De notre envoyé spécieux à Pékin, Jean-Michel
Largué
Tout a une fin, comme dirait mon estomac. Les 13ème
jeux paralympiques d’été se sont enfin terminés, alors que je regardais sur une chaîne câblé un résumé de la dernière journée de Ligue 2. La cérémonie de clôture fut grandiose, selon la presse
autochtone et Charden, qui passait par là. Elle démarra par un grandiloquent lâché de paraplégiques britanniques, médaillés d’or en aviron, du haut d’un avion de chasse chinois. Ses athlètes au
visage réjoui ont d’emblée illuminé la soirée. Seul le sport peut nous offrir des émotions comme celle-là, et seule une bourrasque aussi puissante que celle d’hier pouvait dévier la route des
parachutés vers cet assemblage meurtrier de poteaux aussi télégraphiques qu’électrifiés. Electerrifiants, si j’ose m’exprimer ainsi. En même temps c’est pas vous qui allez m’en empêcher,
hein.
La minute de silence improvisée a laissé place à un
feu d’artifice allumé 40 minutes avant l’horaire officiel du programme par un autiste, sorti au 1er tour des 200 mètres haies – le même qui avait franchi la ligne d’arrivée les haies à la main,
si, si. Les fauteuils du monde entier ont ensuite défilé de nouveau, accompagnés de leurs sportifs attitrés, durant plus de trois heures, sous une musique légère quoiqu’entrecoupée par le bruit
irritant des pneus crissant sur la pluie. A l’entrée des invalides, pas de Napoléon mais simplement un tonnerre d’encouragements de la part des 50 000 spectateurs du stade olympique de Pékin,
massés de force dans l’enceinte par la milice locale. A l’heure où je vous écris aujourd’hui, la plupart continuent même d’applaudir, en attente d’un changement de
directives.
Encore une fois, la Chine a trusté les récompenses, avec pas moins de 29 médailles dorées sur 35 possibles. Comme a l’accoutumée, leurs
sportifs ont brillé dans leurs disciplines historiques (ping-pong, tennis de table, sport de raquette avec un mini-filet), mais se sont élargis à la natation, à l’escrime et même au saut à
la perche pour sourds. S’il ne faut ressortir qu’un seul nom de cette olympiade, c’est bien sûr celui de Zhang Hahn, vainqueur à lui seul de 28 médailles d’or. Je l’ai rencontré contre mon gré,
plus par obligation professionnelle que par réel intérêt, dans le centre de détention olympique.
« Alors Zhang, racontez-nous votre
histoire. »
« Et bien en fait, il y a encore de cela un
mois, je… »
« Stop. Vous ne mettez pas suffisamment d’émotions dans vos propos. Ils ne vous ont pas appris ça, les policiers qui se sont
chargés de votre éducation au cours de votre adolescence passée dans un gymnase désaffecté de Pékin ? »
« Je peux
reprendre ? »
« Oui, et versez m’en une lichette, pendant
que vous y êtes. »
« Je parlais de la discussion, pas du
thé. »
« Ah, bien. Oui,
reprenez. »
« Alors je disais donc, il y a encore de cela
un mois, que j’étais une personne parfaitement normale. Je vendais des vêtements dans le centre de Canton pour une somme dérisoire dont l’insignifiance ne mérite même pas que l’on s’y
attarde. »
« De Dijon. »
« Pardon ? »
« Ah, excusez-moi, je vous ai mal entendu, j’ai cru écouter ‘’moutarde’’, fausse alerte »
« Pas de problème, misérable vermisseaux
occidental. »
« Une personne normale,
donc ? »
« Oui. Valide. »
« Comme l’ancien entraîneur de Lille et du
PSG ?»
« Je ne comprend
pas. »
« Le Bosniaque, là. Le
méchant. »
« Je ne comprend pas. Est-ce donc ça, l’humour
à la française ? »
« Oh, la
ferme. »
« Je disais donc, avec une difficulté
inattendue, que je vendais des vêtements dans le centre de Canton. »
« Et puis, un jour, tout a changé :
vous avez acheté L’Humanité et vous vous êtes rendu compte que les secrétaires de rédaction du journal faisaient très mal leur travail. »
« Non, pas du tout : un jour, j’ai été
approché par le gouvernement chinois pour remporter l’or aux Jeux Paralympiques. »
« Alors que vous n’étiez pas
paralympique ! »
« Pas du tout ! J’étais ralympique, à
l’époque ! »
« Mais pourquoi avoir donc accepté de vous couper les deux bras, les deux jambes, une oreille, vos deux yeux, l’une de vos
testicules et 2/3 de votre joue gauche pour devenir paralympique et ainsi correspondre aux normes de la compétition ? »
« Par amour du
sport. »
« Allez,
soyez-franc… »
« Mais je le
suis ! »
« N’ayez pas peur de la
censure…. »
« Non, non… »
« Ayez
confiance… »
« Mais pourquoi vous prenez un air de Bruno
Mégret en disant ça ? »
« Nous sommes en petit comité…. Lâchez-vous… C’est pour draguer la lanceuse de javelot sourde-muette, c’est
ça ? »
« Non, c’est par amour du sport, je vous
l’assure. »
« Bon, merci quand même, Zhang. Hé, avant de partir, je peux faire un jeu de mot sur votre
prénom ? »
« Euh… Ouais, ouais,
allez-y. »
« Hum… »
« Oui ? »
« Je cherche. C’est pas
évident. »
Amis lecteurs, pouvez-vous aidez ce pauvre Jean-Michel a conclure son article ? Merci d’avance.
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