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Revue de presse

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" Le meilleur site d'humour du web " - Guy Birenbaum (8.10.2007)
" Et dire que ce génie recherche un stage en presse écrite !"  - Guy Birenbaum (24.11.2007)
" Non, pas maintenant Myblack, j'ai la migraine" - Guy Birenbaum (21.12.2007)

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Vendredi 31 août 2007

Avant de se lancer corps et âme à 26 ans dans un métier de 4ème zone en corrélation avec le niveau déplorable de leurs études, résultant de la fêtarde passivité de leur intellect, de plus en plus de jeunes alcooliques voient dans l’oasis musical la solution des déboires. Ils loupent leur bac puis ils la braquent sur les partitions, en espérant qu’elle les grossisse suffisamment pour se faire remarquer des autres cancrelats.
La musique est le nouvel opium des masses, la trousse de secours de la jeunesse attardée. Les queues bedonnantes en érection devant les castings de La Nouvelle Star en sont l’illustration, la célébrité le dessein.
 
Le talent ne suffit pas : il a besoin d’être repéré, sublimé par un producteur, mis en avant par les médias. Du coup le talent en a marre, et il laisse sa place.
 « J’aimerais tant raper sur deux rimes quelconques, mais, hélas, je suis un blanc », gémissez-vous, le soir, dans votre chambre, en écoutant Faf la Rage, le Lénine de la chanson.
« Ah, si j’avais du talent ! Ah, si j’avais un avenir ! Ah, si j’étais Myblack ! », couinez-vous, le soir, dans votre chambre, en lisant mes articles. Mais voilà : vous n’êtes que vous, grouillot d’étudiant coincé dans une chambre de bonne, ne sachant écrire correctement sans correcteur orthographique et emprunté d’un charisme de soupe Liebeg soluble à l’eau tiède.
Un CV tout à fait honorable pour faire de la chanson, donc.
Les notes de musique sont à la portée du premier venu, du moment qu’il arrive avant les autres. L’argent circulant dans ce milieu est européen, sans douanes. Il a juste à endurer les vers claustraux de Zazie et les ritournelles de Frédéric Lerner. Si eux, pourquoi pas vous ?
 
 
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La coupe de cheveux à la con : le petit plus qui vous démarquera des autres ringards.
 
 
Pour devenir riche en passant par cette voix, un groupe sera indispensable.
Le groupe permet de jouer sur scène avec une fille, impérative condition pour intéresser le tenant de cabaret.
Le groupe permet de planquer le fils d’un riche près de la basse de manière à ce qu’il s’implique, mais pas trop, de manière à ce qu’il finance, et beaucoup.
Le groupe permet de multiplier le manque de talent par quatre, de mélanger la médiocrité des gênes pour former un chamallow polychrome échappant par mégarde à l’audibilité.
Le groupe permet de s’occuper lors des tournées fastidieuses à Riom et Laval en jouant aux cartes ou en couchant tous ensemble – d’où l’importance d’avoir une fille.
Vous voyez : un groupe est indispensable. Mais il ne suffit pas. Il faut lui adjoindre un tube.
Prenons les Rolling Stones. Non, mauvais exemple. Ne visons pas trop haut. Prenons Superbus.
Comment faire une chanson de Superbus ?
 
Pour faire une chanson de Superbus, il faut :
-        Une idée, mais pas trop originale, liée à l’amour ou à la violence
-        Des habits tapageurs et tape-à-l’œil
-        Un refrain piqué dans une publicité bulgare des années 70
 
Problème : il vous sera délicat de percer en chantant en bulgare, surtout en reprenant des couplets initialement consacrés à de l’eau pétillante ou à des yaourts. Il va donc falloir écrire des paroles.
Si certains se sentent mal, il est encore temps de partir.
Non ? C’est bon ? Ok. Il va donc falloir écrire des paroles. Des paroles comme dans la chanson « Lola », de Superbus, classés dans le top 10 des ventes de singles en juillet (selon Charts in France) :

 
Allo Lola, c’est encore moi
J’ai beaucoup pensé à toi, Lola
Allo Lola, ne raccroche pas
Ne mets pas de holà, Lola, oh là !
Allo Lola, oui c’est bien moi
Je n’ai pas dormi pour toi
Je n’en reviens pas
Allo Lola, ne raccroche pas
Lola lit dans l’au-delà, ma jolie lola.
 
 
Admirez toutes ces assonances subtiles, cette finesse d’écriture, cette distinction dans l’enchaînement des tonalités, ce matraquage auditif bactérien puant le homard à vous donner envie d’envahir l’Irak. Cela paraît difficile à faire, mais non. Trois étapes, encore une fois :
-        Choisir un prénom rigolo, comme Lola
-        Cherchez plein de mots et de sons s’y rapportant.
-        On mélange.
-        C’est prêt, servez aux auditeurs de Skyrock et de NRJ avant qu’on ne s’aperçoive de l’arnaque.
 
 
melange-superbus.JPG
Cinq membres du Magic System, composant une chanson en mélangeant des cailloux
 
 
Moi-même au début j’étais sceptique, et pourtant : en moins de vingt minutes les refrains imparables s’accumulent sous la facilité de l’exemple initial, prêt à inonder les radios et les oreilles égarées.
Après moult hésitations, mon choix s’est positionné sur Edgar.
J’ai alors cherché plein de mots et de sons s’y rapportant, dont voici la liste : « Garé, gare, égaré, garrot, Garou, égards, hagard, garder, garde-pêche, bagarre, gardon, garage, garde-manger, garant, gars, garni, garde-à-vous, garde des Sceaux.»
Puis j’ai mélangé :
 
Hou-hou, Edgar, t’es garé où ?
Gare à toi Edgar, égaré et roux
Garde-pêche ton gardon garni ne se garde pas
Le garde des Sceaux est hagard, gare à ce gars
Hou-hou, Edgar, t’es garé où ?
Près du garrot de la gare de Garou ?
Ses égards au garde-à-vous, gare à la bagarre
Pour son garde-manger ne t’égare pas, mon gars
 
Remarquez que ça fonctionne aussi avec Hugo :
 
Oh-Oh, Hugo, ton ego à gogo
Gogo mon gars, tout de go gaga
Tes Légo égaux, ragot de bimbo
Gigolo au son du gong, go !
Oh-Oh, Hugo, ton ego à gogo
Gogo mon gars, tout de go gaga
T’es gay, gai, comme Gégé
Gogo et gaga, gag à gogo !
 
 
A moi l’Amérique !
par Myblack publié dans : Restes du frigo
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Jeudi 30 août 2007
Avec plus de 20 visiteurs hebdomadaires, Le Blog de Myblack a acquis une renommée presque départementale à l’échelle du réseau télématique international. Valeur sûre du bon goût et de la dérive incontrôlée, la place ne cesse de faire parler d’elle, que ce soit dans la famille de Grégory Lemarchal ou dans les chaumières penaudes du Bas-Cantal.
Pourtant, Myblack en veut davantage.
Il est comme ça, Myblack : quand un seul sein ne lui suffit pas, il réclame le second.
Devant l’incapacité à remplir Wikipedia de lien url menant à sa progéniture, et face aux mépris des grands médias suçant déjà celle de Morandini, Myblack s’est convaincu de la nécessité de développer sa newsletter.
 
Cruelle statistique jubilatoire qui semble se moquer des efforts de son gourou : 10 curieux s’y sont inscrits, en tout et pour tout, seulement, bordel, c’est pas beaucoup, 10.
10 personnes, soit à peine le public des spectacles de Nicolas Canteloud, dont la ressemblance avec Nicolas Canteloud étonne chaque jour davantage ses fans les plus fidèles.
 
Pourtant, Dieu sait que… Non, Dieu ne sait rien, Dieu ignore le vainqueur de Secret Story, le prochain score d’Italie-France, le nom du bébé de Liv Tyler et, accessoirement, les guerres – mais bon on s’en fout, elles font moins d’audience. Pourtant, la Newsletter mérite votre regard. Si si. J’ai vérifié.
La Newsletter du Blog de Myblack, c’est l’assurance de recevoir chez vous les articles les plus trépidants, mais aussi les articles sans intérêt, pour pouvoir les comparer et rire de leur médiocrité.
La Newsletter du Blog de Myblack, c’est la garantie de découvrir, chaque mois, le mot de Myblack. En juin ça a été « Electromètre », en juillet « Porte-étrier » et en Août « Tournevis ». Ne manquez pas le prochain ! 
Mais la Newsletter du Blog de Myblack, c’est également la possibilité d’inonder votre boîte mail par un autre sujet que les sempiternels Congolais vous suppliant d’accepter leurs chèques d’un million de dollars ou les publicités de machines à accroître les pénis remboursables en six fois sans frais – et qui, en outre, ne fonctionnent pas. Si si. J’ai vérifié.
 
« Hélas, je crois que les lecteurs n’ont en strictement rien à foutre, Myblack ». Mon ami Raymond Bounaffou a raison. La vérité seule ne suffira pas. Face au mercantilisme incessant de l’occidental contemporain, l’action est la seule méthode. S’y soumettre ou mourir, la publicité réclame un choix. Les membres de la rédaction du Blog de Myblack, soumis de nature, n’ont dès lors guère hésité : pour vendre la newsletter, il fallait se vendre.
Faire la péripatéticienne, en éclairant les trottoirs avec des autodafés sauvages.
Et organiser un brainstorming.
Malheureusement, ignorant la signification de ce terme, les membres de la rédaction se sont lancés dans une partie de mikado avec des spaghettis trop cuits. Puis Gérard Crobard a commencé à faire le trottoir, rameutant avec lui une dizaine de voisins un peu éméchés. La Newsletter n’avançait pas, la soûlerie rémoulade au grand jour, les abonnés de nuit. Heureusement, alors que les bières remportaient combat sur combat face à l’intelligence humaine, Raymond Bounaffou eut une idée :
« Et si on faisait un karaoké spécial Etienne Daho ?! »
Non, pas cette idée, l’autre.
« Et si on remplissait l’ascenseur de crânes de méduses ?! »
Raymond Bounaffou a beaucoup d’idées.
« Et si on faisait un prospectus ?! »
A 4 voix contre 2, la proposition a été acceptée.
 
newsletter-myblack60.JPG 
 
 
Photo non pervenche.
par Myblack publié dans : Restes du frigo
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Mercredi 29 août 2007
Myblack is baque !
N’en déplaise aux peigne-culs de la mairie du voisin, à la masse servile des ondes cathodiques, aux petits éclopés de la boucherie du trottoir, à l’incrédule terrine de la discipline, au courant orthodoxe de la morale qui s’élude, aux poils de baignoires accrochés au site de Morandini, au béni-oui-oui du garde à vous, à l’autorité émergente des bouquins de bibliothèque à date fétidique, à la conjugaison des verbes du 3ème groupe, aux bus en avance sur les gens en retard, à papa, à maman, à l’insolente outrecuidance des filles de son âge, Myblack a resigné pour un an.
 
« De toute façon j’avais rien de mieux à faire », a déclaré la vitrine d’Internet lors d’un meeting avec son lectorat. De retour après sa condamnation judiciaire, et afin de justifier maladroitement le titre de son article, Myblack a emprunté le métro déguisé en oiseau échassier des régions chaudes : mais la faible hauteur de ses pattes et son bec pas vraiment incurvé n’ont dupé personne.
Pour faire bonne figure et repartir sur d’excellentes bases, Myblack a élargi l’ours de son blog : trois nouveaux chroniqueurs sont venus remplacer le départ – temporaire ? – de Jean-Michel Lapoisse, plongé dans un coma turpide.
 
 
 
Jean-Michel Largué est journaliste sportif. Myblack s’étant rendu compte que ses articles sportifs ne passionnaient guère le contour féminin de sa frontière, il a décidé d’accorder sa confiance en ce donneur de leçon emphatique. Entraîneur du Parisil Town FC, dont la rencontre de Coupe de France est imminente, il est l’indéboulonnable partenaire de bistrot de Gérard Crobard. Son slogan ? « Allez les verres ! »
Mais rassurez-vous, gentes dames : Jean-Michel Largué publiera la majorité de ses papiers sur son Blog.
 
 
Animateur télé, Guy Dumin présentera les nombreux débats d’idées qui séviront immanquablement sur ce Blog. Ancien chroniqueur pour Radio Nova et journaliste à Moutarde TV, la chaîne du câble consacrée à la moutarde en pot, Guy Dumin a reconnu « que l’opportunité d’être écouté par plus de 80 auditeurs, soit 40 fois plus que mon audience habituelle, ne se refusait pas ». Après plusieurs émissions à succès (1), il fera de son bagout une arme au service de ses invités et de la publicité.
 
p--dophile.jpg Lucien-Charles Moutavia est un ancien professeur de français renvoyé de l’Education Nationale pour insubordination. Ses meilleurs amis étant tous décédés, il s’est résolu à célébrer les morts. Il écrira deux fois par mois la nécrologie d’une personnalité encore vivante. En publiant ses faire-parts, Myblack espère susciter la polémique à moindre frais.
 
 

Si vous pensez avoir du talent et désirez être exploité de manière à être publié un lundi soir entre deux articles du maître, vous pouvez envoyez vos créations à Myblack à l’adresse hotmail qui s’affiche en bas de votre écran.
par Myblack publié dans : Restes du frigo
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Lundi 27 août 2007
« J’ai décidé de mettre fin à mes jours pour en finir avec ce stage horrible ». Ce sont les lignes qu’on a retrouvé sous le corps de George-Alain Moustiquaire. Admirablement pendu – la longueur du câble téléphonique, idéale, n’a laissé aucune chance à l’erreur -, le stagiaire s’en est allé rejoindre Grégory Lemarchal en enfer.
Sa mort a surpris : en effet, il ne restait plus à George-Alain que trois jours de stage. L’impatience a eu le dernier mot.
Stagiaire du Blog de Myblack du 3 juillet au 25 Août 2007, George-Alain Moustiquaire aura publié, tout au long de son existence, la bagatelle de 12 528 mots.
Certains signes avant-coureurs avaient alerté le regard perçant des lecteurs : le champ lexical macabre des articles et le ton houellebecquien du mois d’Août commençaient sérieusement à gonfler les promeneurs. 
 
« De toute façon je ne l’ai jamais aimé », a immédiatement déclaré Gérard Crobard, son ex mentor. « Ses tentatives pour augmenter l’audience de ce blog, plafonnant à 400 visites par jour, sont trop longtemps restées infructueuses pour être honnêtes. J’avais beau lui ramener des maghrébins à consommer à la maison, il ne les frappait même plus ! Dès lors, on ne pouvait plus s’entendre.»
 
« Soyons positif : ça fera toujours un chômeur de moins à nourrir », a expliqué à la presse le sergent Brownies. « J’ai bien entendu immédiatement arrêter le coupable, qui passera le reste de son existence sous les verrous. Ha-Ha, tu fais moins la maligne, maintenant, hein ! » a-t-il gueulé à une soupe de poissons qui finissait de cuire au moment du crime.
 
« Le plus triste dans tout ça, c’est que son ton libertin et provocateur avait trouvé écho auprès de la jeunesse, de la jeunesse plus âgée et de la jeunesse grabataire. George-Alain avait l’avenir, la télévision, l’argent et les spectateurs de l’Olympia à ses pieds », a regretté Albert de Monaco, enfermé depuis fin juin dans une armoire de l’appartement. « Sinon, si quelqu’un pouvait m’ouvrir, ça s’erait pas d’refus ».
 
« Dire que je comptais prochainement l’appeler pour lui révéler que je l’aimais », s’est ému Claire Vernier, dont le père est président d’une société cotée en bourse. « Cotée en bourse, vraiment ? Vous faites quoi ce soir ? Parce que moi non plus », lui a alors susurré Gérard Crobard, plus philanthrope que jamais.
 
« George-Alain Moustiquaire était incontestablement l’un des artistes en devenir du 21ème siècle. Sa disparition risque de plonger la créativité et le talent dans un marasme profond », a prononcé Guy Bedos, qui passait par là voler un peu de soupe de poissons.  « S’il avait ne serait-ce diffusé qu’une seule fois son Msn dans l’un ses articles, il serait devenu l’une des étoiles de la France, vénérée des femmes et jalousée des hommes. Aïe ! C’est chaud ce truc ! »
 
« Quand je pense que j’allais lui proposer d’intégrer notre journal », a confié Philippe Val, rédacteur en chef de Charlie Hebdo. « Il aurait eu un salaire mirobolant, des horaires permissifs, des places pour le Stade de France. Quel dommage, bon sang, quel dommage !»

 
 
Devant ce flot de louanges qui ne lui était pourtant pas destiné, Myblack, dont le suicide était programmé début octobre, a finalement décidé de vivre une année supplémentaire. Au cas où.
par Michel Sardou publié dans : Restes du frigo
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Samedi 25 août 2007

 

po--te-maudit.jpg Hello, this is Henri-Fabien Shewpps, tout droit sorti de prison pour avoir traduit illégalement en français le dernier Harry Potter. Aujourd’hui, et exclusivement pour le Blog de Myblack, je vais vous parler du dernier recueil d’Anna Galvaudé : Pérégrinations contemporaines éclectiques de l’absolu alimentaire.
 
 
4 nouvelles nous sont ainsi livrées à domicile, au prix modique de 15 euros le repas. Anna Galvaudé, dont les deux précédents opus (« Ensemble, c’est mieux que pas ensemble » et « La vie est un tambour ») nous avait, il faut bien le dire, sacrément gonflé, change de style.
Le ton est plus mordant, plus caustique, plus lyrique, bien que particulièrement mauvais.
Abandonnant ses sempiternelles nomenclatures du quotidien des gens dont on se fout, Anna Galvaudé implante son récit dans l’univers du réfrigérateur, lieu des intrigues de la cuisine. Hélas, son inexpérience de l’endroit se reflète à chaque ligne, tel un miroir de l’ignorance un peu trop éclatant.
 
Joe le steak haché nous narre l’existence paisible de Joe, steak haché de son état, amoureux d’une biscotte Heudebert. Au fil des soubresauts de l’épisode, on sent, clairement, qu’il meurt d’envie de la beurrer. L’histoire n’est en soi pas mauvaise : la psychologie de la tranche de viande est fidèlement retranscrite, au gré de ses humeurs ; ce Joe porte l’amour en lui, et Anna reste douée pour le retranscrire : « Sirène de mon souffle, callaïs de mes nuits, avalanche de beauté nivale,  m’entends-tu, ô biscotte adorée, jonchée sur cette assiette landaise ? »
Demeure une erreur, majeure et tragique : que vient donc foutre une biscotte dans un frigo, alors que son emplacement est plutôt dans un tiroir, un placard ? L’angoisse de la réponse qui s’évade, énigmatique, nous gâche le récit.
 
Etats d’âme du gras-double à la lyonnaise se veut dérangeant. Planté dans une atmosphère de banlieue contaminée par les excès de cholestérol, le cynisme du gras-double explose au visage de ses voisins, étrangers. Prétendue parabole du racisme, la fable est autant loupée que le cake au poire dont elle offre le second rôle : trop véhément pour paraître crédible, il tombe à plat.
 
Perpétuité du faux-semblant se défausse dès son titre. Un coq au riesling, instituteur dans le secondaire, se retrouve englué dans un mariage qui n’a que trop longtemps duré. Ayant trompé sa femme (une morue à l’aïoli) avec une soupe au lard aux croûtons véritables, il persiste dans son mensonge. « Et le voilà revenant de sa soupe, les baisers nettoyés, embrassant son épouse sur la joue, sans y croire. Le coq au riesling salue le carré d’agneau à la moutarde, qui n’ignore rien du manège. Et celui-ci tourne, tourne, tourne, sans que personne ne l’arrête, sans que le flan aux trois légumes, conservés dans son tupperware, ne se révolte et l’alerte, malgré ses cris résonnants jusqu’aux points cardinaux de l’appareil. » Comme si les cris du flan pouvaient s’entendre, barricadés dans leur tupperware… Comment une écrivaine ose-t-elle donc écrire des inepties pareilles, sans documentation ?
 
Enfin, Rendez-vous nocturne autour du croque au bleu achève le dîner. Indigeste et lourde, cette romance à l’eau de rose ne mérite pas qu’on s’y attarde. Son protagoniste, un diplomate aux abricots, passe ses nuits à attendre une promise qui ne vient jamais. Face aux lenteurs des phrases et des réflexions anesthésiantes sur l’incongruité des relations amoureuses, le lecteur subit sans jamais s’épanouir. Je vous laisse juger : « Je suis là, près du croque, au second étage de notre monde. J’entends la musique, le nain sur les épaules qui me galvanise. Le cœur monte, l’envie d’agir me bloque, me stresse, me panique. Plongée dans son téléphone portable, elle ne meremarque pas encore. Elle doit pressentir que quelqu’un l’observe. Les salades tièdes de gambas sentent ce genre de chose. » 
 
 
 
Pérégrinations contemporaines éclectiques de l’absolu alimentaire.
D’Anna Galvaudé 
Note : 5/20
par Henri-Fabien Shewpps publié dans : Culture et Divertissement
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Jeudi 23 août 2007

 

Lorsqu’il est devenu trop difficile d’effectuer un choix entre Gaz de France et Poweo, lorsque les tiramisus ont le goût incertain des légumes vapeurs, lorsque les volutes caligineuses de la déréliction transforment le lendemain en ergastule, il est grand temps de recourir au suicide.
On devrait se suicider plus souvent au lieu de croire éternellement à l’amour ou au bonheur, me disait récemment sur la rambarde du balcon un ami aujourd’hui envolé. Je le revois encore crier « Et touuuaaa tu en penses quouaaaaaaaaaaaaaa » de façon très touchante, et je maudis encore mon vertige de n’avoir pu lui susurrer ma réponse : « Tu as parfaitement raison, Sacha. » Oui, il s’appelait Sacha. C’est d’ailleurs pour cela qu’il a sauté.
J’ignore pourquoi, mais mes amis ont tendance à sauter, lorsqu’ils deviennent mes amis. Sacha est le troisième que je surprends en pleine décision.
Je ne les blâme pas, au contraire. Je les comprends, j’essaye de me mettre à leur place. De plus en plus.
Se tuer évite les déceptions futures. Ah, si tous les insectes rampants à l’existence maussade qui font de l’Euromillions une possible dérobade à la morosité se tenaient la main et appuyer tous, simultanément, sur la gâchette ! Cela augmenterait considérablement mes chances de gain.
 
Le suicide est sain. Il fait vivre les entreprises de pompes funèbres. Si jamais il existe après la mort autre chose que l’enterrement, le suicide permettra de l’affirmer. Sénèque, membre influent du showbiz romain de l’antiquité, le considérait même comme le dernier acte de l’homme libre.
Libre de choisir le camion ou la voiture, la rouge ou la verte, le bus de 15h12 ou celui de 15h32. Si possible fréquenté, que tout le monde en profite, que la foule massée qui accepte les grèves donne envie à la mort de se manifester.
La compagnie des autres pousse à la folie. Diable ! Que le déprimé se lâche, qu’il évite d’être lâche, splash ! Se jeter à l’eau en poussant ceux de devant, si possible. Mourir se mérite, après tout. Se partage. Hélas, tout le monde ne dispose pas d’une veuve à éplorer et d’enfants aimants.
Le malheur n’est vraiment triste que s’il est partagé.
 
Des méthodes sont plus efficaces que d’autres. Le gaz a son charme, il est incolore. Evidemment, évitez de vous suicidez au gaz hilarant, à moins de vouloir mourir de rire. L’épectase a son charme, aussi : se faire descendre en montant au ciel, n’est-ce pas une revanche sur l’ironie de la vie ?
 
Expirer en martyr pour crever dans l’histoire est le summum de la joie du dépressif. Exploser près du pape, faire d’une pierre deux coups. Ces gens-là croient au paradis, profitez-en. Je comprends parfaitement les musulmans qui tambourinent leur amour d’Allah dans les bibliothèques ou les marchés dominicaux en arrachant les corps d’écoliers et les biographies de Marcel Cerdan : ils veulent simplement se faire entendre. Mourir dans la lumière. Boum.
C’est quand même plus classe de passer aux infos avec Harry Roselmack que d’aller à la morgue avec tata Françoise, hein ?
Une disparition réussie est une disparition qui marque. Qui se souviendrait encore du Petit Gregory, sans son meurtrier ? La noyade l’a rendu célèbre. A l’heure actuelle, il serait comptable au Crédit Agricole : tu parles d’une vie.
 
Mourir pour des idées, chantait Brassens. Ok, mais si on n’en a pas ? Si l’on souhaite en finir parce que, justement, l’on en a plus ? Moi, j'ai jamais demandé à naître : c'est ça qui me tue.
 
La longue agonie des jours sans fin balise le parcours jusqu’au ravin. Sautez, il pleut. Par contre, un conseil : tuez-vous plutôt le matin. Ca fera toujours un après-midi de plus d’éviter. On ne se flingue pas entre les deux yeux comme ça, sur un coup de tête : une minutieuse préparation est indispensable. Les cimetières étant remplis d’étrangers, la question de l’avenir du défunt se pose : faut-il rejoindre Tabarly et les crabes ou bien griller en brochette dans un four crématoire ? Les cendres en haut de la cheminée ou descendre au fond de la Méditerranée ? A poil ou le poêle ? Réfléchis bien, toi qui envisage ta perte : ça serait dommage de louper ta mort autant que tu as loupé ta vie.
 
Car les suicides véritablement réussis sont rares. MarylinMonroe regrette encore d’avoir confié sa mort à la Maison Blanche. Lionel Jospin a fort mal estimé les portées de son attentat sur le Parti Socialiste, le soir du 21 avril. Et j’en viens à comprendre le suicide de Grégory Lemarchal : c’est dur, d’être aimé par des cons. Il a eu l’intelligence d’en finir avant que son public ne se lasse. Je le ne voyais pas, dans 50 ans, chanter l’amour à des jeunettes en jupes courtes. Certaines personnes ne sont pas nées pour vieillir. Moi, par exemple.
Je suis trop optimiste de nature pour m’imaginer vieux.
Pour ne pas périr croulant sous le poids de mon âge et de mes lunettes double foyers, j’amputerai le malheur avant qu’il ne m’atteigne.
Quand mes crampes, volages, en auront assez, j’étoufferai la télé avant qu’elle ne m’éteigne.
La montée de ma fin se fera en escalator.
Et tant pis si j’ai tord. Que la tombe me protége.
Et tant mieux si j’abrège. Que les vers me dévorent.
Devançant les brûlures et le mal de bide, j’accueillerai la mort quand sonneront les rides.
Avec des crackers, pour bien me faire voir.
Prévoir d’acheter des crackers.
 
 
par George-Alain Moustiquaire publié dans : Restes du frigo
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Mercredi 22 août 2007

 

Grégory Lemarchal est crevé, Michel Serrault n’est plus là, et je ne me sens pas très bien non plus.

A mon décès, j’espère qu’un connard souillera ma mémoire pour que l’on parle de moi sur 9000 messages.
Entre ça et l’oubli, mon choix est fait.
 
Je traînarde mon moral défaillant entre les dédalles du sol. Un zigzag qui draine la folie jusque dans le métro, où j’apparais quelquefois, entre deux dépressions.
L’autre jour j’ai croisé Grand Corps Malade, station des Invalides. Quand il est monté, les usagers lui ont donné des pièces, pour qu’il s’arrête de chanter. Il avait même pas commencé, c’est pour vous dire la performance d’artiste.
 
Dire que j’aurais pu être en camping, sous une tente, sous la pluie, près de Français rotant la digestion et le championnat de football. Le rêve. J’aurais pu rencontrer une petite française, la faire boire. Lui parler. Pas évident : y a de moins en moins de Français, en camping. Des envahisseurs sur tout le parcours méditerranéen, comme au bon vieux temps de Charles Martel. Même l’Atlantique n’est pas épargné, la pauvre.
Les étrangers sont comme les apéritifs : y en a des bons et des qu’il faut laisser aux voisins. Notre président l’a parfaitement compris. A croire qu’il est campeur.
Le campeur letton a des qualités que ne possède pas le campeur pakistanais. Le campeur norvégien dispose d’atouts que le campeur irlandais ignore. Le campeur soudanais ne va pas camper, il est trop occupé à mourir.
Je n’envierai jamais assez les campeurs soudanais qui n’ont pas à se creuser la tête pour réserver à l’avance à des standardistes incompétentes leurs dates d’hébergements ou à choisir quelles serviettes de bains devront être emmenées dans le coffre de leur traction avant. Le campeur soudanais ne se creuse pas la tête. Seulement la tombe de ses enfants.
 
En parlant de tombe, j’ai des pulsations quand j’ouvre la fenêtre, pour aérer les aisselles de merguez. C’est haut. Le 6ème. Ca doit faire mal.
Problème : où est l’intérêt de sauter si personne ne vous regrettera ? Même si j’aime beaucoup les enterrements, franchir le pas est hésitant. L’ambiance qui s’y dégage me rappelle les midis en famille, quand l’appétit expire son dernier souffle en n’avalant pas ses patates. Les assiettes sont mortuaires, comme ma famille, et les couverts sortent capuchonnés, protégés de la morosité par l’eau, le vin, le pain dans ta gueule.
Aux enterrements on mange généralement peu ; les prêtres sont des rapiats, sur la nourriture. Ces fêtes obséquieuses sont mes uniques contacts avec les gens d’églises, les tireurs de larmes. Il n’y a rien de pire qu’un prêtre pour plomber une soirée ; n’invitez jamais des prêtres en boîte : non seulement ils ne consomment rien – ni filles, ni boissons, ni danses -, mais en outre ils sèment les pleurs. La soutane est insoutenable, elle broie du noir.
 
J’ai beaucoup ris à l’enterrement de mon frère. L’employé de la secte catholique, un petit bonhomme drapé d’empathie, en avait érigé un portrait dithyrambique. Le bal des faux culs pleurait en récitant des passages de la bible, avec une gravité exagéré, pompeuse. Par chance mon frère était décédé, sinon il aurait été gêné de toute cette hypocrisie qui ne lui ressemble pas.
Moi, je n’arrive pas à simuler la peine, Ca me fout le bourdon, de faire semblant d’être triste.
Mais c’est peut être moins grave que de faire semblant d’être vivant, après tout.
par George-Alain Moustiquaire publié dans : Plaies de la vie quotidienne
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