Jeudi 16 août 2007
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Le cinéma nous réserve parfois de belles surprises, si l'on écarte les films de Samy Nacéri. Je profite de l'été pour découvrir avec vent de face les salles de
cinéma, et j'avoue avoir été agréablement surpris par une petite pépite cinématographique : "J'aime", avec, dans les rôles principaux, Clara Morgane et Lord Kossity.
Clara Morgane y interprète une concessionnaire de chez Renault dévastée par la mort de son chien, un yorkshire nommée Desireless. Devenu schizophrène, elle s'identifie aux voitures qu'elle vend
et décide de retrouver son cabot en parcourant l'hexagone ("je suis libre comme l'air, marche avant ou arrière"). Le film narre sa rencontre avec José, un vendeur de
croque-monsieur ambulant (joué par Lord Ko).
Rapidement séduit par la carrosserie de la belle, il lui propose de participer à sa petite entreprise de restauration. Clara hésite. Ce n'est pas son
monde. L'occasion du mois aime le goudron, la vitesse : a-t-elle sa place comme simple serveuse ?
José a repéré son don pour ce métier et, pour s'atticher son talent, lui donne tout ce qu'elle désire.
Le pouvoir du fromage râpé qu'on étale sur le pain.
La saveur du jambon qui croustille sous le palais.
L'argent. Beaucoup. "C'est pas une question d'money money", assure l'étalon. Clara Morgane Renault accepte le
défi.
Le temps passe. Le fleuve, par delà les mers, sort de son lit en pyjama pendant que les écureuils bourgeonnent. Le vent éclaire les routes de
l'avenir et fait resplendir le soleil du destin. La sensualité de la faune se joue de l'atmosphère, dans un méli-mélo clair-obscur, quand, soufflé par les braises du printemps, le réalisateur
se perd en gros-plan pompeux et en péripéties charabiatesques.
Le spectateur que nous sommes se prend néanmoins au jeu. Les deux tourtereaux apprennent à se connaître, près du four où rissolent les bons petits plats. "Lord Ko et Clara Morgane au cro-mi cro-mi", encore et toujours, et le micro-onde scintille.
L'intrigue rend le petit commerce florissant. José engage même plusieurs serveuses, ce qui ne plaît guère à Carla, reléguée à l'arrière-boutique. Se prenant d'affection pour une
tranche de gouda, elle liquéfie peu à peu ses ambitions pour servir les desseins de son patron - et les clients, par la même occasion.
Mais les clients ne sont pas dupes : ils ont remarqué cette fille de la ville, ce véhicule étranger. Le racisme provincial, le plus dur, le plus saignant. Clara est rayée, ses essuies-glaces
font du va et vient dans l'intérieur cuir de son âme.
Les quolibets écument les semaines, infatigables comme un chasse-neige : "Hey, salut, tunning ?"
Clara, piquée au vif, craque. Elle prend conscience que son rêve n'est pas de servir des apéritifs ("je ne suis pas celle que tu crois").
L'Espace lui manque - sa voiture favorite. Ses pneus sont crevés, sa jauge est à sec.
Le clash ne manque pas d'arriver et elle décide, dans un final émouvant, d'abandonner son mentor. Il pleure. Il la réclame, vainement. Le mentor palpite, le mentor se calle.
Son mentor a rendu l'âme. Panne des sens.
Breack définitif.
Les Bonnie and Clyde du snack se séparent sans même un dernier smack.
Et dans la moiteur de la nuit, José l'appelle au secours, prévient des dangers
de la route qui guette son héroïne.
"Oh Clara warning warning."
"Oh Clara warning warning."
"Oh Clara warning warning."
Dernier appel de phare. Rideau.
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