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2030. Je travaille pour une boîte dont le produit est l’humain. Chaque jour, je supprime les produits périmés. C’est simple, il n’y a qu’à appuyer sur un bouton.

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Samedi 31 mars 2007 6 31 /03 /Mars /2007 00:00

 

Angelo Hoekelet, la personne arrêtée par la police mardi à la gare du Nord, a livré sa version des faits au journal Le Monde. Son contrôle musclé a été l'élément déclencheur de six heures d'affrontements entre la police et des jeunes. Quelques extraits de sa déclaration :

"Ce jour vers 16h20, je me trouvais dans la gare du Nord. J'avais rendez-vous avec une personne qui m'attendait sur le quai de la ligne 5. (...) Un contrôleur RATP m'a demandé mon titre de transport. J'ai expliqué à cet individu que je venais de jeter mon ticket au sol et je lui ai proposé de retourner à l'endroit où j'avais jeté mon ticket pour le reprendre. Le contrôleur m'a alors demandé mes papiers. (...) Ce contrôleur m'a alors fait comprendre que de toute façon il me ramènerait de force, il m'a parlé avec un langage de cité. Je lui ai alors dit d'arrêter. (...) C'est alors que les autres contrôleurs RATP m'ont saisi au niveau des chevilles puis m'ont fait chuter au sol. Ils m'ont ensuite maintenu au sol jusqu'à l'arrivée des gendarmes. (...) Je me suis rendu compte qu'une foule importante s'était ameutée autour de nous. (...) Ensuite, j'étais dépassé par les événements et je les ai bombardé d'insultes.

Connaissant bien la gare du Nord pour m'y être perdu plusieurs fois, j'ai décidé d'y retourner. L'occasion de me faire une idée plus précise de la situation. Aucun agent ne m'a sauté dessus - dommage, j'aurais bien aimé faire la une des journaux -, so mon petit calepin orangé s'est dirigé vers l'un des protagonistes de l'affaire, le contrôleur du train qu'allait emprunter Angelo Hoekelet. Un témoignage bouleversant.

"J'étais en train de faire une grille Sudoku niveau master en attendant le départ quand j'ai entendu du bruit, vers 16h30. Inquiet, je me suis immédiatement rendu sur place, une fois ma grille terminée, aux alentours de 19h10. Il y avait plein de jeunes, de groupes d'acnéiques qui me bouchaient la vue. Mes sautillements ne m'ont pas permis d'en savoir plus. Les petiots m'obstruaient la vue. Du coup, je suis allé me refaire un second Sudoku."

Devant la gravité des évènements, je suis allé ensuite recueillir les impressions d'un membre central de l'affaire : le tourniquet du métro par lequel est passé Angelo Hoekelet. Un tourniquet de race blanche, installé dans la région parisienne depuis 1997, qui nous dépeint une vision radicalement différente :

"Bah je faisais mon job, routinier, enfin faut bien nourrir ses gosses quoi hein pi j'l'ai vu arriver, le gars. Congolais, hein, c'est ça ? Ouais. Bah bon noir, quoi. J'ai senti qu'il allait m'ignorer, et ça a pas manqué. Je l'attends toujours son ticket, moi, au gars ! Puis derrière mon dos ça commençait à grogner, mais manque de bol les usagers passaient tous chez Bernard, mon pote tourniquet. Moi j'ai rien vu, je suis resté immobile. Trop dégoûté, sérieux. Putain."

On n'en saura pas plus. Pour croiser les sources, pour étayer l'enquête, un 3ème intervenant s'est confié à mon charisme indéniable. Un participant qui, hélas, a subi de plein fouet les violences : la canette de bière envoyée par un jeune sur l'un des policiers.

Je bullais peinard, tu vois, quand tout mon coup l'un des ivrognes avec lesquels j'avais sympathisé m'a lancé sur les forces de l'ordre ! Youuuuouuu, je volais, sur le coup j'ai pas fait gaffe, l'illusion d'être Superman ou un Chateau Laffite 1964 me rendait ivre d'allégresse ! Puis je me suis scratché comme une merde sur la tête d'un moustachu avec une matraque, un chauve en plus, enfin j'te raconte pas la honte que je me suis tapé en rentrant à la maison avec ma femme "mais c'est pas vrai où que t'étais donc encore passé t'a vu l'heure qu'il est rahh mais tu vas la fermer pétasse oh mais tu me parles pas sur ce ton espèce d'enculé j'aurais du écouter ma mère fallait pas t'épouser mais allez ouais va plutôt sortir les poubelles fainiasse enfin bref."

Un peu déconcerté, j'ai tenté, dans un dernier élan journalistique, d'aller questionner une dernière personne. Bouleversée, elle m'a tenu des propos très dur.

"Je savais que cela finirait ainsi, m'a déclaré Françoise, la barrière métallique du magasin de téléphone portable qui s'est faite agresser par des jeunes. Dès qu'il y a du grabuge, des bandes de, excusez-moi l'expression, des bandes de voyou s'approchent et commencent à me prendre à partie. Ca ne pas manqué. Des jeunes, des arabes principalement. Toujours les mêmes. Je les revoie encore, barres de fer à la main, tentant d'élargir mon intimité je..."

En pleurs, je l'ai laissée partir. Fatigué, j'ai alors délaissé ce no man's land et son actualité. Sur le chemin du retour, pendant que je repensais à d'anciennes camarades de classe, j'ai croisé un vieux monsieur rabougri : Jean-Marie Le Pen. Devant la place restante sur mon calepin inquisiteur, je l'ai laissé s'exprimer, en guise de conclusion :

"Je regardais la télévision, voyez-vous, quand les chaînes d'info du câble ont commencé à relater les évènements, à montrer les vols, les agressions, la police, les cris, les heurts. De ma chaise, un paquet de BN à la main, j'ai tout vu. L'homme noir, Congolais, sans papiers. Les groupes de jeunes de banlieues. Cette violence. J'ai tout vu, et je savourais. Mes BN et la télé. Je savourais."

Par Myblack - Publié dans : Actualité
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