Mercredi 22 août 2007
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Grégory Lemarchal est crevé, Michel Serrault n’est plus là, et je ne me sens pas très bien non plus.
A mon décès, j’espère qu’un connard souillera ma mémoire pour que l’on parle de moi sur 9000 messages.
Entre ça et l’oubli, mon choix est fait.
Je traînarde mon moral défaillant entre les dédalles du sol. Un zigzag qui draine la folie jusque dans le métro, où j’apparais quelquefois, entre deux
dépressions.
L’autre jour j’ai croisé Grand Corps Malade, station des Invalides. Quand il est monté, les usagers lui ont donné des pièces, pour qu’il s’arrête de chanter. Il avait
même pas commencé, c’est pour vous dire la performance d’artiste.
Dire que j’aurais pu être en camping, sous une tente, sous la pluie, près de Français rotant la digestion et le championnat de football. Le rêve. J’aurais pu
rencontrer une petite française, la faire boire. Lui parler. Pas évident : y a de moins en moins de Français, en camping. Des envahisseurs sur tout le parcours méditerranéen, comme au
bon vieux temps de Charles Martel. Même l’Atlantique n’est pas épargné, la pauvre.
Les étrangers sont comme les apéritifs : y en a des bons et des qu’il faut laisser aux voisins. Notre président l’a parfaitement compris. A croire qu’il est
campeur.
Le campeur letton a des qualités que ne possède pas le campeur pakistanais. Le campeur norvégien dispose d’atouts que le campeur irlandais ignore. Le campeur
soudanais ne va pas camper, il est trop occupé à mourir.
Je n’envierai jamais assez les campeurs soudanais qui n’ont pas à se creuser la tête pour réserver à l’avance à des standardistes incompétentes leurs dates
d’hébergements ou à choisir quelles serviettes de bains devront être emmenées dans le coffre de leur traction avant. Le campeur soudanais ne se creuse pas la tête. Seulement la tombe de ses
enfants.
En parlant de tombe, j’ai des pulsations quand j’ouvre la fenêtre, pour aérer les aisselles de merguez. C’est haut. Le 6ème. Ca doit faire mal.
Problème : où est l’intérêt de sauter si personne ne vous regrettera ? Même si j’aime beaucoup les enterrements, franchir le pas est hésitant. L’ambiance
qui s’y dégage me rappelle les midis en famille, quand l’appétit expire son dernier souffle en n’avalant pas ses patates. Les assiettes sont mortuaires, comme ma famille, et les couverts sortent
capuchonnés, protégés de la morosité par l’eau, le vin, le pain dans ta gueule.
Aux enterrements on mange généralement peu ; les prêtres sont des rapiats, sur la nourriture. Ces fêtes obséquieuses sont mes uniques contacts avec les gens
d’églises, les tireurs de larmes. Il n’y a rien de pire qu’un prêtre pour plomber une soirée ; n’invitez jamais des prêtres en boîte : non seulement ils ne consomment rien – ni filles,
ni boissons, ni danses -, mais en outre ils sèment les pleurs. La soutane est insoutenable, elle broie du noir.
J’ai beaucoup ris à l’enterrement de mon frère. L’employé de la secte catholique, un petit bonhomme drapé d’empathie, en avait érigé un portrait dithyrambique. Le bal
des faux culs pleurait en récitant des passages de la bible, avec une gravité exagéré, pompeuse. Par chance mon frère était décédé, sinon il aurait été gêné de toute cette hypocrisie qui ne lui
ressemble pas.
Moi, je n’arrive pas à simuler la peine, Ca me fout le bourdon, de faire semblant d’être triste.
Mais c’est peut être moins grave que de faire semblant d’être vivant, après tout.
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