Curriculum vital

2030. Je travaille pour une boîte dont le produit est l’humain. Chaque jour, je supprime les produits périmés. C’est simple, il n’y a qu’à appuyer sur un bouton.

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Jeudi 13 septembre 2007 4 13 /09 /Sep /2007 12:40

bouc---missaire.jpg Incapable d’humilier proprement 11 femmes de ménages écossaises avec des torchons autour de la ceinture – comment appellent-elles ça, déjà ? Un kilt ? -, l’Equipe de France de Football va maintenant devoir s’activer pour rendre clean sa copie des éliminatoires de l’Euro 2008.
 
Inutile d’épiloguer sur le sujet ou de se perdre en analyses superflues : nos joueurs ont failli. Failli marquer, failli arrêter le seul tir britannique du match, ils ont lamentablement failli. Pour assouvir bestialement nos pulsions démolisseuses de fanatiques frustrés, nous devons nécessairement trouver un bouc émissaire.
Le bouc émissaire est un peu comme la branlette du supporter : il permet de s’occuper en attendant les jours meilleurs, de tirer à vue en maudissant la conjoncture et les dédains des filles trop belles. Sauf que mon orgasme a du mal à s’exprimer en pensant à Lilian Thuram, voyez-vous ?
Les rencontres des Bleus me rendent impuissants, surtout lorsque le viagra Thierry Henry est absent. Ses coéquipiers sont les responsables de ma déficience érectile, mais impossible de tous les haïr : l’effort de concentration est beaucoup trop important.
Dès lors quel bouc émissaire choisir ?
 
Mickaël Landreau est fautif sur le but, cela ne fait aucun doute. La preuve : il ne l’a pas arrêté. C’est le seul véritable blanc de l’équipe mais ça ne doit pas nous empêcher de le détester, d’autant plus qu’il joue au Paris Saint-Germain. Avec ses allures de garçon coiffeur intimidé pour capturer les ballons du 7ème ciel, il peut plaire aux homophobes. De Marseille, notamment, qui s’y connaissent en la matière (« PSG, on t’encule »). Mais son poste de gardien de but est peu glamour, finalement.
 
Julien Escudé est un tennisman, que venait donc t-il faire dans ce guêpier ? Les titularisations de Domenech sont parfois incompréhensibles. Pourquoi pas Michalak en milieu défensif, pendant qu’on y est ?
 
Le problème de Lilian Thuram c’est qu’il semble trop sérieux et intellectuel pour être crédible, en tant que noir (car comme chacun sait le noir rigole pour un rien et lit très peu Schopenhauer ou Kant. D’ailleurs, à ma connaissance, il n’y aucun philosophe allemand qui soit africain). Et puis il a tendance à crier au loup dès qu’on l’insulte, comme un vulgaire gauchiste. Ca mord, les gauchistes, ça se laisse pas intimider.
 
Le latéral Lassana Diarra apparaît beaucoup plus facile d’accès. Inexpérimenté et inoffensif offensivement, il attise les rancoeurs évidentes. Sans doute trop évidentes, à mon avis : pourquoi lui tomber dessus alors que des brouillons beaucoup plus mâtures sévissent, tel le barbier, à quelques mètres ? Du genre Claude Makelele et Patrick Vieira, des athlétiques premières lignes sortant avec des mannequins (Noémie Lenoir, pour ne citer qu’elle). Les deux compères sont riches, sobres, aux discours posés : l’exact contraire du Footix de stade qui ne peut que les détester !
 
Florent Malouda est par contre intouchable. Son excellente partie n’a pu venir à bout de la vaillance des chardons, et il serait injuste de décrier l’ambassadeur de mes stages pour les apprentis footballeurs.
 
Et Franck Ribéry ? Ah, Franck Ribéry, tout un programme ! Non crypté, hélas. Son visage écorché laisse penser qu’il a oublié le décodeur à la naissance. Problème : foufou, totalement beauf, il séduit les supporters qui se reconnaissent dans ses dribbles redondants. Samir Nasri, alors ? Il est arabe lui aussi, après tout. Un excellent bouc émissaire de base, donc. Et qui joue à Marseille, également ! Enfin un arabe, quoi. Mais il n’est rentré qu’en fin de rencontre, quand la nappe était déjà pliée. Il serait lâche de lui en vouloir.
 
David Trezeguet, oui, je vous vois venir : ce poireau pâteux planté dans les 16 mètres à attendre les balles trop lointaines pour son inertie. « Mais à quoi bon ? », lance-je, renfrogné. A quoi bon taper sur un légume qui s’est en pris plein le bouillon depuis presque 2 ans ? Où est le plaisir ? C’est important le plaisir, en sport, merde ! Critiquer Trezeguet est trop simple, cela revient à jouer contre les Féroé. Ou contre l’Eco… Les Etats-Unis, pardon.
 
Nicolas Anelka est un fils de pub, il le prouve encore en tombant dans les surfaces des chaînes de restauration rapide. Ce fugueur – parti à Londres alors qu’il était encore ado ! – a tout de la racaille violente inquiétant les honnêtes citoyens. Des voitures luminescentes, une carrière énigmatique, une vitesse de pointe fantastique qui lui permet d’échapper à la police. Quel CV ! Des écueils, néanmoins : une timidité touchante, une incapacité à aligner les mots qui n’est pas sans rappeler le supporter du RC Lens, quelques buts récents capitaux en sélection. Mouais. Comme le susurre du bout des lèvres les chanteurs de Folk hésitants : « quel dilemme, Bob. » Quel dilemme.
Pffiou, vraiment dommage que Djibril Cissé n’était pas titulaire. Ca nous aurait grandement facilité la tâche.
 
 
Par Jean-Michel Largué - Publié dans : Sport
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