mimi Mathy. Avec l'argent collecté, il s'offre un dépucelage avec une prostituée congolaise, qui restera marquée à vie par l'anatomie du voyageur (selon la biographie officielle de la jeune femme, éditée chez Plon). Bounaffou monte à Paris et s'inscrit au cours Florent : s'il est l'un des meilleurs en mime d'asperge, son bégaiement l'empêche d'apparaître dans les dramaturgies raciniennes.

En 1995, Bounaffou se présente, au nom du Mouvement Neutre, pour les élections municipales de Caracas (Venezuela). Ne parlant pas un mot d'espagnol, il mène une campagne basée sur la suppression du port de la moustache et la remplacement du pétrole par l'Orangina, jugé meilleur pour le goût. A la foule de moustachus vénézuéliens assistant à son seul et unique meeting de la campagne, il lance "Ich bin ein maquereau au vin blanc" qui ne recueille pas le succès escompté. Il termine 746ème et bon dernier, avec 0,00001% des suffrages. Quelque peu abattu, il est sollicité en rentrant par un maire sans étiquette d'un petit village de l'Allier. Après moult hésitations, il pactise avec cet homme, qui lui apprend les rouages de la politique. Son gourou le forme et l'initie aux poignets de mains baveuses, à la propagande, au sens du show et de l'à-peu-près.

 

L'idole de Villeneuve-sur-Allier

Germain Pouillard, son mentor, est réélu maire  de Villeneuve-sur-Allier (473 habitants) en 1997. Ces deux-là forment un couple complice : Bounaffou prend en charge plusieurs gros dossiers. Ainsi, il s'occupe de tourne-crayonner les mines du maire, puis de les mettre à la poubelle. Il exerce cette fonction pendant 3 mois. "C'était comme si le taille-crayon et lui ne faisait qu'un", dira Ernest Mouchard, un élu local.

Pourtant, en 1999, Germain Pouillard doit quitter son poste. Suspecté d'insulte à contractuelles et de détournement de capuchon de stabylo, il est démis de ses fonctions puis pendu par le verdict populaire. Raymond Bounaffou succède alors à son formateur, après un émouvant hommage : "Ce sont souvent les meilleurs qui partent les premiers, saluons-le pour avoir dérogé à la règle". Sa première mesure est d'importer de Suède plusieurs jeunes adolescentes, pour égayer la bourgade : il séduit ainsi les hommes du village - mais se met à dos leurs femmes. Bounaffou, en juin 2000, se révolte contre l'implantation d'une centrale nucléaire aux environs de Villeneuve-sur-Allier : il entame alors une grève de la faim, qu'il stoppe après trois jours, aux abois. Néanmoins, le préfet accepte de délocaliser la centrale en Ex-Yougoslavie.

Fin 2001, à quelques mois des législatives, des critiques injustes s'abattent. "Il passerait davantage de temps au babyfoot qu'à la mairie", déplorent ses détracteurs. Bounaffou dément et réaffirme son amour de la politique : "La politique, c'est comme le cul d'une femme : une fois qu'on est dedans, on ne veut plus jamais en ressortir". Il est finalement réélu à une large majorité de 68 % devant le candidat PS.

Son second mandat est celui de l'émergence : émergence démographique pour le village, qui dépasse alors les 1100 habitants, attirés par la bonhomie du personnage, émergence culturelle, puisqu'un musée Alain Chamfort est construit en plein milieu de la cité (une trentaine de maison sont ainsi rasées, un lundi, entre 3 et 6 heures du matin, profitant du sommeil de leurs propriétaires), émergence économique, enfin, Bounaffou se jumelant avec Kwouza, mégalopole polonaise de 200 000 habitants. "La Pologne est une nation d'avenir et le restera pendant longtemps", se justifie-t-il à La Montagne, le journal du coin.

Pour résoudre le problème de l'emploi, il ouvre une mine à charbon où il fait travailler les enfants en bas âge et les vieillards. Et cela fonctionne : le nombre de chômeurs chute - ainsi que le nombre d'habitants. Bounaffou se fend d'un "Le chômage, ce sont surtout les gens sans emploi que cela préoccupe, vous savez", qui passe dans le zapping de Canal+. Le 29 Mai 2005, lors du référendum de ratification du traité européen, il oublie d'aller voter après une soirée trop arrosée : ne sachant sur quelle position danser, ses électeurs décident d'aller se recoucher. Le taux de participation du village est le plus bas de France : 2%.

Juin 2006 : Bounaffou en a assez de la vie intrépidante de l'Allier. Il décide de retourner à Paris, avec comme seul bagage de solides convictions et une boîte de Miel Pops à demi-entamée. Au bois de Boulogne, il rencontre par hasard Myblack, avec qui il sympathise immédiatement.

 

L'élection présidentielle de 2007

 

Le 2 décembre 2006, Raymond Bounaffou devient le candidat officiel du Blog de Myblack pour les présidentielles. A cette occasion, il crée un blog et nomme un premier ministre, après des primaires échevelées : Kolia lui prête allégeance en agrafant un buste du candidat sur son site.

Sa campagne est enchevêtrée : tantôt moribond, tantôt primesautier, il peine à se démarquer. En janvier, il n'est d'ailleurs crédité que de 0,2 % des intentions de votes. Plusieurs évènements viennent à sa rescousse : c'est d'abord un voyage au Groeland qui le fait connaître, puis une partie d'échec avec Jean-Pierre Coffe, où il déclare "Je n'ai rien d'autre à offrir que du sang, des larmes et un égouttoir à salade !". Puis, Le 20 février, il saborde une émission télévisée avec Ségolène Royal. Arrêté, puis relâché, il apparaît comme un Mandela du pauvre aux yeux de l'opinion. Progressivement, ses prises de positions tranchées surprennent, interpellent, séduisent. Son comité de soutien dépasse les 50 signataires. Il grimpe à 1% dans les sondages. Invité à RTL, il déclare "c'est toujours un plaisir de parler politique avec des journalistes de talent. Et d'ailleurs, où sont-ils ?". On se surprend à l'apprécier. Myblack, son ami, lui donne quelques coups de pouces en relatant certaines de ses avaries qui touchent le petit peuple : enlevé par les milices soudanaises du Darfour, Bounaffou voit sa côte de sympathie considérablement augmenter à son retour.

Le 14 Avril, il avoisine les 8% d'amour. Le 18, il s'approche de la barre des 13% mais échoue le 22 au soir sur le barre des 16,64 %. Drame internationale : il doit laisser sa place à Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, et prend une retraite (définitive ?). Juste avant de partir, à la foule en larme, il prononce "qu'un poulet au Tex-mex abreuve nos sillons". 20 ans de politique résumés en une si laconique sentence : bravo, Raymond. Et à bientôt.

Par Myblack - Publié dans : Actualité
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