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2030. Je travaille pour une boîte dont le produit est l’humain. Chaque jour, je supprime les produits périmés. C’est simple, il n’y a qu’à appuyer sur un bouton.

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Samedi 25 août 2007 6 25 /08 /Août /2007 00:01

 

po--te-maudit.jpg  Hello, this is Henri-Fabien Shewpps, tout droit sorti de prison pour avoir traduit illégalement en français le dernier Harry Potter. Aujourd’hui, et exclusivement pour le Blog de Myblack, je vais vous parler du dernier recueil d’Anna Galvaudé : Pérégrinations contemporaines éclectiques de l’absolu alimentaire.
 
 
4 nouvelles nous sont ainsi livrées à domicile, au prix modique de 15 euros le repas. Anna Galvaudé, dont les deux précédents opus (« Ensemble, c’est mieux que pas ensemble » et « La vie est un tambour ») nous avait, il faut bien le dire, sacrément gonflé, change de style.
Le ton est plus mordant, plus caustique, plus lyrique, bien que particulièrement mauvais.
Abandonnant ses sempiternelles nomenclatures du quotidien des gens dont on se fout, Anna Galvaudé implante son récit dans l’univers du réfrigérateur, lieu des intrigues de la cuisine. Hélas, son inexpérience de l’endroit se reflète à chaque ligne, tel un miroir de l’ignorance un peu trop éclatant.
 
Joe le steak haché nous narre l’existence paisible de Joe, steak haché de son état, amoureux d’une biscotte Heudebert. Au fil des soubresauts de l’épisode, on sent, clairement, qu’il meurt d’envie de la beurrer. L’histoire n’est en soi pas mauvaise : la psychologie de la tranche de viande est fidèlement retranscrite, au gré de ses humeurs ; ce Joe porte l’amour en lui, et Anna reste douée pour le retranscrire : « Sirène de mon souffle, callaïs de mes nuits, avalanche de beauté nivale,  m’entends-tu, ô biscotte adorée, jonchée sur cette assiette landaise ? »
Demeure une erreur, majeure et tragique : que vient donc foutre une biscotte dans un frigo, alors que son emplacement est plutôt dans un tiroir, un placard ? L’angoisse de la réponse qui s’évade, énigmatique, nous gâche le récit.
 
Etats d’âme du gras-double à la lyonnaise se veut dérangeant. Planté dans une atmosphère de banlieue contaminée par les excès de cholestérol, le cynisme du gras-double explose au visage de ses voisins, étrangers. Prétendue parabole du racisme, la fable est autant loupée que le cake au poire dont elle offre le second rôle : trop véhément pour paraître crédible, il tombe à plat.
 
Perpétuité du faux-semblant se défausse dès son titre. Un coq au riesling, instituteur dans le secondaire, se retrouve englué dans un mariage qui n’a que trop longtemps duré. Ayant trompé sa femme (une morue à l’aïoli) avec une soupe au lard aux croûtons véritables, il persiste dans son mensonge. « Et le voilà revenant de sa soupe, les baisers nettoyés, embrassant son épouse sur la joue, sans y croire. Le coq au riesling salue le carré d’agneau à la moutarde, qui n’ignore rien du manège. Et celui-ci tourne, tourne, tourne, sans que personne ne l’arrête, sans que le flan aux trois légumes, conservés dans son tupperware, ne se révolte et l’alerte, malgré ses cris résonnants jusqu’aux points cardinaux de l’appareil. » Comme si les cris du flan pouvaient s’entendre, barricadés dans leur tupperware… Comment une écrivaine ose-t-elle donc écrire des inepties pareilles, sans documentation ?
 
Enfin, Rendez-vous nocturne autour du croque au bleu achève le dîner. Indigeste et lourde, cette romance à l’eau de rose ne mérite pas qu’on s’y attarde. Son protagoniste, un diplomate aux abricots, passe ses nuits à attendre une promise qui ne vient jamais. Face aux lenteurs des phrases et des réflexions anesthésiantes sur l’incongruité des relations amoureuses, le lecteur subit sans jamais s’épanouir. Je vous laisse juger : « Je suis là, près du croque, au second étage de notre monde. J’entends la musique, le nain sur les épaules qui me galvanise. Le cœur monte, l’envie d’agir me bloque, me stresse, me panique. Plongée dans son téléphone portable, elle ne meremarque pas encore. Elle doit pressentir que quelqu’un l’observe. Les salades tièdes de gambas sentent ce genre de chose. » 
 
 
 
Pérégrinations contemporaines éclectiques de l’absolu alimentaire.
D’Anna Galvaudé 
Note : 5/20
Par Henri-Fabien Shewpps - Publié dans : Culture et Divertissement
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