Par la grâce de l’anthologie d’Etienne Chatiliez disponible à la FNAC, j’implore tous les parents de laisser traîner leurs fils, filles et handicapés moteur loin de chez eux. Pour le bien de l’humanité et de ceux qui s’en moquent, merci.
S’affranchir du cadenas parental est j’avais prévu de poursuivre cette phrase avec « la clé de… » mais je commence même à m’impatienter devant la prévisibilité de mon style. Nous savons tous pertinemment que ce genre d’article n’a pour genèse qu’un titre croquant ou une citation croquante débusquée sous un siège de métro un soir d’orage. Le titre susnommé, vous l’avez, la citation en question, la voici :
Il n’y a bien que mes origines qui soient modestes, chez moi.
Pour la justifier, je pensais originellement digresser sur mes origines auvergnates, avant d’inclure deux/trois/dix-huit fanfaronnades dignes des plus touchants reniflages de nez d’Hervé Vilard. Pourquoi Hervé Vilard ? Là aussi, me décider fut complexe : quelques secondes d’hésitations avec Thierry Henry et Samuel Eto’o ont failli me tenter, avant d’effectuer une marche arrière : citer des footeux, inconnus de mon lectorat féminin (+Nico), présente trop de risques pour un blogueur tel que moi, rémunéré aux minutes de visites.
Fini le temps où je noircissais des lignes sans me soucier des conséquences ; maintenant, mes lignes sont simplement noircies, surtout en période de déprime. Environ 15% des lecteurs de cet article viennent de zapper ce blog à l’instant, énervé par le manque cohérence du propos. Tout cela me déprime encore davantage.
Pour ceux qui restent, je vais maintenant repartir à la source du sujet.
Une de mes amies, à 23 ans, n’a jamais quitté ses parents. Elle attend probablement qu’ils partent les premiers. Il y a toujours trois syllabes lorsqu’elle prononce le mot « parents », et elle joue toujours la troisième. Mais tout cela n’est rien comparé à mon père.
A 55 ans, il n’a jamais quitté ma mère.
Qu’il fasse gaffe : s’il continue ainsi, je risque de la quitter avant lui.
Les années qui s’écoulent n’ont pu le convaincre de franchir le Rubicon. Il est vrai qu’on est bien, au bord de ma mère. En jouissant sur ses seins à deux heures du matin, l’été, en Auvergne, au dessus de ma chambre, il maltraite le cours logique des choses voulant queue :
- A 25 ans, l’homme quitte sa campagne
- A 55 ans, l’homme quitte sa compagne
Rectification : à 55 ans, les hommes ne quittent jamais leur femme. Ils en rejoignent juste une mieux.
Seconde rectification : mon père n’a pas 55 ans. Il a 52 ans.
Troisième rectification : mon père ne jouit pas l’été sur les seins de ma mère, au dessus de ma chambre. En tout cas pas à deux heures du matin : je dors, moi, à cette heure-ci. En silence.
Quatrième rectification : plutôt qu’un article sur le droit à la fugue, j’aurais dû en composer un sur la fête des mères, à en juger par l’insistance publicitaire du calendrier.
La fête des mères, merde.
Vite, un cadeau. Ah, ça y est.
Maman :
Pour la fête des mères, je te promets de ne jamais revenir m’installer à la maison.
Je crois que c’est la plus belle chose qu’elle pouvait espérer de moi.
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