Considéré à ses débuts comme le fils spirituel de John Lennon et comme le neveu par alliance de David Gilmour, Mark Gherkin a depuis progressivement
dérivé vers la famille d’Emile et Images. Si son premier album avait su créer l’illusion d’un talent probablement téléchargé sur Emule, les suivants ont eu ce goût étrange des confitures rances
oubliées au fin fond de l’étagère. Houspillés par les fans des premiers jours, Mark Gherkin avait sombré dans les caniveaux de la Mersey ; on l’apercevait, quelquefois, remonter l’épaule et
faire des bulles, puis recouler aussitôt.
Bien décidé à creuser son trou sur le nuage du firmament, Mark Gherkin nous revient avec un quatrième opus, détonante raclette conté/emmenthal aux senteurs de l’interdit. Sous l’égide du producteur des Chambermaid Limo (le groupe phare de la banlieue sud de Détroit), le chanteur à la voix de stentor surprend et réussit son pari au nez et à la barbe des critiques.
L’album de l’immaturité se veut corrosif, un pavé strident dans la mare calme du landerneau musical. Le titre, sec et précis, annonce le ton : Mark Gherkin revient à ses premières amours, ses poésies pré-pubères écrites en cours de math pour accélérer la pendule. « Je souhaitais revenir à l’essence même du rock’n’roll, au pétrole de la créativité et du laisser aller. Les gens sont là pour se divertir, pour brayer en se roulant dans du vomi, pas pour rester les fesses sur une chaise à compter le nombre de rimes dans les chansons de Calogero », précise Mark dans le livret joint au disque, où l’on retrouve également son répertoire téléphonique, la liste des 50 personnes qu’il souhaite faire disparaître et le menu enfant de l’Hippopotamus de Libourne.
Difficile de ne pas succomber à l’attrait de J’ai chié dans ton lit, le single vedette. Les paroles complices (« J’ai chié dans ton lit/C’est pas joli joli/Mais ça aurait pu être pire/ Car j’ai pas pu m’retenir ») sont autant d’appels au secours et de révélations intimistes sur l’univers du musicien. Un retour aux sources salvateur qui se ressent encore davantage à l’écoute des morceaux 2 et 3, Le prof est un connard et Ma bite fait six mètres de long, provocatrice oraison funèbre en l’honneur de ses années lycées.
L’album de l’immaturité est une réponse à l’exigence malséante des multinationales du disque. « Elles en demandent toujours plus aux chanteurs, affirme Mark Gherkin. Alors, pour marquer ma différence, j’ai décidé d’en faire le moins possible ». Le challenge est dignement relevé au morceau numéro 4, intitulé Reniflage de nez. Simple enregistrement de narines coulantes et de atchoum en continu, ces six minutes trente inattendues raflent notre émotion. L’influence de l’adolescence émerge par flots ; la bière des mélodies faciles coule dans les gorges, pleines d’hamburgers. 72 jours à la suite devant Warcraft 3, criant de vérité, précède un déluge de guitares recouvertes de morves et de chœurs ivres à l’héroïne : La tâche du derrière de mon slip. Une chanson à l’image de l’album : imparfaite, sentant la pisse, mais finalement bien plus léchée que les icônes du genre. Et quand on dit « léchée », on n’invente rien : tout est dans les paroles.
L’album de l’immaturité
Par Mark Gherkin
1) J’ai chié dans ton lit
2) Le prof est un connard
3) Ma bite fait six mètres de long
4) Reniflage de nez
5) Lol, c’est clair ^^
6) Demande lui de sortir avec moi car j’ose pas le faire tout seul
7) La main au cul
8) 72 jours à la suite sur Warcraft 3
9) La tâche du derrière de mon slip
Par Myblack
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