Curriculum vital

2030. Je travaille pour une boîte dont le produit est l’humain. Chaque jour, je supprime les produits périmés. C’est simple, il n’y a qu’à appuyer sur un bouton.

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Dimanche 25 novembre 2007 7 25 /11 /Nov /2007 00:00

24-h-bauer.jpg  Ces évènements se sont déroulés le 21 novembre, en France. 

 
Mercredi 21 novembre
 
1 : 00
 
Ici Jack Bauer. J’apprends par le gouvernement que des lignes TGV seraient sur le point d’être sabotées par des terroristes de Sud-Rail. Leur leader Christian Mahieux, un ancien membre des FARS (Force Anarcho-révolutionnaire syndicaliste), demanderait 37,5 ans de cotisation de rançon. Une offre jugée « inacceptable » par le gouvernement, qui me demande d’intervenir au plus vite. Rentrant tout juste d’une soirée Erasmus, je décide de m’accorder 20 minutes de repos, une micro-sieste récupératrice.
 
4 : 00
 
Et merde : mon réveil n’a pas fonctionné. Sonné par le gouvernement – un appel de l’agent N -, je dois me rendre Gare d’Austerlitz pour y rencontrer X, un intermédiaire à la solde de l’Etat. Sur mon répondeur, j’apprends que ma fille a été capturée par des pirates somaliens pour la 5ème fois de la semaine. Interloqué par ce non-évènement, j’actionne la cafetière puis me rends aux toilettes.
 
4 : 02
 
Je fais caca.
 
4 : 35
 
cafetiere.jpg  « Boum ! » Je sors précipitamment des chiottes, alerté par le bruit. Palsambleu ! La cafetière vient de me rendre l’âme. Une erreur de dysfonctionnement du fil dentaire, probablement. Décidément… Sabotages, explosions… Ne manquent plus que les Allemands pour que la fête soit complète.
 
4 : 42
 
Me préparant à partir, je remarque, bondissant sur un radiateur, une araignée. Elle est petite mais vivace. Il s'agit probablement d'une Pisaura mirabilis.
 
4 : 44
L’araignée, immobile, est désormais sur la table basse. Elle m’observe.
 
4 : 49
 
m--tro-bauer.jpg  L’insecte s’en prend maintenant à ma lampe, au plafond. Subjugué par sa prestance, j’hésite à tout foutre en l’air et arrêter ce métier débile. Le doute fait place à la certitude et l’envie de tout plaquer s’imprègne en moi.
 
4 : 53
 
Finalement l’araignée a été mangée par un varan qui l’attendait, silencieux, derrière l’imprimante. Je peux partir d’ici, l’esprit libéré.
 
5 : 36
 
Zone d’ombre sur la ligne 10. Autour de moi règne un silence de cathédrale, Bruno Pelletier en moins. Les humains paraissent avoir été sacrifiés de la place. Ont-ils été atteints par un gaz toxique ? Par un sketch de Michel Boujenah ? Devant le manque d’informations de la part du guichet 3, je choisis de tenter la ligne 9.
 
5 : 51
 
Foule massive et compacte sur le quai. Les odeurs de transpiration m’assaillent de toutes parts. Les petits vieux se mêlent aux étudiants pour former un fil barbelé ; face à eux se dresse le calme, entrecoupé d’annonces apocalyptiques. « En raison d’un mouvement social, le service sur la ligne 9 est quasi-nul. » « « En raison d’un mouvement social, le service sur la ligne 9 est quasi-nul. ». Pris de panique, j’abats une grosse rousse.
 
6 : 17
 
Appel du gouvernement. Mon portable retentit froidement (j’ai réglé la sonnerie sur « Happy Loop »). « Jack Bauer ?! Des lignes viennent d’être détruites ! Qu’est-ce qu’vous foutez, bordel de merde ? », me demande l’agent N « J’attends le métro, je réponds. Dites, la ligne 9 elle s’arrête à Raspail ou pas ? J’ai un doute ». Il raccroche, furieux.
 
6 : 34
 
Toujours pas de métro. Finalement, je crois que j’aurais dû prendre l’hélicoptère garée sur le toit de mon immeuble. L'ambiance s'est appesanti. Les Parisiens autour de moi sont furax, dépités, en larmes. On implore de l’aide, des secours. On crie, on hurle, on gigote. Un handicapé perd l’équilibre après s’être vu fauché ses béquilles. Le chien d'un clochard, ne sachant plus où donner du sifflet, se met à coasser. Sagement, je rentre chez moi.
 
m--tro.jpg  Certains usagers, lassés de patienter vainement, mettent fin à leurs jours.
 
7 : 00
 
C’est pas pour me vanter, mais fait vraiment pas chaud ce matin. Les rues sont étrangement endormies. L’aube effectue un jogging discret m’incitant, assoiffé, à pénétrer dans le premier café venu.
 
jack-bauer-entre-dans-le-m--tro.jpg  « Que personne ne bouge ! Filez-moi immédiatement un capuccino avec deux sucres ! DEUX sucres j’ai dit, DEUX ! »

7 : 23

J'apprends en écoutant France Inter que des centaines de français se disent "otages" des grévistes. J'en informe la cellule et met six hommes sur le coup.
 
7 : 28
 
J’achète l’Etudiant Magazine, un spécial dossier sur l’orientation. 4 euros. Ca pourra toujours servir, si jamais cette nouvelle saison tourne mal à cause de la grève des scénaristes hollywoodiens.
 
7 : 48
 
En fait il ne s’est pas vraiment passé grand-chose, j’ai juste marché jusqu’à mon immeuble puis pris l’ascenseur et un escalier pour accéder au toit. L'hélicoptère est banal. Le pilote est difficile à décrire, son physique n’a rien de signifiant. Il est noir, mais c’est presque la norme, sur Paris. On s’est juste salué puis échangé quelques banalités sportives.
 
7 : 56
 
L’hélicoptère décolle. J’observe le sol de la capitale en lisant mon magazine. Ah, quel sentiment de pouvoir, de se sentir ailé, de se sentir supérieur à tous ces déchets humains qui achètent sans compter les DVD et se répandent dans des forums de fans ! L’hélicoptère remue grandement. Une pièce de deux euros tombe de ma poche et pénètre par une feinte pour finalement s’enfuir de l’appareil. Je supplie le pilote de la récupérer. Mais il ne veut rien entendre. « Sale nègre », je marmonne, pendant la coupure pub.
 
8 : 15
 
L’hélico se gare au milieu d’Austerlitz, ce qui me permet de faire un jeu de mot moyen sur le mot gare. Tiens, un chewing-gum déglutine mes semelles ; ah non, simplement les restes de deux chauves, écrasés par Mégarde (John Mégarde, le nom du pilote). Les risques du métier. Bon. Je cherche l’agent X. Selon la description fournie par le stagiaire plateau, il aurait « une écharpe ridicule recouvrant un début de goitre aussi peu sexy que le reste de son corps, surmonté d’une toison capillaire particulièrement risible. » La moitié des hommes de la gare semble lui correspondre.
 
8 : 19
 
« Bonjour, êtes-vous l’agent X ? », je demande à un petit vieux bousculé par sa propre valise. Il me demande si mon accent est américain. Il en sait visiblement trop : je l’emmène derrière un bosquet puis lui tranche la gorge avec une cuillère en bois.
 
8 : 46
 
J’ai aperçu une charmante brune, probablement une figurante. Dix minutes que j’attends son intervention. A-t-elle du texte ? Par chance, je suis le héros : je m’approche et l’invite à prendre un verre.
 
8 : 58
 
Discussion charmante. Selon mon enquête, elle s’appellerait Clémence. Obnubilé par ses seins, je n’ai malheureusement pu retenir d’autres informations.
 
9 : 04 
 
J’appelle Tony Almeida pour qu’il prenne en otage les parents de Clémence, pour la forcer à me donner son téléphone. Finalement, sans même la menacer, elle m’offre ses numéros. Nous fixons un cinéma vendredi prochain, le prochain film de Ben Stiller. Je l’embrasse sur la joue, tout émoustillé.
 
9 : 07
 
Tony m’informe que les deux parents de Clémence ont été exécutés par un membre de la cellule trop zélé. Je vais devoir agir vite.
 
9 : 09
 
J’achète un préservatif. 2 euros.
 
9 : 10
 
Je téléphone à Clémence et lui propose d’aller voir le film de Ben Stiller dès maintenant, chez moi, au calme. Elle me répond « que le film de Ben Stiller ne sort que la semaine prochaine ». Pas décontenancé pour un sou, j’enchaîne : « La semaine prochaine la saison sera terminée. Faut qu’on baise aujourd’hui, car après les terroristes vont débarquer, je les connais, ils débarquent toujours une fois que le théâtre de la saison est planté, et le moment approche. J’ai acheté des capotes, dans dix minutes y a un focus sur Tony Almeida, on aura le temps de baiser ok ? Allo ? Clémence ? Pourquoi je ne t’entends plus ? Allo ? »
 
9 : 29
 
Huitième appel à Clémence, qui refuse de décrocher. Tant pis. Encore une qui finira caissière chez ED.
 
9 : 37
 
Enfin ! J’aperçois l’agent X !
 
x-b.jpg  « Pas de doute, c’est bien lui. »
 
Après une vive engueulade d’usage, il m’informe que les sabotages n’étaient qu’une diversion, pour éloigner les regards de leur objectif principal : faire exploser Paris à l’aide d’un brownie piégé. Le dessert dormirait dans une petite boutique au 24, rue Grégory Lemarchal. J’y fonce !
 
9 : 48
 
Merde. Une pervenche a foutu une prune à mon hélicoptère. Le pilote s’est tatoué absent. Bordel, un sabot immobilise l’appareil ! Je tente de le détruire avec un pin's parlant, mais Roger Zabel ne m'est d'aucune aide, cette fois-ci.
9 : 55
 
michael-youn.jpg  « Ne prenez pas peur, je ne suis pas Michaël Youn. Je suis simplement un être à la recherche d’un pilote d’hélicoptère. Y a-t-il quelqu’un dans cette gare qui sache piloter un hélicoptère ? Allo ? Non, je ne suis pas chanteur de Partenaire particulier non plus, monsieur, laissez-moi tranquille ! »
 
9 : 59
 
Bon l’épisode est enfin terminé, faut que j’installe un faux suspense pour la prochaine fois. « Non, ne bougez pas ! » Bon sang ! C'est affreux ! Rattrapons ce… Ce… Ce mec qui… oué bon à suivre, quoi.
Par Myblack - Publié dans : Culture et Divertissement
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