Samedi 20 octobre 2007
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Certaines personnes font tellement semblant d’être joyeuses à chacun de leurs pas qu’elles en deviennent aussi tristes que le derrière de Sœur Emmanuelle. Les êtres
refusant les plaintes, adoucissant les contraintes et acceptant l’inacceptable pour cajoler leur costume du bien-être. Les humains que rien ne paraît abattre, pas même les blagues de bûcherons
alcooliques de soir de PSG-Strasbourg.
On leur marche sur le pied ? Ils s’excusent de trottiner devant vous.
On les double à la caisse ? Ils vous donnent de quoi payer vos achats.
Embaumés de bonheur à n’en savoir que faire, ils sourient béatement aux secousses qui les choient. Les chevilles gênées. L’embarras du choient.
Rien n’est plus sensible au danger qu’un humain qui feint en ignorer l’existence.
J’ai effectué plus de choses dans ma vie ces trois dernières semaines qu’en 23 ans. Faut dire qu’en 23 ans, mon unique vaillance fut d’aller deux fois au cinéma. Et
encore, avec des mecs. Le comble.
Progressivement je me structure et rattrape les ans perdus, en marchant avec le pied gauche sur quelques erreurs, des approximations un peu à chier. « On ne
réussit pas toujours tout», a un jour dit ma mère en apercevant mon goulot pour la première fois, je ne sais plus exactement quand, lors de ma naissance peut-être. On ne réussit pas toujours
tout, mais ce n’est pas une raison pour ne pas essayer.
Certains essayent même tout
le temps, mais ne réussissent jamais.
J’ai essayé d’aller en cours, jeudi. Avec la grève. Disons que j’ai fait l’effort de me lever pour constater sur le terrain du métro la composition du terreau.
Argileux. Fragile et malléable, un syndiqué, quoi.
Conséquence : j’ai envoyé un mail à mon directeur. Un roman assez formel d’une demi-dizaine de lignes. Avec du bonjour et un désolé à n’en plus savoir que faire.
On appelle ça la nétiquette, cette politesse usuelle en vigueur sur les mails, ce besoin incoercible
d’ancrer une formule de politesse en bas de page.
Moi, la nétiquette, ça m’gratte.
Ca m’énerve.
Tout allait bien puis voilà qu’elle se pointe. Comme si mes éclaircies devaient obligatoirement porter des lunettes de soleil !
Lorsque je converse sur Meetic des filles viennent d’elles-mêmes s’amarrer à mon msn, j’ai pris l’habitude de leur parler de mes soucis. Jouer
franc-jeu, révéler mes défauts, mes contrariétés du moment. Leur dire mon aversion de la nétiquette, le bazar de ma chambre et la teneur des livres du dessous de mon lit. Etre sincère, car en
amour il faut être sincère, et refuser l’hypocrisie de la séduction.
A l’heure où je vous parle, inutile de préciser que je suis toujours célibataire.
J’ai interviewé vendredi mon groupe préféré, les Hushpuppies.
Les Hushpuppies. Et moi, dans la théière.
Je devrais être ravi. Pourtant une tracasserie s’égosille entre mes lombaires, mes lombaires capillaires plus exactement.
J’ai un problème avec mes cheveux.
Je crois que ma tête n’est pas faite pour avoir des cheveux.
Les Hushpuppies ont de sacrés cheveux. Ils sont nés pour en porter. J’ai senti comme une louche de méfiance de leur part, lorsqu’ils ont vu mes cheveux. Du
genre « qui est ce ringard incapable de se coiffer correctement de manière désordonnée ? ».
J’ai été comme complexé. Je leur avais prévu six blagues, au moins. Incapable d’être hardi, j’ai été Laurel. Nigaud. D’agneau. Trop gentil. A peine un petit
« Je vous parle de mon cas personnel : être journaliste, avec les filles, c’est un plus. Et pour les rockeurs ? ». De l’humour coupé au montage, le Myblack du Maxime
qu’on enferme.
- Vous êtes bruns. C’est pour vous différencier des Plasticines, qui sont blondes ?
- Vous êtes cinq. Est-ce un hommage aux doigts de la main ? Question subsidiaire : lequel d’entre vous est majeur ? Le pouce ?
L’auriculaire ? Question encore plus subsidiaire : Lequel d’entre-vous a envie de m’auriculer ?
- Votre second album s’intitule “Silence is Golden”. D’où provient cette idée d’un album sur les pommes ?
- Téléchargez-vous sur Emule des groupes trop minables pour être achetés ? Question subsidiaire : Que pensez-vous des gens, tel que moi, qui vous
téléchargent sur Emule ?
- Il n’y a pas de noir dans votre groupe. Est-ce parce que vous êtes raciste ?
- Connaissez-vous le Blog de Myblack ?
- Monsieur et Madame èvre ont une fille. Connaissez-vous son prénom ?
C’était l’occasion ou jamais. Putain de vie de merde.
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