Raymond Bounaffou me confiait récemment, lors d'un repas où nous évoquions avec plus ou moins de lucidité nos vies sexuelles respectives, ses difficultés pour obtenir ses 500 signatures. Selon lui, la France ne serait pas prête pour avoir un président numismate, et l'omnipotence médiatique du couple Sarkozy-Royal l'empêcherait de faire entendre sa voix pour en glaner quelques-unes. Il a par ailleurs rajouté qu'il avait déjà rêvé de débats érotiques avec Clémentine Autain, manquant de s'étrangler avec des pistaches quand je lui ai précisé que l'objet de ses fantasmes votait communiste. "Excuse-moi, je pensais qu'elle existait réellement", s'est-il alors absout, en remettant ses lunettes (qui était tombées dans le chaudron de purée communautaire).
Quoi qu'il en soit, il manque à mon camarade Bounaffou au moins 478 signatures. Les obtiendra-t-ils à temps ? Possible, à condition de bien cibler quels maires attaquer, quels maires courtiser. Hors de question pour le Mouvement Neutre de céder à la panique en inondant de spams indécents les boites e-mails de l'intégralité des mairies françaises. Non : la meilleure solution reste de reconnaître, par de subtils indices, quel élu peut, dans un moment d'ébriété, soutenir ce bon vieux Raymond, tiens cette virgule était en trop.
Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal, François Bayrou, Jean-Marie Le Pen, Olivier Besancenot, Dominique Voynet, Raymond Bounaffou : lequel de ses candidats les maires suivants vont-ils soutenir ? Il va s'en dire qu'un maire ne peut soutenir qu'un seul candidat, et que chaque candidat ne peut être soutenu que par un seul maire. Bonne chance.
Sevérine Caiyac, maire d'Ybougion sur Sioule (23).
Mère de 5 enfants, Sevérine Caiyac est particulièrement appréciée par ses concitoyens. Son sens des valeurs familiales et sa politique d'accueil des étrangers suscitent l'admiration de tout le village. De plus, ses débats participatifs "pour résoudre les problèmes de la cité", chaque jeudi soir, recueillent une adhésion populaire qui ne se dément pas. Mariée à un politicien de la région, Séverine adore porter des écharpes et des pulls sur l'épaule. Une femme Barbara Gould, selon ses affiches de campagne.
Philippe Rachmin, maire de Bzowf (12)
Vice-président du fan club national de Laurent Romejko, Philippe Rachmin possède une impressionnante collection de serviettes de table : 6930, à ce jour. Devenu maire à la suite d'une alliance politique, il tente tant bien que mal de faire plaisir à chacun de ses habitants, qui le considèrent comme "un moins que rien". Fan de vestes en cuir et de coiffures alambiquées, Philippe profite des trous de son planning d'élu pour jouer de la basse avec un groupe d'amis - il y tient le rôle de l'instrument. Ancien souffre-douleur de son collège, il est fiancé à Riri, un poisson rouge birman - et barman, par ailleurs. Particularité attachante : Philippe est ambidextre des genoux.
Serge Luglou, maire de Ripoulette (03)
"Dédé l'asticot", comme le surnomme affectueusement ses camarades du Bar-PMU autochtone, est maire de Ripoulette depuis 1974. Officieusement indépendant, il règne en maître sur ce petit village de 386 âmes, surfant entre les parties de pétanque et les conseils municipaux au vin blanc. Il n'hésite d'ailleurs pas à laisser son petit-fils Jean-Marie (inscrit en BTS de comptabilité à Moulins-sur-Allier) gérer son budget municipal. Serge Luglou est également vice-président du MNR.
Martine Aubry, maire de Lille (59)
Ancienne ministre de l'emploi du feu gouvernement Jospin, Martine Aubry peut se prévaloir d'une gestion sérieuse et sans réelle anicroche. Sa volonté de faire de Lille une des capitales de la culture européenne font de Titine un symbole de la région, au même titre que Mathieu Bodmer et le coq à la bière. Lève-tard, appréciant peu les rivaux footballistiques du PSG et de Lyon, son franc parler lui joue parfois des tours : elle n'hésite pas à évoquer les thèmes qui font mal, sans se soucier des conséquences.
Fabrice-Hippolyte Qouarqouaky, maire de Nigoutier-les-sifflettes (71)
Ayant définitivement rompu avec le milieu de l'équitation pâtissière, Fabrice-Hippolyte est célèbre pour avoir fait construire dans son patelin de 128 survivants une énorme statue de Vladimir Ilitch Oulianov (Lénine pour les intimes) ayant coûté la bagatelle de 730 millions d'euros, soit 49 années de recettes municipales. Ses liens avec l'extrême-gauche biélorusse n'ayant jamais été prouvé, Fabrice-Hippolyte continue sereinement de séquestrer des patrons de PME avec quelques "camarades", tout en visionnant dès qu'il le peut les oeuvres des Marx Brothers.
Jean-Ludovic Pontel, maire de La Rochelle (17)
Crustacé à pinces, Jean-Ludovic est omnivore : algues, détritus, coquillages, rien ne lui résiste. Aimant s'enfouir dans le sable, il apprécie la douce écume des vagues et cette sensation d'invulnérabilité que l'on ressent au contact de l'eau. Alcoolique - ceci expliquant une certaine démarche -, Jean-Ludovic se distingue par une carapace arrondie qui peut être dure ou devenir molle pendant la période de la mue. Il écoute Jimmy Cliff et Bernard Laviliers, dont sa chanson préférée reste "La grande marée".
Kim No-Mhin, maire de Pournaok (29)
L'ancien ministre de la propagande nord-coréenne, pourchassé par les triades indonésiennes, a trouvé refuge dans le Finistère, à l'abri de tous feux de mitraillettes inconvenants. Investi totalement dans la production de boule de caravane à monter en kit, Kim No-Mhin a multiplié pour ce faire les usines dans la campagne avoisinante, rasant plusieurs hectares de forêts. Possesseur d'un restaurant aux mets goûtus (pâté d'écureuils, fesses de raton-laveur), qu'il détient avec un collègue japonais médecin.
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SOLUTIONS :
Sevérine Caiyac : Jean-Marie Le Pen.
Très attachée aux respects des vertus catholiques, Séverine Caiyac est impitoyable avec toute personne "café-au-lait" qui tenteraient de s'immiscer à l'intérieur des murailles d'Ybougion. Sa politique d'acceuil particulièrement musclé est en effet appréciée des habitants, qui l'ont réélu à 83%. Ceux-ci ne manquent d'ailleurs jamais ses fameuses "réunions" du jeudi soir où, capuche blanche sur la tête et torche à la main, ils rendent visite aux antillais qui ont le malheur de résider dans le coin.
Philippe Rachmin : centriste
Ca ne vous aura pas échappé : Philippe Rachmin est centriste.
Serge Luglou : Olivier Besancenot
Ancien facteur, fatigué de perdre aux boules par des vieux croulants qui se moquent de ces pulls à carreaux, Serge Luglou a décidé de financer à hauteur de 80 % la campagne de Olivier Besancenot. Son petit-fils, militant actif à la LCR, détourne ainsi les aumône de la messe pour les reverser au camarade révolutionnaire. Fervent partisan de l'anticapitalisme, Serge Luglou compte utiliser les troupes du MNR (masses néo-révolutionnaires) pour faire de Besancenot le Mao Zedong du XXème siècle, le petit livre rouge en moins (remplacé par un annuaire des Pages Jaunes).
Martine Aubry : Raymond Bounaffou
Hé oui : Martine Aubry est numismate. Lève-tard, elle soutient à fond la candidat du Mouvement Neutre dans son projet d'interdire tout réveil avant 11 heures du matin. De plus, les mesures discriminatives à l'encontre des supporters et joueurs du PSG et de Lyon la comblent totalement. Enfin, ayant dans sa jeunesse possédé une moustache, elle sait combien cette parure pileuse irrite les gens de bonne foi : l'aversion de Raymond Bounaffou pour le port de la moustache ne pouvait donc que la séduire. C'est d'ailleurs ce qu'elle répète constamment en conseil municipal, à coups de "Les numismates vaincront, seuls contre tous!" et de "Vive les tartines à la confiture, sans beurre et sans reproches !"
Fabrice-Hippolyte Qouarqouaky : Nicolas Sarkozy
Bien que possédant peu d'affinités politiques avec le ministre de l'intérieur, Fabrice-Hippolyte possède un grand-père hongrois - et personne n'ignore les origines magyares de Mr. Sarkozy -, ce qui inconsciemment le pousse à soutenir le candidat UMP. A noter également que Nigoutier-les-sifflettes est jumelé avec la bourgade hongroise de Zlagotoafaros (des échanges scolaires ont d'ailleurs lieu, bien que les enfants revenant de Zlagotoafaros sont encore peu nombreux - si ce n'est dans des valises).
Jean-Ludovic Pontel : Ségolène Royal
Avec un charisme aussi puissant que celui de François Hollande, la même poignée de main que Dominique Strauss-Kahn, la même démarche que Jack Lang sortant de la Gay Pride, le même front dégarni que Laurent Fabius et adorant autant l'Ile de Ré que Lionel Jospin, Jean-Ludovic Pontel ne pouvait soutenir que Ségolène Royal. Surtout qu'il adore les petites bourgeoises en robe blanche.
Kim No-Mhin : Dominique Voynet
Secrètement amoureux de la candidate écologiste, Kim No-Mhin essaye tant bien que mal de lui plaire. Le déboisement de la verdure arboricole était en réalité une offrande amoureuse destinée à madame Voynet, elle qui aime tant la nature. En outre de nombreux points communs les rapprochent : si Voynet approuve le protocole de Kyoto, Kim No-Mhin peut se prévaloir d'avoir comme ami fidèle son médecin japonais (un proctologue de Tokyo, plus exactement).
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