Curriculum vital

2030. Je travaille pour une boîte dont le produit est l’humain. Chaque jour, je supprime les produits périmés. C’est simple, il n’y a qu’à appuyer sur un bouton.

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Lundi 4 février 2008 1 04 /02 /Fév /2008 05:57
Il est tout à fait possible qu’un jour ma mère appose sur ce blog un commentaire du genre « Maxime, t’as pensé à repasser tes T-shirts ? »
 
Depuis que mes parents m’ont annoncé pour Noël qu’ils lisaient leur fils, leur fils s’inquiète.
 
Où es-tu passée, toi, l’époque bénie où je pouvais écrire en toute impunité mes penchants misanthropiques d’ingrat à la face de ces gens dont je feins sans fin l’opinion ?
 
Depuis plusieurs mois, les relents miséricordieux de mon existence funèbre semblent s’être fait la malle, les valises et le baluchon. Envolés en catimini, ou n’importe où ailleurs. Disparus sans donner d’adresse. Quelle adresse.
 
Les confidences de ma vie se sont aujourd’hui rétrécies au lavage. L’éthique me gratte. Ma haine est devenue si douce que même Stéphane Bern peut la foudroyer du regard. Pourquoi ?
 
A cause du regard lointain de mes parents, qui retiendraient ma bile ?
 
Ou par la grâce de l’explosivité joyeuse de mon existence, si admirable qu’elle en rendrait mon ancienne bile maboule ?
 
La diète du Tiers-monde ne m’indiffère plus autant qu’avant, même si j’apprécie toujours autant le régime de Vichy.
 
Ma perception acrimonieuse des juifs s’est assagie depuis cette visite de synagogue où le rabbin m’a fait -30% sur les kippas.
 
Et j’ai changé d’avis sur les Chinois : ils font de l’excellent riz cantonnais.
 
Georges-Alain Moustiquaire s’est depuis longtemps écrasé. L’avatar Raymond Bounaffou s’est mué aviateur. Je parle de moins en moins de moi à la troisième personne, lorsque j’achète des croissants. Avant j'étais schizophrène, mais nous allons beaucoup mieux désormais.
 
Myblack est-il différent de Maxime ? Non, mais y a juste des articles dans la vie de Maxime où il est plus inspiré que d’autres. Comme sur son blog, en quelque sorte.
De là-haut, papa doit être fier de moi.
 
Je dis de là-haut car le petit-fils des voisins a catapulté son ballon sur le toit de la maison, et mon père, trop serviable, est monté le récupérer. Rassurez-vous, mon père n’est pas encore mort. Enfin en même temps, vous vous en foutez, il n’écrit pas sur ce blog.
 
En attendant les pages 33 de So Foot, mon père affiche dans sa bibliothèque les articles de Jean-Michel Lapoisse, qui ont, il faut bien l’avouer, une tout autre gueule que les auteurs de la Pléiade. Ainsi, c’est un peu comme si j’étais encore à la maison, en Auvergne, par l’intermédiaire de mes jeux de mots.
 
  
Car entre nous, vous avez réellement cru que j’allais fermer l’unique moyen de communication entre mon père et moi ? Arrêter mes conneries pile quand elles commencent à payer, à me payer ? Les revenus publicitaires viennent à peine de décoller ; je serais stupide d’en précipiter l’atterrissage.
 
Vous savez le prix que cela coûte, une petite amie ?
 
Lire mon blog, ça évite à papa de m’appeler au téléphone. Il me l’a dit, d’ailleurs, « qu’on prend de tes nouvelles en lisant ton blog. »
Il aurait pu tomber plus mal.
Je sais pas, moi.
Prendre de mes nouvelles en lisant la rubrique nécrologique du Parisien.
 
Même si mes écrits se sont adoucis, les repas de famille restent probablement tendus. La crispation de papa ne s’est sans doute pas encore totalement dissipée. Je l’imagine, bataillant avec son pâté de campagne, marmonner « il abuse, quand même, de se foutre de la gueule des myopathes. Ils ne lui ont rien fait, les myopathes. » Et ma mère de lui répondre : « Ah, si seulement son frère avait été myopathe. Maxime aurait eu de la compassion pour les malades. »
Et mon frère d’ajouter : « Je peux reprendre du pâté ? »
Par Myblack - Publié dans : Restes du frigo
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