J’ai finalement accepté l’invitation de Guy Birenbaum, éditeur et journaliste, qui souhaitait me
rencontrer depuis fort longtemps. Vendredi matin, ma main ferme et inébranlable a donc serré la sienne. Secoué par la poigne, il chantait « Allo ma main, bobo. » La mienne
ne chantait pas, elle riait à mes blagues introductives.
« C’est bizarre, je vous imaginais davantage charismatique, pour un mec qui a fait de la télé. »
Des kilomètres de couloirs plus au moins fréquentés laissaient passer nos blancs respectifs ; on se trouvait en pleine maison d’édition, à court de papier. Je le
semblais ému. Il me montra son poste de travail, logé dans un bureau édénique, même si ce jour-là il portait des Reebok. Sur les murs une palanquée de coupures de presse où trône sa pomme,
surlignée en golden. Dans les coins des personnes de couleur, ivoire. Guy me propose un siège, je réponds gentiment que j’en possède déjà trois à la maison. J’emprunte le sien ; désappointé,
il s’assoit sur le rebord de la fenêtre.
« Depuis le temps que je voulais vous voir, Myblack ! »
« Je sais, ils disent tous ça. Il vient ce café ? »
« Quel café ? »
« Celui que vous avez oublié de m’offrir en arrivant. »
« Bien sûr ! Où avais-je la tête ?! »
Profitant de l’absence, je m’isole près de ses tiroirs. Des milliers de contacts, un réseau professionnel bien plus vaste que le web. Je note le téléphone d’Albert
Algoud, car son nom me fait rire. Le ménage a été effectué, guère de poussières sinon sur ses écrits. Sur ses écrits, guerre de poussières.
« Re ! Voilà votre café. »
« Merci. Dites, qui sont ces personnes de couleur dans votre bureau ? »
« Mes nègres »
Il saisit un crachoir de dessous une pile de manuscrits refusés puis dégobille le Figaro de la veille.
« Des pigistes ? »
« Non, des Burundais. »
« Mais ils savent écrire ? »
« Non, mais pourquoi me demandez-vous ça, en tant que blogueur ? »
Guy Birenbaum est une sorte de belluaire pénétré de fêlures ; sous sa carapace perce la fragilité de l’artiste, du sage, du timide qui s’agite avec tempête pour
masquer la vérité. Il connaît ce monde, ses arcanes, ses Ariane et Dorothée. Son strass et son stress. Il a compris le secondaire du net, son bluff, sa puissance. Une folle envie de l’embrasser
me pourchasse, mais je n’ose me faire rattraper.
« Alors donc, vous êtes étudiant en journalisme ? »
« Voilà, c’est ma couverture, effectivement. »
« Bien. Dommage que les SDF ne soient pas journalistes, alors, ils auraient moins froid ! Hahaha ! »
C’était évident qu’il craquerait un jour ou l’autre, qu’il essayerait d’être aussi drôle que le maître. C’est humain, après tout, de vouloir ressembler à ses modèles.
« Non mais la couverture, les SDF, s’ils étaient journalistes enfin vous voyez ? » Je ne lui en veux point. Il s’excuse et me promet dorénavant d’arrêter l’humour, que
c’est à moi de m’en charger. J’acquiesce.
Un moustachu rentre dans la pièce : « Guy, alors, elles viennent ces photocopies ? »
Il s’absente puis revient, puis nous discutons de tout et de rien, boulot, femmes, Edouard Herriot. Il m’informe qu’il est prêt à écrire pour le Blog de Myblack.
« Pourquoi pas ? », fais-je poliment, pour ne pas le vexer. « Et si vous vantiez mes mérites sur Europe 1, plutôt ? ». Emballé par l’idée, il me
promet de passer à l’acte le 23 ou 24 janvier prochain. S’en suit un long laïus sur le cul à Manaudou, que j’écoute avec attention. Un autre café. Des numéros, des sourires, des regards. Un
geste, furtif, que j’interprète à confusion. Emoustillée, elle se lève. Lui aussi, enfin peu après.
« Bien. Ecoutez, je dois y aller, Myblack. Ce fut un plaisir de vous rencontrer, mais je dois y aller, j’ai un billet pour CaravaneHebdo à terminer. Et que
cela ne sortent pas de ce bureau, surtout. »
« De toute manière ils sont attachés, vos nègres. »
« Je parlais de ma blague de tout à l’heure, sur les SDF. »
« Ah, oui. Très bien. Evidemment. »
« A une prochaine fois, j'espère, Myblack ! »
« Si j'ai besoin de vous pour un piston, ouais, bien entendu ! Bye »
« Bisous !»
Epilogue :
« Ah, si seulement je
possédais ne serait-ce qu’un millième du talent de Myblack… Je pourrais avoir un blog qui marche… »
J'ai ris.
C'est pas pour me lancer des fleurs, mais j'aime beaucoup le titre également.
Et oui, la star c'est Myblack. Il est né pour l'être. Son QI est supérieur, son charisme plus grand, son humour bien plus décapant que le tien, sa liberté plus entière, son...(j'arrête là pour ne pas te blesser davantage).
Mais console-toi, Guy, un nègre ne touche pas les droits d'auteur.
Bonnes fêtes à toi, Guy!
Ses droits d'auteur à lui, ils volent pas bien haut.
Joyeux Noel, collegue des DELs
J'avais prévu de ne plus commenter tant que le fond restait gris, ça tombe bien.
Je voulais juste souligner que la barbe sied merveilleusement à Guy. Mmmm. Graour. Miam.
Je suis ulcéré par les quelques lignes de monsieur black et il n'est plus question que je le laisse passer la tête dans mon bureau.
Je confirme pour les Nike.
http://www.lepost.fr/perso/birenbaum/
Non mais...