Mercredi 7 novembre 2007
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Alors que dans les villages abrutis de la France certains s’inquiètent à juste titre des éditos réjouissants du Figaro sur l’état du pays, des menaces bien plus
graves planent au-dessus de nos têtes, casquettes Pernod Ricard non comprises. Et derrière notre dos, aussi, puis devant notre nez, quelquefois, voire près de notre nombril. Les mouches, ces
putains de mouches, ces salopes de mouches.
Difficile de trouver quelque chose d’aussi con qu’une mouche, une fois qu’on éteint Le Droit de Savoir. Ces insectes ont été créés pour nous emmerder, un peu à la
manière du Code de la route.
Sauf que les panneaux d’interdiction de dépasser, eux, ne pénètrent pas chez vous par effraction en plein milieu de la nuit. Ils se contentent de sonner à la porte
et, voyant que vous dépasser quand même, s’en vont la queue entre les jambes. Les mouches, non. Elles insistent. Elles dépassent, et pas seulement les bornes. Ca agit dans le vandalisme le plus
total, comme le jeune. Ca bafoue les lois et le sommeil des électeurs. Ca suce partout, ça vole, ça possède une petite trompe qui fait rien qu’à s’agiter. J’en conclue donc que les mouches sont
encore au lycée, plutôt en ZEP.
« Bouge pas pépé, la mouche est sur ta tête. »
Pas plus tard qu’hier – il ne m’est absolument rien arrivé hier mais il s’agit d’un procédé destiné à créer un faux suspense – je dormais tranquillement en essayant
d’oublier que je le faisais seul au moyen d’un autre procédé destiné à créer un faux suspense dans ma vie. Je léchais donc de la chantilly sur le corps d’une adolescente avec des lunettes quand
soudain elle s’est mise à faire Bzzzzzz.
« Ton portable », j’ai dis.
« Pardon ? »
« Ton portable. Tu pourrais au moins éteindre ton portable quand je te lèche. J’entends ton vibreur, là. »
« Au moins il vibre, lui… »
« Pardon ? »
« Non, rien. Ca ne vient pas de mon téléphone. C’est une mouche. »
« Une moche ? Que vient faire une moche dans un de mes rêves ? »
« Une mouche. Mouche. »
« Que viendrait faire une mouche dans un de mes rêves, insistai-je, en laissant retomber mon soufflé. »
« C’est pas dans ton rêve, ducon. C’est une vraie mouche. »
C’était effectivement une vraie mouche. J’ai éteins l’ado et allumé ma lampe de bureau. Il y avait une mouche, et elle persistait à mettre l’affirmation au passé. Je
me suis levé, l’air absent – l’horloge indiquait bravement 2 heures du matin -, en cherchant le diptère. Ma chambre était plutôt en ordre, sur le sol j’apercevais les journaux de la veille – ça
m’évite de marcher jusqu’aux toilettes – et je la guettai. Impuissament. Impuissant, pardon. Il ne se passait rien. Rien du tout. Comme dans cette anecdote, en fait. En guère plus animée.
Quoique.
Bon je vous raconte vite fait la fin : je l’ai croisée près de l’ordi et on a rapidement sympathisé autour d’un verre de cognac. Elle était de passage dans mon
appartement et s’apprêtait à rejoindre le voisin, idée que j’approuvais totalement – le voisin est un être satisfait de sa crasse et impropre à la communication, et je ne dis pas ça uniquement
parce qu’il a refusé de me prêter sa femme lorsque j’ai sonné chez lui, en début d'acné d’année (alors que moi je lui avais prêté mon tire-bouchon sans hésiter, quelques jours auparavant).
L’insecte et moi, on s’est échangé nos numéros puis je lui ai filé un morceau de sucre qu’elle a englouti en moins de trois minutes, la gourmande, en fourrant
sensuellement sa langue sur chaque recoin du rectangle blanc. Inutile de vous dire le rêve que j’ai fait ensuite, hum.
J’ai changé d’avis sur les mouches. Sous des aspects agressifs et bougons, elles sont en réalité très recommandables. Sous des aspects agressifs et bougons, je le
suis également. Nous ne pouvions que nous tolérer mutuellement, nous comprendre.
Les animaux ne s’y trompent pas : appréciées des bêtes, les mouches sont souvent l’invitées de leurs festins royaux. En propageant quelques maladies (choléra,
dysenterie) elles se font respecter par la faune belliqueuse des lions et des présentateurs de RMC. Du coup, chacun s’accorde à vanter leurs mérites. Sauf les humains, trop occupés à serrer les
miches de leurs compagnes pour s’occuper de celles des mouches.
Oui, elles sont moches, les mouches, et alors ?
Un peu de respect pour les différences, merde !
« Nous, les
mouches, on est pacifistes. Ouais, bien sûr, on a tendance à fouiller les poubelles ou sentir le derrière des humains, mais y a des tas de gens biens qui le font [en Europe de l’Est, par
exemple (ndlr)]. Moi je dis c’est du racisme. Tout ça parce qu’on a des sale tronche et qu’on est différentes des autres ! »
« Nous sommes de fidèles lectrices du Blog de Myblack, dont nous avons trouvé le lien sur un Skyblog de fan de Grégory Lemarchal. On était à 100% d’accord avec lui,
contrairement aux autres crétins d’asticots fanatiques prêts à tout pour farfouiller la dépouille du chanteur. On est peut-être pas bien vieilles mais on se laissera pas dominer par le diktat des
médias ! »
« Je n’ai beau n’être qu’une
tortue, je tiens à rétablir la vérité sur les mouches : ce sont des gens comme vous et moi. Si une grande fraction de mon public se trouve être des moutons, les mouches gravitant dans ma
loge après chaque représentation sont les bienvenues. Sous ma carapace de grand timide se cache en réalité une mouche désireuse d’exister malgré son physique difficile. »
« Les hyènes sont les
premières à se moquer de la laideur des mouches, je l’admets. Pour autant il serait faux d’en faire des coupables : elles ne ressemblent à personne, mais elles méritent notre tolérance.
Comme je l’ai fait avec Guy Carlier, qui pourtant était gros, ennuyeux et hideux. Et nous avons un point commun, elles et moi : la tapette. »
« Moi, Kate Mouche, j’ai
réussi à me faire accepter par l’espèce humaine. Mais parce que je suis belle et influençable. Cela n’aurait jamais été possible sans ce corps avantageux qui me distingue de mes collègues à deux
ailes. Je ne suis pas dupe, vous savez. Tenez, vous voulez un peu de sucre ? Pardon ? De la cocaïne vous dites ? Vraiment ? »
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