Lundi 16 avril 2007
1
16
/04
/Avr
/2007
00:00
« L’important n’est pas de gagner, mais de participer », disait ce gros loser de Coubertin, incapable de remporter la moindre épreuve de Jeux Olympiques qu’il avait pourtant contribué à recréer. La maxime est reprise par certains petits concurrents aux présidentielles, dont on peut douter des chances de victoire finale : ainsi, l’extrême gauche ou De Villiers s’avouent déjà heureux de collaborer aux meetings du premier tour aux côtés des carnivores Sarkozy ou Royal. C’est d’ailleurs ce que me disait ma mère, hier, avant la grande messe du JT, que je regardais avec méfiance vu mon athéisme convaincu : « mais pourquoi se présentent-ils, ces gens-là ? ». Je me suis resservi en frites en lui répondant « pour faire passer leurs idées », évitant toute remarque subversive susceptible de faire dégénérer un repas somme toute bon enfant malgré la cuisson loupée des saucisses. Et c’est là qu’elle a rajouté, triomphante comme un Kennedy : « on ferait mieux de ne laisser participer que ceux qui sont sûrs de gagner. »
Si cette sentence implacable satisferait sans nul doute quelques candidats libéraux de droite ancien ministre de l’intérieur, elle risquerait de chagriner la plupart des autres. Et pourtant, elle détient une part de vérité (que j’ai d’ailleurs reprise en fin de repas) : avant de se lancer dans un combat, il est de bon ton de s’assurer qu’on ne finira pas forcément les deux pieds dans la tombe. Imaginons par exemple, qu’après un bac ES obtenu avec mention assez bien, vous souhaitez devenir président de la république. Et bien… Hum… Non, soyons sérieux : vous n’avez pas la carrure d’un chef d’Etat. Imaginons plutôt que vous souhaitez devenir le président des élèves de votre université, de votre école ou, à plus faible échelle, de votre classe. Il est indispensable de se lancer dans la bataille avec la certitude de remporter la course : sinon, soyez certain que les ricanements et les lancers de cailloux accompagneront chacun de vos pas d’étudiant. Mais comment faire ?
Déjà, il est important de se constituer un réseau solide, un socle électoral sur lequel s’appuyer en cas de baisse inopinée de sondages favorables : jetez donc aux orties toute ambition si votre seule relation est monsieur Mouchard, ce prof moustachu qui ne parle à personne. Utilisez vos amis ! Trouvez-en ! Achetez-en ! Ils colleront les affiches racoleuses de campagne, prépareront vos discours indigestes et mettront des bâtons dans les roues aux Ben Hur qui tenteront de vous doubler. Etudiez avec soins les différents lobbys et signez des pactes avec les membres les plus influents : délégué aux dents longues (pléonasme), rédacteur en chef du journal local (très charmant au demeurant), doyen de l’université, serveuse de la cantine – surtout si elle est séduisante.
L’art des promesses précieusement choisies s’avéra déterminant. Des mesures démagogiques sur la fin des cours à midi pile (et non à midi 12), l’obligation pour les filles de ne porter que des mini-jupes ou le serment que les notes d’examens ne descendront pas sous les 14/20 gonflera avec assurance votre capital sympathie. De même, la manipulation des élites intellectuelles ne pourra qu’être bénéfique : une petite digression sur l’aspect novateur de votre candidature en plein cours d’anglais de la part d’un enseignant militant rapportera probablement quelques voix. La corruption des bibliothécaires est à méditer : en glissant dans les livres des pans entiers de votre programme, ceux-ci s’adonneront à leur manière à l’effort de campagne (surtout vu leurs salaires misérables). Pour les plus besogneux, l’aide personnalisée se révélera riche en soutien scolaire : en faisant les devoirs de vos camarades, soyez certain qu’ils voteront pour vous, l’élection venue !
Bien sûr, les petites phrases ne manqueront pas, déstabilisatrices. Les ennemis rappelleront vos erreurs d’orientations, vos tentatives de dragues avortées sur les bancs de l’amphi, tous ces cours d’espagnols auxquels vous avez échappés, feignant théâtralement une maladie imaginaire. Calembredaines ! Vous nierez tout en bloc, replaçant le débat dans un cadre strictement politique. « Je ne m’abaisserais pas à la délation », affirmerez-vous aux électeurs, en distribuant des photos compromettantes de vos opposants surpris en plein délit d’initié.
Où organiser ses meetings ? Si la bibliothèque présente l'avantage de posséder quelques chaises dociles, le silence qui y est imposé risque de poser problème pour hurler à tue-tête vos slogans propagandistes. Le self permettra de gaver d'arguments décisifs les éventuels indécis, et un amphi reste la valeur sûre de l'action oratoire, à condition de bien régler le micro - et d'empêcher l'accès aux débateurs trop remuants.
Quel programme ? Au niveau de l'emploi, promettez avec assurance à chacun de vos camarades un job immédiat à salaire élevée des l'examen obtenu, surtout si papa est PDG d'une grande entreprise : faites alors en sorte qu'il rejoigne votre comité de soutien. En matière d'immigration, les profs aux cours trop abscons seront reconduits en dehors des frontières de l'établissement. Un service militaire obligatoire pour les secrétaires d'université incompétentes séduira la plupart des étudiants. Enfin, pour l'économie et la fiscalité, outre l'évidente baisse des frais d'inscription (de l'ordre de 240%), un impôt sur les voisins de classe encombrants et une taxe sur les cours reportés au dernier moment fera de vous un homme soucieux du bien-être communautaire - ce qui n'est évidemment pas le cas.
Quel premier ministre choisir ? Un homme qui saura contenter tout le monde, droite comme gauche. Ancien de l’assemblée, il sera connu de tous et facilement reconnaissable. Proche des arcanes de l’établissement, il vous guidera en dehors des pièges institutionnels des couloirs. Le concierge semble donc parfait pour ce poste.
Sinon, il y a toujours la bonne vieille méthode de truquage des résultats. Le dictateur africain qui sommeille dans votre lit – enfin, façon de parler – ne demande qu’à être réveillé. Bien sûr, cette stratégie risque de susciter quelques mécontents, mais rien ne vous empêche, une fois élu, de les ostraciser en STAPS.
Commentaires