Quarante ans qu’il contemplait sa médiocrité en maudissant sa mère de ne pas l’avoir fait Guitry. Après bien des désillusions scéniques, Lucien
Berthivier renaît sous la forme d’un spectacle enchanté, une salvatrice parenthèse qu’il espère définitive.
L’auteur à insuccès se délecte aujourd’hui d’un triomphe qui l’a, depuis mars, frappé en plein bide. « La célébrité ne m’a pas changé »,
chante haut et fort le modeste ouvrier de l’art, désormais dans les petits papiers de ceux qui, jadis, les déchiraient. La destinée de sa pièce a longtemps hésité entre le pile et le face ;
Lucien Berthivier, malgré la gloire, a encore dans la gorge les pilules indélébiles que les louanges n’effacent.
« Je n’oublierai jamais ce qu’ils ont fait, ce qu’ils ont écrit », soupire Lucien sans les nommer, ces « jean-foutre de journalistes de mes couilles ouais désolé j’ai pas pu me retenir. » Il regarde une affiche de son spectacle, une mosaïque de noms propres
salis par les déjections des critiques, puis dessine sur sa joue une pivoine japonaise. « Au début, c’est vrai, personne n’y croyait, à cette pièce.
Moi non plus, d’ailleurs », constate-t-il avec émoi, les rétines marquées par une conjonctivite aussi pourpre que son pansement à l’index. « Ca ? Oh, une blessure sans conséquence. Je me suis battu avec Jean-François Dérec dans un cabaret gay la semaine dernière. » On reprend des
cacahuètes, puis notre respiration. « Ca ? Oh, c’est le bifteck de la cuisine en train de cuire. Vous pouvez aérer, si vous le
souhaitez. »
Lucien Berthivier, le nœud pap’ du théâtre français
Les premières représentations de La critique est unanimement contre s’était soldées par des flopées d’insultes d’un public massivement hostile à la
nullité absolue de la pièce, convaincu par le jeu sans âme d’une troupe d’acteur livrée à elle-même. Les dialogues de Lucien Berthivier, d’une débilité profonde et s’emboîtant comme du fromage
dans une crêpe au grand Marnier, n’aidaient guère au succès d’une pièce qui s’appelait alors Il y a des poils roux dans ma baignoire. Ce titre bourré
d’audace aurait pu permettre la venue d’une popularité minimaliste, mais le prix du ticket d’entrée (75 euros par acte) en a décidé autrement.
Sur le point d’abandonner l’aventure pour soulager sa déception du côté de la portion femelle de l’Afrique subsaharienne, Lucien Berthivier, poussé par ses acteurs toujours plus sans-le-sou,
retravailla quelques-uns de ses actes et modifia alors le titre de son œuvre en La critique est unanimement contre Il y a des poils roux dans ma
baignoire. Intrigués par un titre aussi long, plusieurs pigistes de Télérama essayèrent une seconde fois la pièce : les dénigrements qui suivirent permirent à Lucien de passer l’hiver au
chaud, habillé à n’en plus finir par des costards taillés par de la morgue.
Pas de quoi décourager pour autant ce passionné de tasses en céramique : Lucien se remit au travail, et proposa, début février, une troisième mouture : La critique est unanimement conne. Aux antipodes du scénario de Il y a des poils roux dans ma baignoire, La critique est unanimement conne se voulait comme une longue litanie de remarques désobligeantes sur le monde de la presse spécialisée et de l’intelligentsia
parisiano-boboïste. Les répliques richement documentées sur la vie sexuelle des journalistes en question donnèrent un incontestable piment au jeu des acteurs, et attirèrent un public ravi par
tant de haine. Le tout-Limoges se gaussait toujours de la nullité du scénario, mais trouvait en l’insulte gratuite une manière reposante de digérer sa propre existence pitoyable. Les nombreux
passages radiophoniques de Lucien Berthivier, où il n’hésitait jamais à démonter sa propre pièce en la considérant comme « l’œuvre la moins aboutie du théâtre français de ces vingt dernières
années », a ancré La critique est unanimement conne comme le symbole de la déchéance de l’art hexagonal qui préfère saluer Dany Boon plutôt
qu’Edouard Baer.
Avec La critique est unanimement contre, rebaptisée fin mars, Lucien Berthivier a fini de convaincre les derniers sceptiques et les journalistes qui
le menaçaient d’un procès. Le sous-titre « La pièce la plus merdique de l’histoire » apparu comme une remarquable ironie, un joli pied de nez à une société qui choisit ses bons et
mauvais élèves en fonction de la couleur du vent. « Alors que bon, en fait, c’est vraiment la pièce la plus merdique de l’histoire »,
nous assure Berthivier dans une dernière confidence, avant d’étreindre une lumière, sa propre lumière, son sexe long et velu.
« Assurément l’une des plus belles escroqueries du XIX, XX et XXIème siècle, à voir absolument pour se dire qu’il y a pire que Christophe Maé et le sida dans la vie - dans cet ordre.»
« Lucien Berthivier est au théâtre ce qu’Hugh Grant est à la chanson française : une énigme. »
Télérama
« Une remarquable ironie et un joli pied de nez à une société qui choisit ses bons et mauvais élèves en fonction de la couleur du vent. »
Le Figaroscope
« On ressort à jamais défiguré de cette bouillie dont les remugles incertains transpercent nos veines sans savoir s’ils sentent le génie ou bien le sans-papiers »
Au joyeux tétraplégique
" Un spectacle à se tordre de rire."
20 Minutes
« Rondin. »
commentaires (11) ajouter un commentaire





Commentaires