Jeudi 31 janvier 2008
« Alors Jérôme, comment ça va ? »
« Plutôt bien Myblack, plutôt bien ! La vie est belle, malgré l’agitation qui tourne autour de ma boîte aux lettres. »
« Comment passe-t-on de trader anonyme à vedette des médias ? »
« Oh, je n’ai aucun mérite. J’étais là au bon moment. Ce succès est avant tout la rencontre entre un homme et une banque qui cherchait un bouc émissaire. Si l’on
ajoute à cela un scénario imprévisible, des dialogues percutants de la part du Président de la République et de son Premier Ministre, ainsi qu’une campagne publicitaire orchestrée de main de
maître par la télévision et Internet, la gloire en devenait presque prévisible, lol ! »
« Lol. T’es carrément devenu un acteur de l’actualité. La ganache la plus bankable de 2008.»
« Tu sais, j’ai toujours été attiré par le milieu du cinéma. On a souvent dit que j’avais un air de Louis de Funès. J’espère maintenant marcher sur ses
pas ! »
« Et le fait que Tom Cruise se déclare fier de te ressembler, tu prends ça pour un compliment ? »
« Bien sûr. Sa carrière patinait depuis quelques temps. J’espère, par effet papillon, le relancer. Et si au passage je pouvais lui piquer sa meuf, je me
gênerai pas ! Ca doit pas être plus dur que de voler 5 milliards, lol ! »
« Selon un sondage paru jeudi, seulement 13% des Français te jugent comme le véritable responsable de l’affaire. Ca doit te faire plaisir,
j’imagine ? »
« Mouillette. »
« En effet, c’est souvent un mot qui revient lorsqu’on s’exerce à ta description. »
« Ma descrtipion ? »
« Pardon ? »
« Putain de clavier. Non, excuse, je disais : ma description ? »
« Oui. Les infos circulent avec parcimonie sur toi. »
« Parcimonie, c’est comme le Vélib’, c’est ça ? Je connais pas trop Paris, en fait. Je réside mentalement à New York depuis maintenant six
ans. »
« Tu es quelqu’un de plutôt discret, selon tes proches. D’intelligent, de bosseur. De serviable. Alors, Jérôme, qui es-tu, en
réalité ? »
« Je suis loin de l’image du voleur que les raccourcis s’obstinent à me donner. J’ai longtemps souffert du regard des autres. Ma timidité m’a empêché de devenir
journaliste, moi qui m’intéresse au monde de la politique et aime par-dessus tout décortiquer et analyser les enjeux de la société. J’ai effectivement un caractère assez renfermé ; cela
vient probablement des coups de ceinturon paternels qui me glaçaient le sang, les soirs, durant mon adolescence. A l’époque, je n’avais personne à qui me confier, personne à qui révéler mes
craintes. Pas vraiment d’amis. Rien n’a vraiment changé aujourd’hui, d’ailleurs. Finalement, cette notoriété qui me projette dans la lumière est, en quelque sorte, la récompense de toutes ces
années de douleurs et de tremblements, de peurs et de pleurs, de détresses au son du noir. »
« C’était très émouvant, Jérôme. »
« C’est venu naturellement. »
« En tout cas merci, Jérôme, pour ces confidences. »
« De rien. Je vais y aller, ma mère est enceinte de Jean-Pierre Coffe. »
« Pas de problème. Au revoir et encore merci ! »
« Ouais ! Salut, Myblack ! »
« Salut ! Attends, tu veux aller boire un café ? Jérôme ? Merde il est par… Tiens mais où est mon portefeuille. Qu’est-ce que c’est que…
Bordel de… Jérôme ? Jérôme, c’est toi qui a pris ma télévision ? Jérôme !?? »
















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