Influencé par la lecture de la lettre de Guy Môquet dans
les vestiaires de France-Argentine, le conseil d'administration des magasins Saint-Maclou a décidé de lire à ses employés la lettre de Guy Moquette.
La marque connaît en effet un effondrement de son chiffre d'affaires (-16% en 2006) et se doit de remotiver ses salariés. L'augmentation de leur rémunération n'a apporté aucune satisfaction et,
face, à l'enlisement général, Saint-Maclou passera mercredi au plan B.
La lecture s'effectuera à 8 heures, dans toutes les enseignes du groupe. Le chef des ventes montera sur une estrade puis commencera le récit émouvant de Guy Moquette, le
jeune ouvrier communiste accidentellement recouvert de papiers peints le 22 octobre 1941 par des soldats allemands.
Les vendeurs se laisseront-ils submerger par l'émotion ou parviendront-ils à trouver les ressources nécessaires pour améliorer leurs chiffres annuels ? Réponse en 2008.
La lettre de Guy Moquette :
Mes petits clients chéris,
mon responsable adoré,
mon sol stratifié aimé,
Je veux mourir ! Ce que je vous demande, vous, en particulier la dame à ma gauche avec la veste à carreaux, c’est d’être courageuse et de m'acheter ce
carrelage en céramique émaillé (seulement 22,90 € le m²). Je le suis, un vendeur compétent, et je veux l’être autant que ceux qui sont passés avant moi.
Certes, j’aurai voulu vivre. Mais ce que je souhaite de tout mon coeur, c’est que ma mort serve à quelque chose. Je n’ai pas eu le temps d’embrasser Jean, bloqué au rayon des tapis d'Orient. J’ai
embrassé mes deux frères Roger et Rino. Quant aux soldes véritables je ne peux les faire, hélas !
J’espère que toutes mes affaires vous seront renvoyées, surtout que les frais de port sont gratuits. Elles pourront servir à Serge, lui qui a tant besoin d'une moquette anti-glisse en fibres
naturelles.
A toi, petit Papa, si je t’ai fait, ainsi qu’à petite Maman, bien des peines dans ma décision de lâcher mes études d'informaticien pour devenir simple commercial, je te salue une dernière fois.
Sache que j’ai fait de mon mieux pour suivre la voie que tu m’as tracée (celle recouverte d'un sublime revêtement en bambou verni). Un dernier adieu à tous mes amis et à mon frère que j’aime
beaucoup. Qu’il étudie bien pour être plus tard un homme et, si possible, le vendeur numéro 1 de son magasin.
17 ans et demi ! Ma carrière a été courte !
Je n’ai aucun regret, si ce n’est de vous quitter tous, au moment même où sortent quatre nouveaux coloris de rideaux.
Maman, ce que je te demande, ce que je
veux que tu me promettes, c’est d’être courageuse et de surmonter ta peine. Je ne peux pas en mettre davantage que les 15% de ristournes accordées. Je vous quitte tous, toutes, toi Maman, Serge,
Papa, je vous embrasse de tout mon cœur.
Courage !
Votre Guy qui vous aime.
Dernières pensées : "Vous tous qui restez, soyez dignes de nous, les 27 qui allons mourir à la tâche pour satisfaire la clientèle !"

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