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2030. Je travaille pour une boîte dont le produit est l’humain. Chaque jour, je supprime les produits périmés. C’est simple, il n’y a qu’à appuyer sur un bouton.

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Jeudi 24 juillet 2008

J’ai pris l’initiative, dans un moment de latitude et d’endormissement absolu, d’interviewer l’italien et capitaine de l’AS Monaco Flavio Roma, 34 ans, par téléphone. C’est là le seul moyen vaguement catholique de se faire remarquer des 52 post-adolescentes stagiaires qui embellissent les locaux déjà bien membrés (*1) du Figaro (*2). Comme si les moches n’avaient (*3) pas le droit d’être journalistes (*4)

 

(*1) Toute référence à Patrice Loko, ancien joueur du PSG célèbre pour avoir montré sa bite en pleine rue, est ici involontaire.

 

(*2) Initialement j’escomptais stager à Astrapi, mais le rédac chef d’Astrapi ne me trouvait pas assez marqué à droite pour enseigner les valeurs de demain (travail, famille, pâte, riz) aux enfants d’aujourd’hui, davantage portés sur les hamburgers et la flemme.

 

(*3) Rien à voir avec le légume, en dépit de la ressemblance physique.

 

(*4) C’est d’autant plus vrai en journalisme sportif, où j’émerge discrètement. Comme si parler football nécessitait forcément d’avoir du ballon.


(*5) L'
Armstrong Whitworth F.K. 9 était un prototype britannique de chasseur biplace de la Première Guerre mondiale C’est au cours de l’été 1916 que prit l’air le F.K.9, biplace de chasse dessiné par Frederick Koolhoven sur initiative privée de la firme Armstrong Whitworth. L’appareil s’inspirait du Sopwith Triplane, avec les mêmes mâts ça vous la coupe que je sache tout ça, hein ? d’entreplan à semelles larges, et un fin fuselage dessiné derrière un moteur en étoile français, le Clerget 9Z de 110 ch, se terminait à l’arrière par une gouverne de direction en forme de virgule, sans plan vertical fixe. Dès les premiers essais des modifications se révélèrent indispensables. Le fuselage fut donc redessiné, l’empennage modifié avec un plan fixe, bon ok c'est tout pompé sans réfléchir sur Wikipedia et un quatrième plan fit son apparition sous le fuselage.

 

 

 

Où en étais-je ? Ah oui : Roma. Tous les chemins y mènent, et personnellement je m’étais contenté d’appeler l’attaché presse du club, qui m’a gentiment intercalé un rendez-vous avec le gardien italien dans l’après-midi même. Ils sont serviables, à Monaco, c’est appréciable. Vivre auprès d’un Prince, on apprend à être gentleman.

Je n’avais donc pas particulièrement d’appréhension à l’heure d’interviewer un international transalpin rompu à ce petit jeu : ayant déjà posé plusieurs questions à mon frère le jour où il a marqué un but à son lycée, plus rien ne m’effraie. Mes rédacs chef, eux, se montraient un peu plus inquiet : « Oh la la, Roma, c’est pas un client facile, il parle à peine Français le bougre. »

 

« Mais non, il est depuis 8 ans en France », que je répondissais sans me soucier de la conjugaison.

 

Ils enchaînaient : « Fais gaffe, les Ritals, on les connaît : ce sont de sacrés truqueurs, même en interview. » ; « Ouais, ils parlent avec les mains, alors évite de te mettre trop près du combiné. C’est un coup à se prendre une baffe. » ; « D’ailleurs à l’heure qu’il est, pendant que tu nous écoutes, il doit sûrement avoir le museau dans ses spaghetti. Evite de le déranger, il le prendra très mal. » ; « T’as qu’à lui demander s’il est prêt pour se replonger dans cette nouvelle saison, lui qui aime tant plonger. » « Et demande si sa femme simule ; c’est dans leurs gênes, aux Italiens. »

J’avais honte pour eux. Je savais le Figaro constellé de clichés en politique ; mais, semble-t-il, même le sport était touché. « Et bien puisque c’est comme ça, je vais aller la faire, moi, cette interview ! »

 

« Allo, Flavio ? C’est Myblack. Bon je suis un peu en avance sur l’horaire convenu, mais tu es disponible ? »

« Bien sûr. »

« Parfait. Première question : a qui as-tu volé le portable que tu tiens actuellement dans les mains ? »

« Ma qué c’est mon portable va fa enculo bastardo ! Bip…bip…bip…bip… »

 

 

Je suis revenu un peu enroué dans la salle de rédaction en m’excusant la tête basse : « Vous aviez raison : ils sont vraiment susceptibles, ces Italiens. »
Par Myblack - Publié dans : Sport
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