Curriculum vital

2030. Je travaille pour une boîte dont le produit est l’humain. Chaque jour, je supprime les produits périmés. C’est simple, il n’y a qu’à appuyer sur un bouton.

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Jeudi 30 octobre 2008 4 30 /10 /Oct /2008 13:28
Devant un verre de whisky rempli à 50%, il y a trois sortes d'individus :
Ceux qui voient le verre à moitié plein.
Ceux qui voient le verre à moitié vide.
Ceux qui boivent les 50% restants et en commandent un autre.

Je figure indubitablement dans la 3ème et dernière catégorie.

Les gens qui me connaissent mal m'accolent une réputation d'alcoolique en disant «Ce mec-là, il boit depuis ses 15 ans, et il a jamais arrêté depuis.»
C'est faux : j'ai fait une pause du 25 mars 1999 au 3 avril 1999.

Les gens qui me connaissent bien m'accolent une réputation d'alcoolique en disant «Ce mec-là, il boit depuis ses 15 ans, et il a jamais arrêté depuis, sauf du 25 mars 1999 au 3 avril 1999.»
C'est vrai. Et c'est d'ailleurs à eux de payer leur tournée, j'ai plus un rond.

Cela serait réducteur de penser que je passe, avec tout mes amis, toutes mes journées au bar. Nous y passons également une bonne partie de la nuit. Les samedis, par contre, je suis plus sobre. Généralement, j'entame mon week-end par une dose de ricard au réveil. Ensuite, à 10H, en arrivant au comptoir, je lance un joyeux «Alors Bernard, calva ?». Et il me répond «Bien sûr ! Et avec un glaçon, comme d'hab ?» A midi je poursuis par une infusion de cognac, suivi à 14 heures d'une petite lichette de bourbon et, pour le goûter, d'une injection de Bordeaux. Pour finalement terminer par une perfusion tout court, à l'hôpital, où les infirmières ont définitivement plus de charme que Bernard, même bourré et en robe (les deux allant de pair).

Mais je suis un enfant de choeur en comparaison de Raoul. Raoul, il a grandi dans un placenta à 40 degrés. Il n'a jamais su si sa mère vivait réellement ou si elle faisait semblant. Quant à son père, il avait adopté la philosophie de Diogène. Enfin davantage le côté tonneau que le côté cynisme, pour être franc. J'ai voulu présenter Raoul à Myblack, pour lui montrer qu'on pouvait réussir tout en buvant (Raoul exerçant le métier d'oenologue.). La chose n'était pas gagnée d'avance : Myblack, sa philosophie concernant la boisson, pour reprendre ses termes, c'est «Je déteste l'alcool. Surtout chez les autres.» Il s'était sapé pour le rendez-vous plein de préjugés et d'eau de cologne, pour masquer ses préjugés. J'avais acheté pour l'occasion des litres de bières et des jeux de société, pour faire plus amples connaissances. Je trouvais que Raoul et Myblack, malgré leurs différences, avaient des choses en commun : leur taille (1m82 contre 1m83), le même nombre de dents et une écharpe violette. J'aurais bien aimé vous raconter la suite de la soirée mais, comme j'avais pris soin de tester personnellement la qualité des alcools proposés, je suis arrivé totalement défoncé et j'ai perdu tous souvenirs de la fête. Toutes mes excuses. Faites-moi penser de demander à Myblack s'il m'avait accompagné, finalement.
Par Gérard Crobard - Publié dans : La Kro-Nike de Gérard Crobard
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