Curriculum vital

2030. Je travaille pour une boîte dont le produit est l’humain. Chaque jour, je supprime les produits périmés. C’est simple, il n’y a qu’à appuyer sur un bouton.

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Jeudi 3 mai 2007 4 03 /05 /Mai /2007 00:00

 

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Madame, Monsieur,

 

Le blog qui est le mien est très honoré de constater la récente hausse de sa fréquentation. Il vous remercie de votre assiduité en ses pages et espère que cette collaboration continuera le plus longtemps possible.

Néanmoins, sans vouloir apparaître trop incommodant, je vous serais gré de laisser, à chacun de vos passages, un commentaire qui permettra de conforter mon ego boulimique. Dans le cas contraire, vous me verrez obligé de publier des articles sur le tuning ou Yannick Noah.  

 

Veuillez recevoir, Madame, Monsieur, l'expression de mes salutations distinguées.

                                                                                                                            Myblack

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La bienséance qui caractérise ce blog est proverbiale. Les règles de courtoisies occidentales y sont rigoureusement respectées et, moi-même, je tends à agir de manière la plus civilisée possible. Ainsi, je m'excuse immédiatement quand je palpe les fesses des filles dans le métro et je n'oublie jamais de remercier les bosniaques non-voyants qui mendient devant mon immeuble dont je subtilise l'argent de leur casquette traînant sur le sol.

Lorsque j'aperçois une femme âgée dans le métro, je lui laisse volontiers ma place - à condition qu'il s'agisse d'une femme âgée de plus de 19 ans et demie, grand maximum. Dans les lieux publics, je reste propre et j'évite de cracher, sauf si je joue gardien de but (cela m'arrive, à l'occasion). Quand un enfant m'interrompt à table, en pleine digression sur le nombre de mies de pain coincées entre les dents de ma fourchette, je l'encourage à se taire en l'obligeant à finir les croûtons de pain restants sur la table. En galante compagnie, à proximité d'une porte, je laisse passer les filles en premier (en m'assurant néanmoins que la dite porte soit ouverte, sinon elles risqueraient de se cogner). Enfin, lors d'une discussion téléphonique d'un camarade, je reste le plus silencieux possible - me risquant seulement à de rares "DIS, T'AURAIS PU TIRER LA CHASSE, QUAND MEME! " et "C'EST LA SALOPE DONT TU M'AS PARLE ?", pour détendre l'atmosphère.

 

Vous remarquerez également que j'ai conclu ma missive par une formule de politesse. Au début, je ne voulais pas la mettre. Je ne crois pas trop aux formules de politesse. J'aurais tendance à croire davantage à Dieu qu'aux formules de politesse, c'est pour vous dire à quel point je ne crois pas aux formules de politesse. Totalement hypocrites, elles ne signifient rien pour moi. "Mes salutations distinguées". Distinguées de quoi ? Mes salutations n'ont rien de distinguées. Généralement, avant de saluer, je me gratte furtivement l'entrejambe : pas vraiment distingué, hein ? Mais voilà : "veuillez recevoir mes salutations moyennement distinguées", cela sonne mal, en haute société.

C'est comme le fameux "Veuillez recevoir l'assurance de ma considération distinguée". Je suis dans mon droit le plus complet, je n'ai commis aucun incident, je n'ai donc aucune sorte d'assurance à envoyer à ce type. De plus, je réclame juste un stage à un patron que je ne connais pas, probablement un sinistre connard, je ne vois pas pourquoi je devrais immédiatement le considérer. J'aurais d'ailleurs plutôt tendance à conclure "Veuillez recevoir mes coups de points dans la gueule les plus distingués, vil exploitateur capitaliste", au risque d'être mal vu de sa part.

Enfin le pire ce sont les merdes de bas de page, les "cordialement vôtre", "sincèrement vôtre", "amicalement vôtre". De qui se moque-t-on ? Alors oui, les chieurs (vous, notamment) argueront la nécessité d'établir une conclusion digne de ce nom pour tout courrier un tant soit peu important. Dans l'absolu, ils n'auront pas tort. Mais alors place à l'originalité, à l'inventivité. Sortons des carcans administratifs ! Car sinon, au rythme où vont les choses, bientôt, d'ici quelques temps, ce ne sont pas seulement les courriers qui seront contaminés, mais toutes les feuilles. Et une fois que la paperasse, à défaut des singes, aura asservi l'espèce humaine, il faudra faire face, dignement, à de multiples formules d'impolitesses :

 

- En bas d'une dictée de 5ème :

 "Votre dévoué élève du fond de classe près du radiateur, Fabrice."

- Sur un rouleau de papier-toilette :

"Veuillez recevoir l'assurance, monsieur le cabinet, de mes plus vibrants hommages".

- A votre directeur :

"Avec la sincère haine de l'ensemble du personnel de l'entreprise"

- En donnant votre numéro de téléphone à une inconnue :

"Je reste à votre disposition, mademoiselle, pour tout renseignements complémentaires."

- En faisant l'amour :

"Veuillez recevoir, madame la ministre des affaires étrangères, l'expression de mes respectueux sentiments.

 

Par Myblack - Publié dans : Plaies de la vie quotidienne
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