Se bousiller la santé pour mourir heureux, à 61 ans, d’un cancer attendu devient de moins en moins rentable : le prix du paquet de cigarettes dépasse dorénavant
les 5 euros.
L’Etat est assis en non-fumeur, il tient les comptes, il tient les consommateurs par le bout de leurs crachats.
Quand fumer reviendra plus cher que de jouer au golf ou que de se dépenser en louant un court de tennis, ils auront gagné.
Dans 10 ans les cigarettes seront vendues dans les banques : il faudra ouvrir un prêt pour se les offrir. Seuls les privilégiés pourront tournicoter la nicotine.
Les pauvres, eux, devront choisir. Et entre l’éducation de leurs enfants et celles de leurs poumons quémandeurs, que croyez-vous qu’ils choisiront ?
Par chance, je n’aime pas fumer.
Je fume quand même, mais je n’aime pas.
Je fume pour faire chier.
Je prends du plaisir à cloper, en apercevant ma fumée nauséabonde se poser sur la narine des gens. Sinon, le goût du tabac aurait plutôt tendance à me faire
vomir.
Mais il faut parfois souffrir pour être odieux.
Les consommateurs de tabacs m’ont emmerdé pendant tant d’années que je peux bien leur rendre la pareille, non ? Bien sûr, je me détruis les bronches. Bien sûr,
je dois me coltiner des transports de paquets plein le jeans. Bien sûr, j’ai l’air d’un con avec ma main flasque et mes lèvres brûlées.
Mais la satisfaction d’empoisonner une mère enceinte d’un futur crachoteur qui risque de m’enfumer d’ici quinze à vingt ans vaut bien ces quelques sacrifices.
Choix cornélien numéro 304 : la clope après l’amour ou la clope après la mort ?
Je ne fume pas quand j’en ai envie, mais quand les autres n’en ont pas envie.
J’aimerais bien arrêter, mais pas tant que les autres continueront à m’insupporter.
Lorsque je suis invité à une fête, je… Non, restons sérieux, je ne suis jamais invité à une fête. Lorsque je monte par le balcon pour m’immiscer dans des soirées
parisiennes où les Louise Attaque servent l’apéro, la première chose que je fais, outre nomenclaturer le physique des invités féminins, c’est d’allumer une clope.
Souvent je l’allume juste, sans la porter au bec, pour montrer que je suis un type sociable. On devient tout de suite plus crédible, une cigarette à la main. Et cela
permet d’excuser le silence, trop occupé à pomper. Quoiqu’en soirée, on devrait plutôt féliciter le silence, tellement la connerie fait du bruit.
Ne comptez pas
sur moi pour commenter cette photo. Surtout vu les phrases précédentes.
A peine sortis du berceau, les jeunes fument, par grégarisme. C’est frais, c’est rebelle, c’est cool, ça prend moins de temps qu’un bouquin. Et pourtant : quoi
de plus rebelle que de brûler des bouquins ? Les nazis eux-mêmes pratiquaient l’autodafé : on fait pas mieux, comme rebelles !
La cigarette n’est pas la plus nocive des contrariétés : le tamtam ou ma mère sont bien pires, dans leur genre. Mais le fait qu’ils ne tiennent pas dans la poche
leshandicape fortement, par rapport à la cigarette. Et puis l’idée d’allumer ma mère ne me tente guère. Je préfère allumer les plus jeunes, sauf votre respect.
A moins qu’ils ne fument, évidemment : dans ce cas-là, je les échauffe, les provoque.
Bizarrement, incendier des non-fumeurs me séduit aussi, à la longue. C’est un peu lâche, même trop. Il en faut du courage pour être aussi lâche, pour ennuyer les
cibles évidentes.
Pour emmerder le plus efficacement possible ceux qui n’ont rien demandé, il faut :
- Choisir en priorité les
personnes fragiles, comme les vieux, les enfants et les célibataires à lunettes. Pas à cause de leur constitution malingre, mais simplement parce qu’ils n’oseront pas vous engueuler
ensuite : les enfants se contenteront de pleurer, les vieux de tousser et les célibataires à lunettes de complexer.
- Ajouter à vos nuages
goudronneux des guili-guili sur le ventre, des lancers de cacahuètes sur le nez, des tapes inamicales dans le dos.
- Parler à
tue-tête de leur vie sexuelle, surtout s’ils sont célibataires à lunettes.
- S’amuser à pimenter le tout en envoyant des ronds de
fumée fongiformes, falciformes, piriformes, chloroformes ou, encore mieux, pénissiforme. Pardon ? Phallique, vous êtes sur ? Ah.
- Faire
semblant d’être gêné avant de passer à l’assaut, pour paraître, sous cette carapace de pompier pyromane, un tantinet bien élevé. Les humains n’oseront pas vous tancer si vous appuyez sur
l’alarme en amont. Ainsi, avant tout bombardement, demandez toujours si « ça dérange quelqu’un si je fume ? »
« Ca dérange
quelqu’un si je fume ? »
« Ca dérange quelqu’un si je fume ? », la plus formidable invention de l’homme après le « Comment ça va ce lundi matin à 7
heures ? » et le « Sincèrement, tu la trouves comment, ma copine ? ». J’aurais préféré ne jamais la trouver, personnellement, mais ce n’est pas la
question.
« Ca dérange quelqu’un si je fume ? », l’Anapurna du foutage de gueule ; comme si je demandais à ma mère « Ca te pose pas de problème
si je rentre dans le salon avec mes chaussures sales ? »
Comme si je disais « Ca dérange personne, si je fais semblant de travailler pendant mon stage ? », au lieu de simplement le penser. Ou
« Ca te dérange que je drague cette fille que tu désires en cachette depuis des lustres ? »
Enfin c’est pas pire que « Qui veut passer au tableau résoudre cette équation à trois inconnus ? »
Sinon, ça dérange personne si je laisse cet article en plan pour aller mater les Simpsons à l’aide d’une chute facile ?
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