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Revue de presse

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Dimanche 11 mai 2008


Eventuellement, en triturant mes opinions auvergnates et politiques avec la délicatesse d’un boucher de là-bas en visite dans la petite culotte d’une femme de la haute, il est possible d’y trouver un très léger point commun avec Nicolas Sarkozy.

Non, ma copine ne s’appelle pas Carla, mais Bruno.

Non, je ne parcoure pas le Tout-Paris en limousine, mais le Tout-Limousin en paréo.

Non, je n’ai aucune sympathie pour l’Elysée, ou alors inconsciemment, dans mon bain, quand je fredonne « Moi, Lolita ».

 

Non, par contre, au fond de moi miaule une sincère affection pour l’Amérique qu’on aurait pas envie de balancer contre le mur, ou alors seulement si le chat possède la tronche de Rudolph Giuliani – ou la tronche de n’importe quel autre Rudolph – il faut vraiment être aussi con qu’un chat pour oser s’appeler Rudolph.

J’ai connu un élan qui s’appelait Rudolph, en troisième. J’ignore si c’est à cause de son prénom ou de ses bois larges et acérés, mais il s’entendait très mal avec les gars de ma classe qu’il transperçait par erreur. Mais c’était un animal charmant, toujours partant pour une blague de potache ou une course effrénée dans les couloirs du collège. Un jour, alors qu’il reniflait son quatre-heures dans les toilettes des filles, j’ai discrètement fouillé dans son cartable. Surfant entre les lichens et les crayons pastel, mon petit doigt touffu s’est emparé d’un agenda Tortues Ninja, un bleu, où j’ai entraperçu des petits mots doux, des cœurs serrant très fort des « Je t’aime » teintés de roses, des poèmes tendres et mélancoliques sur l’amour et l’amitié dont la plupart étaient destinés à ma mère et je sais pas pourquoi je vous raconte ça, d’ailleurs.

 

Bien, retombons sur mes pattes. Oui : j’aime beaucoup l’Amérique, disais-je, avant d’être coupé dans mon élan. J’aime autant l’Amérique que les McFlurry que des bacheliers obèses servent noyés sous un nappage flambant neuf – inutile de demander aux responsables du MacDo si l’on peut également noyer les bacheliers obèses : j’ai déjà demandé.

J’aime tellement l’Amérique autant que les McFlurry que je vais fréquemment au MacDo en consommer, pour prouver à quel point j’adore l’Amérique. Et quand il m’arrive de trop adorer l’Amérique en vomissant ce trop-plein d’amour en pleine rue, je n’oublie jamais de rappeler aux piétons que, souvent, l’amour est sale.

 

Tout serait en vérité angélique si ma branche patriotique ne serait pas jalouse de ma fibre US. Je l’entends aboyer, en plein hamburger, réclamant davantage de considération pour la nation, davantage de sentiments affectueux pour nos belles forêts, davantage de sauce moutarde pour mon Chicken Delice. Pour qu’elle remue la queue – voilà à quoi mène parfois les métaphores – je l’emmène alors au Quick.

Et j’emmène donc mon côté français au Quick, le lundi, puis mon côté américain au MacDo, le mardi, puis encore une fois mon côté français au Quick, le mercredi, et ainsi de suite pour éviter les dissentiments. Je mange équilibré : un coup je me ruine la santé en France, le coup d’après je m’annihile cinq ans d’espérance de vie aux Etats-Unis. Tiraillé ni par ma face est, ni par ma face ouest, j’évolue ainsi dans un monde libre débarrassé de tous conflits, une sorte de planète utopique recouverte de sauce moutarde et de McFlurry. Connaissez-vous cette impression de voler de ses propres ailes, à l’écart des fouets et des boulets, seulement prisonnier des chaînes de restauration rapide ? – et des boulets qui y travaillent, admettons. Merci, merci Dieu d’avoir pensé à l’embarras du choix, mon ventre t’en est reconnaissant, seigneur ! Ah, mes amis, cette sensation de liberté qui m’envahit à chaque frite, francophone ou anglophone, en glaise ou anglaise, quel régal, quel bonheur, quelle allégresse !

 

 

Bon, par contre, j’ai maintenant besoin d’une personne serviable possédant une brouette, un side-car ou n’importe quel autre moyen de locomotion pour transporter mes 216 kilos de mon appartement au very fast-food le plus proche.

Merci d’avance.

par Myblack publié dans : Plaies de la vie quotidienne
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