Curriculum vital

2030. Je travaille pour une boîte dont le produit est l’humain. Chaque jour, je supprime les produits périmés. C’est simple, il n’y a qu’à appuyer sur un bouton.

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Samedi 6 décembre 2008 6 06 /12 /Déc /2008 00:03

Après bien des tergiversations, je me suis lancé dans l’écriture d’un roman. J’avais écris le dernier en deux mois, sans réel espoir de publication, davantage par découverte et initiation que par gloire et fortune.

 

Deux ans plus tard, le récit se précise : l’objectif est d’amasser le plus de fric possible pour quitter la France et vivre en Floride dans une rue goudronnée de millionnaires estropiés.

Je dispose en cela de deux nouveaux atouts :

- une plus grande connaissance de moi-même, de mes envies, de la vie, de mes capacités, de mes désirs, du monde qui nous entoure.

- Guy Birenbaum.

 

Guy Birenbaum lit mon blog, ça vous le saviez déjà si l’observation vous a pris en stop au moment de votre naissance. Ce que vous ne saviez peut-être pas, c’est qu’il existe réellement.

 

Non, et j’en profite ainsi pour démêler les rumeurs colportées – du nom de l’insecte éponyme – de mes lecteurs : Guy Birenbaum n’est pas un hologramme en 2D conçu par un informaticien Japonais à la fin des années 90. Je crois qu’il était plutôt américain.

Le métier de Guy Birenbaum, outre celui de directeur de collection chez Ramsay, est de découvrir des jeunes talents pétris de promesses qui, dans dix à quinze ans, prendront la relève de la vie culturelle française. C’est comme ça qu’il m’a découvert, alors que je venais d’écrire un article sur le cul de Laure Manaudou.

 

Depuis, on s’échange au téléphone les anecdotes dignes d’intérêts de nos carrières respectives, à raison d’une par trimestre.

 

Nous nous sommes rencontrés de nouveau hier soir, dans sa villa près du canal Saint-Martin – la précision ici est importante, Guy Birenbaum possédant à peu-près une villa dans chaque quartier de Paris – pour évoquer les contours de mon futur chef-d’œuvre. Voyant qu’il ne se souvenait de moi qu’avec difficultés, j’empoignai farouchement la parole :

 

« Guy, mon Guy, lâchez donc ce fenouil émincé et écoutez plutôt le synopsis de mon roman : voici l’histoire d’un jeune étudiant en journalisme aimé des femmes, heureux en jeu et bercé par la douceur argentée d’un printemps passé à… »

« Non. Cela me ne convient pas. »

« Guy, mon Guy, laissez moi donc poursuivre mon histoire, au lieu de pousser des cris d’œufs pas frais. D’un printemps passé à butiner sur la… »

« Bon, écoutez, je veux bien que vous ayez du talent, mais il me faudra beaucoup plus qu’un simple roman autobiographique pour me séduire. J’ai des comptes à rendre à la fin de l’année et il est hors de question que je perde mon temps et mon argent avec un quasi-inconnu qui parle de lui à la 3ème personne sur Internet. »

« Oui, c’est normal, Guy. C’est normal. »

« Ecoutez, revenez me voir dès que vous avez une vraie histoire, ok ? »

« Oui, je comprends, c’est normal. »

« Je suis un peu occupé, j’ai eu l’amabilité de vous recevoir sans rendez-vous alors que j’avais prévu de me faire un Tetris Master, mais ce n’est pas une raison pour me tapoter le dos à grands coups de « Guy, mon Guy. »

« Oui, tout à fait, monsieur Birenbaum. »

« Bien. Vous pouvez disposer. »

« Il vous reste un peu de fenouil ? »

« Cassez-vous ou j’appelle la sécurité. »

« Parfait. Je vous remercie, monsieur Birenbaum. Et passez une excellente journée. »

« Je compte jusqu’à trois. Un. »

« Je vous envoie une lettre avec l’ébauche d’un roman dès que possible. »

« Deux. »

« Tiens, j’ignorais que vous aviez un doberman. »

Par Myblack - Publié dans : Restes du frigo
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