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2030. Je travaille pour une boîte dont le produit est l’humain. Chaque jour, je supprime les produits périmés. C’est simple, il n’y a qu’à appuyer sur un bouton.

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Vendredi 30 mars 2007 5 30 /03 /Mars /2007 00:00

 

La nourriture chinoise est à l'image de ses habitants : petite et fourbe. On ne sait jamais si ce que l'on ingurgite est vivant ou seulement dans un coma profond, s'il s'agit de plantes, de testicules d'insectes, d'anus de poissons ou, pire, de véritables mets bridés. Pour autant, ce n'est pas vraiment le sujet de l'article d'aujourd'hui, puisque nous allons cibler notre attention sur le jeu de mot.

Le jeu de mot est cocasse. Il est burlesque, voire caustique. Il dilate les papilles et fait de nous des êtres puissants : qui n'a jamais ressenti cette sensation d'invulnérabilité quand, en pleine discussion apathique, le jeu de mot sort de notre bouche et glisse aux oreilles des auditeurs qui, subjugués, se gaussent et envient notre humour ? Hein, qui ? Marquez vos noms sur une feuille et faites la passer, je ramasse dans 10 minutes.

Si, historiquement, Jésus est le premier humoriste notoire (Pierre, tu es pierre, et enfin bref on savait déconner, à cette époque-là), il est curieux de constater l'absence total de gag entre le IIème et le XVIIIème siècle. Pénurie de talent ? Heureusement, la relève s'est relevée. De famille en famille, on se raconte désormais les exploits de ses chevaliers de l'humour qui, en pleine distribution de pâtes à la Carbonara, frappe la table d'un "l'occasion fait le lardon" éternel. Mais attention : n'est pas Laurent Ruquier qui veut - et heureusement, d'ailleurs, sinon le nombre de suicides en France attendrait des proportions vertigineuses. Le jeu de mot a ses codes, ses normes. Ses degrés. C'est ce que nous allons voir en sautant une ligne.

Degré 0 : On mange chez toi ou chez moi ?

Phrase banale, sans intérêt humoristique, neutre, déprimante. Emanant probablement d'une discussion entre comptables ou d'un repas post-colloque rébarbatif sur le terme "diffuser l'esprit d'entreprise". Le jeu de mot de degré 0 a comme particularité de ne pas en être un. Laissons-le moisir et continuons.

1er degré : On mange chez toi ou chinois ?

Utilisée dans un sketch des Inconnus, elle présente un jeu de mot standard de niveau 1 facilement compréhensible par le commun des mortels, et même par les catégories intellectuelles les plus sous-développées de nos régions (adolescents à gel coiffant, campeurs, Steevy Boulay). L'effort est louable, bien que prévisible. Apanage de Ruquier, il doit être distillé, distribué avec soin. N'en abusez pas, sinon gare à l'indigestion et aux "bon, allez, et si on se remettait au boulot, plutôt, au lieu de dire des conneries, hein ?".

2ème degré : On mange chez toi ou japonais ?

Le jeu de mot à 2ème degré nécessite davantage de concentration pour être savouré à sa juste valeur : ici, le terme "japonais" est censé remplacer "chez moi", ce qui oblige de posséder un certain bagage comique hermétique pour la plupart des humains. L'amateur qui d'emblée saisira la chaîne alimentaire japonais/chinois/chez moi deviendra votre fan ad vitam eternam. Inutile de tenter ce genre d'approche drolatique avec une directrice d'école ou un délégué de classe, il ne comprendrait pas.

3ème degré : On mange chez moi ou asiatique ?

La complexification du jeu de mot initial s'intensifie : les localisations géographiques se troublent, la concordance avec le "On mange chez toi ou chez moi" de départ n'a plus vraiment lieu d'être. Le sujet se doit de posséder de solides références géographiques, en plus d'un esprit tourné vers le rire. Le 3ème degré fonctionne mieux dans un groupe, où quelques esprits éclairés pourront illuminer les autres, plus lents. Comme on dit dans l'humour : l'union fait la farce.

4ème degré : On mange à la maison ou finlandais ?

Nous atteignons ici des niveaux que la plupart des êtres humains n'ont jamais côtoyés : le jeu de mot de 4ème degré est très, très difficile à appréhender. A réserver entre amis intimes, soudés par de nombreux jeux de mots minables de 1er ou second degré qui seuls peuvent apprécier cette montée au 4ème. Les adorateurs de Guy Montagné et de l'Almanach Vermot auront même du mal à saisir la nuance (!), donc soyez sobre. Très sobre, autant que le dromadaire.

5 ème degré : On mange à la cafèt ou à emporter ?

Le 5ème degré est très peu employé. A vrai dire, le dernier a en avoir utilisé un en public est le comte de Glasgow, en 1785, lors du mariage de sa fille. Devant l'incompréhension et le silence qui en a résulté, la cérémonie avait été annulée. A manier avec une extrême précaution, des gants en béton, voire à ne pas manier du tout, si ce n'est le soir, avant de s'endormir, seul.

Les degrés suivants ne sont pour ainsi dire jamais utilisés :

6ème degré : On mange savoyard ou bien chez ta mère ?

6ème degré à variable Skyrock : On mange savoyard ou bien chez ta mère, cette grosse pute ?

8ème degré : On mange chez le fils de l'oncle de mon beau-frère ou bien burkinabo-hongrois ?

11 ème degré : On mange chez toi ou chez moi, yau-de-pôele ?

17ème degré : On mange pas, j'ai pas trop faim pour l'instant.

25 ème degré : Je vais commencer un régime, plutôt.

49ème degré : ça me donne la gerbe, tous ces nems.

89ème degré : Ca te dirait de faire l'amour, plutôt, au lieu de toujours vouloir bouffer ?

280ème degré : J'ai un pote qui vend des oranges, il pourra nous en prêter, à moins que tu ne préfères aller voir au musée l'exposition sur l'art urbain chinois?

1385ème degré : Accroche toi au pinceau, j'enlève l'échelle pendant qu'on mange des surgelés à la maison.

19748ème degré : Cours de Français. Toto dit à la maîtresse : "maîtresse, savez-vous que les boules de Noël ont du poil?" La maîtresse, outrée, ne réponds pas et continue la leçon. Mais Toto insiste : "maîtresse, maîtresse, est-ce que vous étiez au courant que les boules de Noël ont du poil?" L'institutrice, contrainte, s'adresse alors en direction du jeune elève : "ben non, voyons! Y a pas de poil sur les boules de Noël!". Et là Toto se retourne en direction de son copain de classe Noël et crie très fort : "Hé! Noël! Tu manges chez toi ou chinois ?"

 

Par Myblack - Publié dans : Restes du frigo
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