Curriculum vital

2030. Je travaille pour une boîte dont le produit est l’humain. Chaque jour, je supprime les produits périmés. C’est simple, il n’y a qu’à appuyer sur un bouton.

Commentaires

Rémunération de l'auteur

Avis aux retardataires

Pour une meilleure compréhension du récit, veuillez vous rendre ici et lire à partir de l'article le plus vieux.
Samedi 4 juillet 2009
  Jennifer s’assied à côté de sa sœur. Marianne ne tient plus en place.
    « Accroche-toi bien, Mary-Jane, j’ai une super nouvelle à t’annoncer ! »
    Marianne appelle sa sœur Mary-Jane parce que Jennifer ressemble trait pour trait à Mary-Jane de la série Miami District, une brunette avec les cheveux courts.
    « Quoi, quoi ? »
    Dans Miami District, Mary-Jane couche avec son coéquipier Norman, qui, dans l’épisode d’hier, a tué trois dealers asiatiques sur les quais artificiels de Miami. Dans la vie, Jennifer couche avec Xavier, qui, dans l’épisode d’hier, a commandé deux menus B6 à Tohama, un restaurant japonais du 8ème arrondissement.
    « T’es prête, t’es sûre ? »
    Dans Miami District, les perpétuels rebondissements du scénario donnent à l’histoire un rythme effréné. Dans la vie de Jennifer, il peut parfois se passer plusieurs années entre deux évènements importants.
    « Oui ! Oui ! Vas-y ! Vas-y ! »
    Miami District est une série policière. La vie de Jennifer, une sitcom policée.
    « Je vais à New-York ! »
    - Waouh !
    - New-York ! Tu te rends compte !
    - C’est dingue !
    - Ouais, dingue ! »
    Le champagne ne demande qu’à s’ouvrir. Oui, du moment qu’il ne me le demande pas à moi. Je ne sais pas ouvrir le champagne. Ca arrive. L’alcool et moi, nous vivons une relation plutôt sobre, assez étanche. Je n’en bois pas, ou très peu, disons suffisamment pour garder le contrôle de soi, suffisamment pour ne pas sombrer dans le même océan que les noyés. Ce qu‘il y a de pire dans l’alcool, ce sont les autres. Xavier se charge donc de décalotter la bouteille, avec l’air de celui se sachant indispensable.
    « Je suis vraiment ravi pour toi. Tu pars quand ? s’informe Jennifer.
    - Le 18, avec un confrère.
    - Ah mais c’est samedi, s’écrie Xavier !
    - Non, vendredi.
    - Tes valises sont faites ? reprend-t-il en pleine exécution de bouchon.
    - Pas encore, je ne l‘ai su que cet après-midi. Mon rédac’ chef a accepté de financer le voyage ! »
    Marianne ressemble à Marianne lorsqu’elle s’enthousiasme pour ses aventures.
    « C’est vraiment génial !
    - Ton père sera fou de joie !
    - Ca lui fera tellement plaisir ! » poursuit Jennifer, se rapprochant, mue par l’excitation, de ma personne.

    Jennifer ressemble à un robot gynoïde recouvert de latex lorsqu’elle complimente, sa bouche rose prenant alors des tournures de ventouse. A une poupée gonflable, même. A une poupée gonflante, même. Xavier me regarde bizarrement. Je n’ai pas encore dit une phrase complète depuis mon arrivée. Je sais qu’il me juge, constamment, qu’il ne comprend pas ce qu’une femme comme Marianne fout avec un type comme moi, alors que lui fusionne depuis six ans avec sa sœur, tout aussi belle qu’elle. A ses yeux, moi et Marianne n’avons rien en commun, sinon le fait de vivre à deux.

    « Ce que j’aime chez les Américains, dit-elle soudain en retrouvant ses esprits, c’est leur volonté de réussir coûte que coûte, de surmonter les épreuves en allant au-delà des difficultés.
    - Comment ça ? dit Jennifer, pendant que Xavier finit de remplir les verres - il a bien entendu pris soin de commencer par ceux des femmes, soucieux de préserver son image frelatée de gentleman.
    - Ils en veulent toujours davantage.
    - Ouais.
    - J’aime leur faculté à aimer la vie, leur facilité à discuter, à se tomber dans les bras en riant aux éclats.
    - Ouais, déclare de nouveau Jennifer, qui vient d’envoyer un SMS.
    - Ils sont curieux de tout et ouvert d’esprit, précise Marianne. Tous mes collègues ont été séduits par les Etats-Unis et veulent y retourner.
    - L’un de mes potes trouve la culture américaine un peu superficielle », dit Xavier.
    Je pense la même chose mais inutile de le brandir ostensiblement, cela risque de contrarier Marianne.
    « Je n’appelle pas ça de la superficialité. En Californie, d’accord, mais pas à New-York, tente-t-elle d’argumenter.
    - En Californie les gens sont superficiels, c’est vrai, opine Jennifer en puisant dans ses souvenirs personnels - probablement un reportage de TF1 sur la mode des enfants californiens tatoués de haut en bas et bronzés aux UV.
    - Mon pote a visité la Floride car il connaît là-bas une nana chez qui il crèche de temps en temps, explique Xavier, et apparemment ils sont incapables de placer la France sur une carte de l’Europe.
    - C’est pas si évident que ça. C’est comme si, à toi, on te demandait de placer le Connecticut sur une carte des USA.
    - C’est où le Connecticut ? questionne Jennifer.
    - Aux USA. Mais me demande pas où ! » s’esclaffe Marianne. Son expression du visage, grand sourire béat et yeux éclos, me fait immédiatement penser à un smiley. A sa décharge, il est difficile d'être parfaitement calé en géographie, aujourd'hui : avec près de 306 états, l'ONU elle-même se perd en frontières.

Il est parfaitement inutile de connaître tous les nouveaux pays crées, de gré ou de force, depuis vingt ans. Mais certains valent toutefois le coup, notamment par leur drapeau.

Voici cinq drapeaux. A vous de découvrir à quel pays désormais affilié à l'ONU ils correspondent. Comme je suis sadique, il faudra attendre quelques jours pour que je vous révèle la réponse et une brève présentation de chacun d'entre eux.

DRAPEAU 1



DRAPEAU 2


DRAPEAU 3


DRAPEAU 4


DRAPEAU 5
Ecrire un commentaire - Publié dans : Le monde en 2030 - Voir les 0 commentaires
- Par Myblack
Mercredi 1 juillet 2009


 



« Les femmes font-elles caca ? » fut le livre choc de la rentrée littéraire 2012, pondu par un journaliste jusque-là inconnu, Jean-Thierry Meyssen. S’appuyant sur des centaines de témoignages, il affirmait avec certitudes que les femmes n’allaient aux commodités que par esthétisme et filouterie. Les toilettes, selon Jean-Thierry , leur servaient essentiellement à papoter entre filles des garçons, à faire patienter leurs hommes avant de partir en soirée juste pour se faire désirer et affirmer leur pouvoir de décision au sein du couple, à valider le concept de féminité qui sied tant au monde d’aujourd’hui et qui les oblige, souvent à tord, à la plus grande distinction. Contrairement aux hommes, qui peuvent faire caca.


Bon, y a toujours des exceptions. Hein, maman ?


« Les femmes ne font pas caca parce qu’elles n’ont pas été conçues pour ça», affirme en pensée liminaire Jean-Thierry Meyssen, qui a noté plusieurs exemples de couples où l’homme se désole de ne jamais entendre sa compagne vaquer à ses besoins naturels lorsque celle-ci va au toilette « La plupart, parfois, entendent simplement le ruissellement d’un mince filet d’eau, pas davantage, laissant alors le mystère et le doute les envahir. » Le livre souleva une vraie problématique dont les journaux firent leur miel à grand coups de unes dévastatrices. Jean-Thierry Meyssen fut taxé de négationniste, de fasciste intellectuel ; à Leclerc, il se fit régulièrement doubler dans la file d'attente des caisses par les vieilles dames ; dans les repas, lors du dessert, on lui laissait toujours le chocolat à la liqueur de cerise ; au travail, il retrouvait des miettes de pain sur le clavier de son ordinateur ; sa vie devint un enfer.

Face aux agitations et aux attentats suicides qui se multiplièrent dans l’hexagone, paralysé durant plus de deux mois par une grève nationale provoquée par le parti d’Olivier Besancenot au son de « Le peuple exige la vérité ! Non à l’Etat menteur ! », le président Nicolas Sarkozy dû prendre la parole en janvier 2013 lors d’une allocution télévisée et filmée dans ses propres bureaux.
Posément, avec conviction, il démonta, point après point, les accusations de Jean-Thierry Meyssen.
Le peuple français était rassuré.
Hélas, quand Carla Bruni décida d’aller aux toilettes, on entendit un mince filet d’eau qui replongea  subitement le pays dans le trouble le plus total.
Depuis, le doute subsiste.
Ecrire un commentaire - Publié dans : Le monde en 2030 - Voir les 5 commentaires
- Par Myblack
Samedi 27 juin 2009
Conséquence désormais routinière du dérèglement climatique, la pluie s’écrase de toutes ses larmes sur les parapluies, les capuches et le nez des passants, transformant Paris en gigantesque cascade renifleuse. C’est pour son léger store en toile que l’on fréquente la librairie Le Perchoir, l’une des survivantes de la capitale. Comme les autres, je m’y abrite en cas de besoins. Tout près, vers un massif de fleurs semblables à du plastique, les clochards font les leur, profitant des averses pour noyer la pisse. L’humoriste Dieudonné est là. Difficile de manquer sa barbe et son visage borgne. Etrange, vraiment étrange de le trouver ainsi projeté à la lumière des feux, lavé de toutes insultes racistes et du politiquement correct associatif qui le dénigre depuis la nuit des temps. A la télévision, jeune, je me souviens, enfin lorsque j’étais ado, les chroniqueurs le comparaient à Hitler. Alors que je suis désolé, mais Hitler est beaucoup moins bronzé que lui.
Les derniers chapitres de son livre se présentent sous la forme de jeux ludiques. Parfaits pour passer le temps.

Jeu numéro 1
Trouve la première lettre de chacun de ses mots/animaux/gens pour découvrir ce qu'aimerait tenir entre ses mains Mahmoud Ahmadinejad.



Réponse (surlignez) : B (Bisounours), O (Ours en peluche), M (marmotte), B (bébé), E (éclair au chocolat). Une Bombe. Plus précisément la taille de la bombe que le saint homme souhaite envoyer sur Israël pour exterminer le peuple qui a bradé l’Holocauste.


Jeu numéro 2
Devinette : Qu’est-ce qui est sale, immonde, contrôle les médias et qui est vendue dans les boulangeries peu recommandables ?

Réponse : Une baguette d’youpin

Devinette : Qu’est-ce qui est sale, immonde, contrôle les médias et qui, même ouverte, cache la bite des juifs tellement celle-ci est minuscule ?

Réponse : Une braguette d’youpin.



Jeu numéro 3 : Labyrinthe
Part à la recherche des billets de banques tombés du portefeuille d'un banquier juif.

Réponse : De toute façon tu as perdu, ils étaient aussi faux que la légitimité de l'état d'Israel

Jeu numéro 4. Puzzle
Reconstitue le corps de ce père de famille palestien qui, au moment d'accompagner ses six adorables enfants à l'école, est venu se heurter à la folie de l'armée israëlienne.



Réponse : Il y avait un piège, sa tête se trouve dans le panier à linge bleu en haut à droite.
Ecrire un commentaire - Publié dans : Le monde en 2030 - Voir les 2 commentaires
- Par Myblack
Vendredi 26 juin 2009

  
    Lorsqu’à table Marianne me demanda « Et alors, ces entretiens d‘embauches, ça a donné quoi ? », je voulus la rassurer en adoptant des termes précis, concis, parfaitement récité. Virgile Sanou était Ivoirien, fan de planche à voile et avait passé un entretien à Decathlon. J’étais Ivoirien, fan de planche à voile et avais passé mon entretien à Decathlon. D’ici quelques jours, lorsqu’elle remettra le sujet sur le tapis, je lui annoncerai la mauvaise nouvelle puis repartirai, en traître, sur les sentiers de la recherche, pendant que Virgile Sanou rentrera chez sa mère, à Créteil, sa longue queue entre les jambes.
    « Bien, parfait, répond-t-elle.
    - Ouais.
    - Ca va en faire combien, déjà ? Une trentaine ?
    - Non, corrige-je, dix ou douze. Ou quinze, peut-être. »
    Le mensonge est l’une des deux choses qui double de volume chez les hommes en présence d’une femme.
    « Ah oui, quinze. C’est beaucoup, quinze. » Elle répète de façon monotone : « C’est beaucoup. »
    J’embrume le ciel d’un fond de MTV, avant de l’embrasser furtivement. Ses lèvres n’ont pas vraiment de saveur. Autant que son rôti. Les piles fonctionnent, c’est l’essentiel. Un mec ressemblant à Béatrice Dalle lèche un vagin en plastique. Ailleurs, la météo annonce de la pluie pour les cinq prochains jours. Il me semblait effectivement avoir entendu ça de la part d’un mec du service climat, à la cantine : « Foutons leur de la pluie. Ce n’est pas super original, mais nous sommes en mars après tout. » Je crois qu’il mangeait des crudités, l’imbécile.
    « Laisse ! Laisse ça ! s’écrie subitement Marianne au moment où je zappe sur la chaîne où elle travaille.
    - Oui, ça va, pas la peine de t‘exciter, j’allais pas changer de toute manière. »

    People TV - je trouve ce nom particulièrement offensant pour la créativité - a obtenu l’exclusivité des droits de retransmission en France du prochain concert de Vincent Delerm au Madison Square Garden, le 18 mars prochain. Selon la pub de la chaîne, Delerm répondra en direct aux questions des téléspectateurs. Selon les précisions de Marianne, Thomas Beaulieu s’envolera à New-York le 16 pour l’interviewer et le suivre dans ses ébats musicaux. Thomas Beaulieu ne signifiait rien à ma mémoire, si ce n’est quelques apparitions dans la bouche de Marianne. Tant que ce ne sont que des apparitions.
    « Et peut-être que je pourrais partir moi aussi quelques jours à New-York voir les Knicks !
    - Les quoi ?
    - Les Knicks. L’équipe de Willy Daniels.
    - Ah, le basketteur.
    - Le rencontrer serait fantastique ! »
    Note pour plus tard : tuer Willy Daniels. Je plaisante. On ne peut pas tuer quelqu’un comme ça, s‘il n‘est pas dans la liste, si son tour n‘est pas venu. « Il se la pète un peu ce mec, non ? » Marianne ne m’écoute pas : elle est une fille de joie sautillant des yeux, des cheveux, s’auto-driblant, emportée par la houle de son enthousiasme. Je la déteste quand elle est comme ça, aussi gamine. J’ai pas fait tout ce ramdam, moi, au moment de lui annoncer ma qualification pour la finale des championnats de Rubik's Cube. D’ailleurs je ne lui ai rien dit.

    « Et Vincent Delerm, tu vas le voir, Vincent Delerm ? j’interroge, pendant qu’elle m’évoque ses rêves de grandeur, son espérance de voir son rédacteur en chef accepter sa requête.
    - Euh non, pour quoi faire ?
    - Je sais pas… C’est l’occasion.
    - Ouais, bof. Je le trouve effacé, qu’elle fait.
    - Effacé ? Moi, je le trouve onctueux.
    - Ce sont les yaourts qui sont onctueux.
    - Ses chansons le sont.
    - On ne peut pas être onctueux, insiste-t-elle en s’esclaffant, ce qui a le don de m’énerver prodigieusement.
    - Si, il a toujours été onctueux ! Le Baiser Modiano est onctueux ! Cosmopolitan est onctueux ! Hugo Chavez et moi est onctueux!
    - C’est Thomas qui va l’interviewer. Et plus, il n’a pas fait de bonnes chansons depuis au moins dix ans.
    - Tu ne les écoutes pas, tu ne peux pas savoir si elles sont bonnes ou pas !
    - Et depuis quand c’est un critère ? Ce genre de phrase montre à quel point tu ne connais rien au métier de journaliste.
    - Il a fait d’excellentes chansons.
    - Ben je sais pas, cites m’en ?
    - Je sais pas… Il y en a tellement… - je réfléchis -… Le parking des manchots.
    - Le parking des manchots ? Ca existe ça ? 
    - C’est une métaphore sur le réchauffement climatique.
    - Ca à l’air particulièrement fin, pouffe-t-elle comme une grosse conne, debout près de la fenêtre.
    - Pff… Et Annuaire de Monaco, c’est de la merde ?
    - C’est quoi ?
    - C’est super conceptuel. La chanson dure à peine vingt secondes. Comme quand tu lis l’annuaire de Monaco.
    - Vraiment hilarant.
    - Y en a plein d’autres, des récentes. Les dentistes bouddhistes. Euh…La perceuse-visseuse du pape s’appelle Jean-Jacques, et, euh…
    - Mon dieu, mais comment peut-on être aussi stupide pour écrire des titres pareils !
    - Tu sais, ça cause des enfants béninois que le pape John 1er avait violé.
    - Mais pourquoi Jean-Jacques ?
    - Ah, bah il l’explique dans sa chanson.
    - Et pourquoi Jean-Jacques, donc, toi, ô grand spécialiste de Delerm ?
    - Je peux pas te répondre précisément, c’est assez flou. Et y a aussi Jean-Loup le loup veut des bisous, qui est très sympa.
    - Jean-Loup veut quoi ? explose-t-elle de rire.
    - Des bisous. Une chanson métaphorique sur la guerre indo-pakistanaise. Dans son septième album. Quatrième chanson. Tu sais, elle a été écrite par Raph, l’écrivain. Jean-Loup le loup veut des bisous, des bisous dans les coup, des bisous de pakistanais et des bisous d’hindous, hou-hou.
    - Super… »

    Voilà pourquoi je n’aime pas parler de Vincent Delerm. Cela se termine toujours en moqueries. Pareil qu’avec le Rubik’s Cube. Comme si les goûts musicaux de Marianne étaient moins ridicules, cette chiasse de hip-hop mâtinée de sperme. Steve Kara, mes fesses. Delerm est le seul chanteur français à se produire dans le monde entier, que je sache, le seul à vivre aux USA ! Et depuis dix ans, en plus !



    « Je ne comprendrais jamais le succès de ce type, persifle Marianne.
    - Ses concerts sont énormes !
    - Arrête, t’en as jamais vu en vrai !
    - Tu sais bien que depuis cette histoire de fraude fiscale, il évite de montrer sa gueule en France.
    -  Il plaît à énormément de gens, mais je ne comprends pas son succès. Je le trouve chiant. Vieux.
    - Il l’est. Il est chiant, et c’est ça qui est beau. J’aime ce qui est chiant et beau à la fois.
    - Non, il est juste chiant, persiste-t-elle, inflexible et refusant d’être contredite.
    - Il ne se plie pas aux règles et parle de la vie comme elle l’est, et non comme elle devrait l’être.
    - Pfff… » Elle ne sait plus vraiment quoi dire. « C’est… C’est faux. »
    Un éternuement étouffa l‘échange, l‘un des plus longs du mois. 
Ecrire un commentaire - Publié dans : Le monde en 2030 - Voir les 0 commentaires
- Par Myblack
Dimanche 21 juin 2009


Qu’il parait loin ce début du siècle où le football sur console se résumait à du jeu vidéo ! Pour contrer la concurrence du Pro Evolution Soccer 2029 de Konami, la firme Electronic Arts se cherchait un schéma tactique en adéquation avec ses moyens. Des accords financiers passés avec seize des plus grands championnats européens (plus la Ligue 1) lui ont offert la plus belle des vitrines, celle capable d’exposer le 5A TM, son dernier trophée technologique.

La technologie 5A TM fait de Fifa 2030 la nouvelle simulation de référence, accordant aux gamers une liberté jamais atteinte jusqu’alors. Durant les premières minutes de jeu, la sensation d’immersion est telle que l’impression de prendre part à une vraie rencontre de football est totale ; une impression qui se transforme vite en conviction dès l’activation du mode vibreur de la manette - ou de la touche Alt Gr du clavier. 

Le procédé est simple : dès ce signal, en accord avec l’arbitre, un joueur équipé de capteurs de mouvements remplace l’un de ses partenaires. Si le match est retransmis, un logo FIFA 2030 s’affiche alors sur l’écran pour en informer les téléspectateurs. Dans tous les cas, le speaker du stade en fera l’annonce au public, encore peu familier avec cette révolution.


Enzo Zidane, numéro 10 du Real Madrid, parviendra-t-il à inscrire son seizième but de la saison ?


Un soin particulier a été apporté à la maniabilité du joueur EA, dont chaque club de L1 devra impérativement disposer sur la feuille de match sous peine de retraits de points : réceptif à la moindre de vos commandes, il effectuera frappes, dribbles, feintes de corps, tacles, crachats, têtes et roulades ou toute autre option figurant parmi les soixante prévues par les concepteurs.
Dans l’esprit, les plus perfides pourront donc prendre le contrôle d’un élément de leur équipe honnie, qui désorganisera l’équilibre et le collectif de sa propre formation par des prises de décision sans la moindre logique ! Une possibilité sournoise permise par la 5A TM, conçue en collaboration et avec l’expertise d’Hatem Ben Arfa, l’ancien international français à la carrière éclatée (Lyon, Marseille, Arsenal, Everton, PSG, Clermont-Foot, Alaves, Valenciennes, Bunyodkor, Dijon, Clermont-Foot, Infosport)

Les vertiges du championnat russe

Fatigué après une journée intensive de boulot dans une multinationale chinoise délocalisée en France ? Devenez alors simple spectateur grâce au mode VIP, qui transforme votre salon en véritable stade de football. Fumigènes, voisins en hologramme éructant des poèmes grivois à madame, odeur indélicate de vieux kebab : on s’y croirait. Le réalisme est si poussé que vous serez surpris, à la mi-temps, de devoir faire la queue devant vos propres toilettes.

Le quotidien du joueur de football de l’an 2030 n’est pas épargné par cet opus : sollicitations avec les radios, participations aux émissions de télés, sorties nocturnes, tournois de Playstation 6. Pour les nostalgiques, il est même possible de débloquer l’option « entraînement » (fourni avec un solide didacticiel)

Défiez les meilleurs mondiaux sur la plateforme multi-joueurs et humiliez-les en publiant des interviews de leur joueurs sur Maxifoot.fr ou des communiqués bourrés de fautes d’orthographe sur leur site officiel. Sur le net, tactiquement, la part belle est faite au 4-6-1 (en 2027, la FIFA a autorisé certaines des meilleurs formations européennes d’aligner douze titulaires en début de match pour leur permettre d’éviter les tensions dans leurs effectifs comptant parfois près de 70 éléments).
Techniquement, les cadors du foot se trouvent évidemment dans le vertigineux championnat russe, constellation de stars. Il faudra toutefois composer avec l’oligarque de votre club, qui vous imposera deux à trois de ses chouchous sur la feuille de match. En cas de refus, l’un de ses sbires se rendra à votre domicile pour vous casser la jambe grâce à la Baseball batt de votre Wii (exclusivité réservée aux possesseurs d’une Wii)

Après Pape Diouf, Quentin83

« Quelques points restent néanmoins à corriger pour la prochaine version, admet Steve Barker, développeur en chef de FIFA 2030. Il est ainsi dommage de devoir parfois interrompre des rencontres où des gens ont payé 60 euros la place parce qu’un chat a débranché la prise de la console en faisant l’andouille. Même si cela peut apparaître comme de l’enculage de mouche. »

Et la France, dans tout ça ? En 2027, elle a été la première en Europe à accepter l’idée d’inclure « un coefficient d’identification virtuelle » en L1, d’après les propos de Jérôme Rothen, président de la LFP. A l’époque, la décision n’avait pas scandalisé les acteurs du championnat qui, pour être tout à fait franc, n’avaient pas vraiment compris la signification de la notion de « coefficient d’identification virtuelle. » Aujourd’hui, alors que l’OM est contrôlé par Quentin83, 14 ans, et que le PSG a dû se séparer de 95% de son effectif pour s’enticher des services de la star argentine Diego Vaspareza, ardemment voulue par Bobbypsgleoufdu92, un gamer de 28 ans jardinier à mi-temps, la colère gronde. Et tant pis si Jérôme Rothen affiche un tempérament plus pragmatique : « Depuis que Canal + ne diffuse plus que le championnat russe, il est impératif de trouver des financement pour alimenter le football français et ses douze équipes professionnels. » A bon entendeur, alt+F4.
Ecrire un commentaire - Publié dans : Le monde en 2030 - Voir les 0 commentaires
- Par Myblack
Samedi 20 juin 2009

    En rentrant je vois Marianne qui dresse la table, transformée au fil de ses retouches en quai de gare : les longues lignes parallèles dessinées par la nappe représentent le chemin de fer, les assiettes blanches comme de la porcelaine jouent le rôle des passagers de première classe - car elles sont propres et lavées - et la moutarde s’est changée en contrôleur, car Marianne déteste la moutarde. Je renifle. Je suis malade.

Serge Lama a arrêté la musique en 2026 à la suite d’une mauvaise expérience : cette année-là, déjà très âgé, il voulu imiter la plupart des groupes et musiciens à la mode en proposant les chansons de son dernier album en téléchargement légal sur le web. C’était de toute manière le seul moyen encore acceptable pour vendre des disques, puisque les circuits traditionnels étaient parasités par internet, alors que les concerts ne rapportaient eux-mêmes plus grand-chose puisque ringardisés par la technologie Synvonia, qui permettait à ses utilisateurs de monter sur scène à la place de leurs idoles. « Le net, c’est l’avenir », se décida donc Serge Lama en 2026. Hélas, déjà très âgé cette année-là, il ne trouva jamais le bouton d’allumage de son ordinateur. Le projet fut rapidement abandonné.


Avec Synvovia, n'importe qui peut maintenant devenir chanteur et interpréter une chasse d'eau devant des milliers de spectateurs condamnés. (ici, le Dunkerquois d'origine finlandaise Kris Töfmaë)


    J’observe son manège, caché derrière elle, avant de me manifester. J’ai faim. Hélas, elle m’a préparé du rôti de veau, celui avec cette sauce si compacte qu’elle en effraye les croûtons de pain.
    « Tu étais passé où ? me demande-telle en posant la carafe d’eau.
    - Je voulais racheter des piles pour la télévision, mais l’épicier arabe est fermé.
    - Pourquoi tu ne les as pas commandées sur le net ?
    - C’est l’heure de pointe le dimanche soir.
    - Prends celles de la console, alors. »
    Je joue rarement à la console. Le Rubik’s Cube est plus complet, plus stimulant pour l’intellect. Marianne s’est procurée FIFA 2030, la dernière référence en matière de simulation de football. « Tu verras, on se croirait sur un vrai terrain ». Tu parles, Chantal. La simulation, non merci. Je veux du concret, attraper des vraies crampes en manipulant un cube plutôt que de réussir des reprises de volées en finale de Ligue des Champions. Elle hésitait avec The Sims Dany Boon, me dit-elle. On l'a échappé belle.


Test de The Sims Dany Boon

Pour cette nouvelle plongée dans l'univers des Sims, enfilez vos grandes oreilles et partez à la découverte d'un monde dont vous ne soupçonniez même pas l'existence : le Nord-Pas de Calais. Ici, tous les personnages, hommes et femmes, ressemblent trait pour trait à Dany Boon, le plus grand acteur que la France n'ait jamais enfanté. A vous d'aider vos personnages à réaliser leurs rêves : monter à Paris ouvrir une brasserie ; épouser une arabe avec l'accord de vos parents ; vivre une semaine sans se rouler dans la boue. Des challenges difficiles, d'autant que le jeu est entièrement en V.C (version ch'timi).
Agréable à prendre en main, malgré l’huile de la friteuse dont la texture a été recomposée sur votre manette spéciale, The Sims Dany Boon souffre de la comparaison avec ses concurrents directs, que ce soit Metal Dany Boon Gear Solid, NBA Dany Boon Live 2029 et Wario contre Dany Boon.

Cheat codes :
(appuyez sur la touche Entrée avant chaque mot)
- HELPME. Dany Boon surgit de votre disque dur, prend une chaise, commande une pizza et vous regarder jouer en hurlant «OUVRE LE FRIGO DE TON SIMS ! OUVRE LUI SON FRIGO BILOUTE !»
- CHEESE. Augmente la richesse de vos Sims de 2.000 maroilles.
- LINERENAUD. L'un de vos Sims attrape le Sida - idéal pour alléger les familles nombreuses.
- ARTHUR. Réduit le Q.I de vos Sims de 15 points, passant de 40 à 25.
- KING. Un Sims Prince Harry emménage dans le pixel d'en face et ouvre une fabrique de lames de couteaux.
- CONF. Votre Sims est suivi 24h/24 pendant une semaine par une équipe de tournage de l'émission Confessions Intimes. Augmente la popularité de votre Sims.



    « Tu as préparé quoi ? Les lasagnes dans le frigo ?
    - Non. Du rôti.
    - Ah, du rôti, je lance un peu déçu en espérant qu’elle le remarque pour, la prochaine fois, se tourner vers les lasagnes.
    - Quoi ?
    - Rien. Bon, on mange ?
    - Oui, souffle-t-elle, avant d’ajouter : on devrait acheter la Natal 3 de Microsoft.
    - Celle sans manettes ? J’ai une tête à passer dix minutes à m’enfiler des capteurs ?
    - Au moins y a pas besoin de piles. »
    En un sens, par mon travail, je suis devenu programmateur de jeux vidéos, sauf que mes personnages à moi sont bien vivants. Comment dit-on ? Programmeur ? Peu importe. Je participe à la maintenance d’une réalité virtuelle dont je suis l’un des rares à saisir la superficialité, une réalité que je viens seulement de fuir. Impossible de fuir le rôti, en revanche. J’aurais préféré qu’il soit virtuel.

Ecrire un commentaire - Publié dans : Le monde en 2030 - Voir les 1 commentaires
- Par Myblack
Mercredi 17 juin 2009
L’homme descend du singe. Personnellement, je descends surtout les poubelles. Nous sommes vingt heures, un dimanche avec Marianne, et je m‘emmerde. Je suis heureux de m’emmerder à deux. Il n’y a rien de mieux que de s’emmerder à deux.
    « Salut Koné. Ca va le moral ?
    - Oh, un coup ça monte, un coup ça descend. Comme toujours. Au rez-de-chaussée, comme d’hab ?
    - Ouais, comme d’hab. Tiens, tu t’es fait un tatouage ?
    - Non c’est un jeune con qui m’a rayé la vitre.
    - Qui ça ?
    - Je sais pas trop. Je dormais. J’étais en pilote automatique.
    - Cà doit pas être évident ton job, quand même, je lui dis.
    - Je me plains pas. Avant j’étais cafetière électrique. C’était pire.
    - J’imagine.
    - Surtout que je supporte pas le café.
    - Oui. Ca te dérangerait de descendre ? Je suis un peu pressé.
    - Comme monsieur voudra. Monsieur est sans sa femme ?
    - Non, elle a préféré sauter par la fenêtre tellement elle aime pas ta gueule. Ben oui, ça se voit pas ?
    - Je sais pas, j’ai l’impression qu’elle m’évite depuis que je lui ai conseillé de perdre du poids.
    - Tu as fait ça ?
    - C’était un jeudi soir, il y avait sept autres personnes à bord. L’été approche et je suis en surcharge. Comment veux-tu que je drague ?
    - Je crois que la lumière automatique du cinquième est célibataire et, en plus, pas vraiment exigeante sur l’hygiène.
    - Tu sous-entends quoi par là ?
    - Que les trucs trainant au sol ne soient pas des ongles, mais seulement des chips, j’espère.
    - Euh… Ah, tiens, comme on vient de passer au troisième ça m’y fait penser : un couple du troisième a baisé ici, ce matin, à sept heures.
    - Comment ça ?
    - Le mec a appuyé sur le bouton arrêt ; j’ai fait genre j’étais pas là, pour observer. Une petite jeune en plus, seize ans.
    - Tu es immonde, Koné ! A ton âge !
    - Oh ça va, j’ai que cinq ans je te rappelle !
    - En année d’ascenseurs, ça fait combien ?
    - Tu es arrivé. Trente-deux.
    - Pédophile ! », je lui lance, un brin moqueur.

    Fâché, il remonte illico bouder au huitième étage. Je ferme la porte du local à ordures. Le hall sonne désespérément vide. Je me dirige ensuite vers la sortie menant à la pollution du dehors, là même où la génération précédente croisait parfois le concierge, une espèce en voie de disparition -  il n’en reste qu’une centaine, dont dix couples, conservés dans des réserves naturelles, des zoos ou en Charente-Maritime.

La réintroduction du concierge en Charente-Maritime a été financée par l’Union Européenne à partir de 2025. Trois spécimens de Croatie ont été capturés à l’automne 2025 pour être relâchés en Charente-Maritime afin de servir de nouveau foyer de peuplement. Il a auparavant fallu les capturer, les former et les obliger à prendre trente kilos, pour qu’ils ressemblent vraiment à des concierges.

Zvanera, 47 ans, fut piégée le 18 octobre 2025 dans un bar de Zagreb. Au chômage depuis trois ans, elle avait vécu la lente agonie de son métier avec fatalisme et 3,5 grammes dans le sang par jour. Bogdan Tevalenov, secrétaire des Nations Unies, anesthésia l’animal à l’aide de poudres de vieux roquefort introduit es dans son verre. Une puce électronique d’identification fut mise autour du cou de Zvanera, de même qu’un collier de couleur rouge, pour pouvoir l’identifier de loin, à la jumelle par exemple. Le même procédé fut utilisé pour deux de ses compatriotes, Natacha et Marat.

Le bilan de leur réintroduction en milieu concierge est globalement satisfaisant. Les deux femelles concierges ont mis bas quatre-vingt-sept petits enfants concierges grâce à l’activité de Marat, qui se donnera toutefois la mort peu après le quatre-vingt-septième accouchement - il ne supportait plus de devoir passer trois heures tous les soirs à faire la bise à ses enfants pour leur souhaiter bonne nuit.

Ce sont désormais des dizaines de couples de concierges venus des pays de l’est qui viennent secourir un métier mis à mal par l‘informatique.

La même expérience devrait être appliquée dans les prochaines années pour d’autres emplois en voie de disparition tels que le pêcheur, l’agriculteur, la caissière, le journaliste papier, les conducteurs de véhicules et, plus globalement, celui d’être humain.


Ecrire un commentaire - Publié dans : Le monde en 2030 - Voir les 10 commentaires
- Par Myblack
Lundi 15 juin 2009
Etudiant, lorsque mes érections duraient plus longtemps que le retour d'un vol Rio-Paris, j’allais souvent m’astiquer l’œsophage au kebab. Les douceurs, dorénavant, me conviennent mieux. L’estomac de mes 27 ans ne supporte plus cette atmosphère qu’à dose homéopathique. Ma mémoire, elle, conserve en deuil ce reportage sur ces morceaux de chiens conservés au frais puis servis enveloppés de salade par des enturbannés. J’aime les chiens, sauf ceux servis enveloppés de salade. Je les préfère nature, en train de courir dans l’herbe, à ramener des bâtons. L’une des deux dernières chaises disponibles donne sur une femme noire en jogging,  petite aux grosses lèvres, similaire en tout point à un poêle à charbon. L’autre sur un élégant trentenaire, barbu, perdu dans le lointain. Je commande puis, sans tergiverser, m’assieds juste devant lui. Les frites sont bonnes, barbouillées de sauce blanche. Sur le meuble voisin, les filles sont connes :
    « Sandra est encore vierge alors qu‘elle a 15 ans. Tu crois que c’est grave ? demande la première, bouche à pipe asiatique, nettoyée de sauce blanche.
    - Un peu, sort la seconde, moins fascinante. Elle est space.
    - Lol.
    - Rigole pas, c’est vrai. Elle se laisse séduire facilement mais après y a plus rien.
    - Ah ouais ?
    - Ouais, c’est John qui m’a dit ça.
    - Mdr ça fait pitié. Y a un péage à sa culotte ?
    - Lol non. Enfin je sais pas. Elle est space, quoi. »
    Les bouts de riz qu’elle a sur sa poitrine, on dirait Pékin après l’accident nucléaire de 2019. C’est dommage.

Vue aérienne de Pékin après la catastrophe nucléaire

Il n’y a pas eu de guerre atomique au cours des vingt dernières années, si l'on met de côté le conflit entre LePost.fr et JeanmarcMorandini.com. La démocratisation de l’arme nucléaire a agit comme un détonateur, neutralisant les belliqueux qui n’ignoraient pas, en cas de poussées d’hormones, la possibilité d’être à leur tour atomisés.
Le pétard nucléaire qui a anéanti à 90% Pékin le 6 juin 2019 n’est pas d’origine humaine, mais robotique. Un regrettable dysfonctionnement d’un équipement aux conséquences dévastatrices : il a fallu, après la catastrophe, subir une semaine de cérémonie et de recueillement dans la presse, la radio, la télévision, internet, presque autant que pour la mort de Grégory Lemarchal, sauf que les Pékinois, heureusement, n’avaient aucun disque à vendre après leur mort.

Bon, Bono a bien tenté de sortir un single sur le modèle de Candle in the Wind téléchargeable pour 1,69 euros sur le site d‘U2, mais il ne s’est guère vendu.

Il est difficile de déterminer précisément combien de Pékinois ont perdu la vie le 6 juin 2019, Wikipedia étant interdit en Chine. Le régime officiel parle de douze millions. La série 24 heures chrono préfère évoquer celui de seize, une source jugée davantage fiable par les historiens.
Il est tout aussi délicat de déterminer combien de Pékinois décéderont ou sont décédés des conséquences de l'accident. Le régime officiel parle de trois millions. Super Nanny préfère recommander aux familles de privilégier les légumes aux surgelés au moins deux fois par semaine - une source jugée davantage fiable par les historiens, surtout ceux ayant des enfants obèses.




Dix ans après, la Chine s’est relevée, et son peuple regarde désormais l’avenir d’un œil neuf.



    J’ai l’impression que le mec d’en face m’observe. Mon regard dévie quelques secondes avant de se recentrer. Il me dévisage encore. Machinalement, je baisse les yeux, tricote mes dents de devant à la recherche d’une mystérieuse portion de nourriture coincée, vérifie la propreté de mon pull : non, tout est raccord. D‘un murmure effacé, je souffle : « Encore un pédé. » Mes masticages se font plus rapides. La viande gonfle entre mes joues, torture, gonfle, me gonfle, je bois, bois pour annihiler cette atroce purée. Le kebab se transforme en supplice. Tendu, j’en renverse même sur le pull.
    « Qu’y a-t-il dans votre mallette ?
    - Hein ? »
    Pourquoi m’adresse-t-il la parole ? Pourquoi les gens se sentent-ils toujours contraint de parler, alors qu’il n’y a rien de plus reposant que le silence ?
    « Qu‘y-a-t-il dans votre mallette ? répète le fouineur.
    - Rien, enfin pas grand-chose, je réponds, en espérant qu‘il en restera là.
    - Pourquoi transporter une mallette s‘il n’y a rien dedans ?
    - Non mais ça ne m’intéresse pas, je bredouille.
    - Moi ça m’intéresse. Je vous ai vu avec, tout à l’heure. Vous semblez beaucoup y tenir.
    - Me voir ? Où ça ?
    - Au tournoi de Rubik’s Cube. »
    L’homme affiche un large sourire bienveillant. Autour de lui les mouches s’enveloppent de smokings. « Ah. » Les ratures, de son visage, se portent souffrantes.
    « Je ne vous avais pas remarqué, je dis. Vous êtes nouveau ?
    - Oui.
    - Vous avez été éliminé ?
    - Non.
    - Cool. Vous me connaissez sans doute, je suis Myblack.
    - Oui. Je n'aime pas spécialement la nouvelle ligne éditoriale de votre blog.
    - Je sais, on me le dit souvent. Et vous, quel est votre prénom ?
    - Daniel.  Mais j’aime pas quand on m’appelle Daniel.
    - Ah oui ? Vous préférez qu’on vous appelle comment ?
    - Dieu.
    - Dieu ?
    - Oui, mes amis me surnomment comme ça.
    - Ah ouais, c’est bizarre. Comment ca se fait ?
    - De temps en temps je me laisse pousser la barbe et, pour me charrier, à cause de mon calme, ils m’appellent Dieu. Ils disent que je suis très réfléchi, que j’ai en moi une sorte de sagesse enfin ce genre de conneries, vous voyez. »

    Nous échangeâmes nos impressions, parlâmes combinaisons, Hetsaga, bouche à pipe. Nous avions peu à partager, juste de quoi passer le temps. La discussion s’orienta sur la cuisine orientale, la musique orientale, les pays orientaux. C’était très orientée, comme discussion. Un écran incrusté au mur réfléchissait les actualités ;  elles ne réfléchissaient pourtant guère. Les manifestations se multipliaient contre le gouvernement Yade et les énièmes annonces de suppression de poste dans la fonction publique. La veille, une femme enceinte avait été étranglée par une bande de jeunes en plein Paris. Les témoins se perdaient dans le flou. Dans le métro, les clodos semblaient plus nombreux que les usagers. L’Europe des deux cent trente-six affichait son impuissance et partout ailleurs le chaos gagnait du terrain. Des émeutes ravageaient le Pérou depuis trois semaines, sur fond de crise économique. Je ne trouvais plus mon portefeuille. En Malaisie, le dernier orang-outan venait de s’éteindre dans un coin de sa réserve. Microsoft possédait 14% de l’Alaska. Dieu paya l’addition.
Ecrire un commentaire - Publié dans : Le monde en 2030 - Voir les 3 commentaires
- Par Myblack
Vendredi 12 juin 2009
C’est une ville fantôme qui se stresse devant moi, parcourue de centaines de spermatozoïdes multiformes. Ils se cherchent un ovule depuis la nuit des temps, pour finalement, comme leurs ancêtres, éviter de prendre le risque de vivre. J’avance et cherche de la nourriture. Le vide est tout proche et je m’y précipice.
    « Pardon madame… »
    Elle se retourne. C’est un monsieur.
    « Je cherche une épicerie ou un supermarché quelconque.
    - C’est moi que vous traitez de con ?
    - Non, quelconque. Quel-conque. »
    Visiblement sourd.
    « Un endroit à manger. Je ne connais pas bien le coin.
    - Ah non, je n’en ai pas besoin, merci.
    - Pardon ?
    - Je n’en ai pas besoin.
    - Non, je disais que… Vous connaissez une boulangerie près d’ici ?
    - Pas du tout. Il fera sûrement plus chaud cet après-midi. Par contre si vous avez faim, près d’ici, y a une boulangerie. A gauche du parc George Brassens. » 


Des deux rives du cercle dont je forme, avec le vieil imbécile, les contours, transitent la semence impure, des pantalons en velours vert, du purin dans la cervelle, une certaine idée du monde sans ambitions qui se laisse couler au fil des jours pour ne relever la tête que par intermittences. Pour sandwichiser à Limoges, il impose d’aller à droite après le parc Georges Brassens, de longer les scooters garés au pied des murs, d’éviter d’emboutir les lycéens blablatant autour du néant, coincés dans le col de l’utérus, de survivre à la grisaille des feux multicolores en s’imaginant à Perth, personnage de Marc Lévy ou en 16/9, était-ce bien à droite, d’ailleurs ?


Plan de Limoges.
En vert, en haut à droite : Parc George Brassens, célèbre dans tous le département pour sa mauvaise réputation - les sans-papiers locataires n'y étant probablement pas étranger. A l'entrée, un panneau planté par les aborigènes autochtones rappelle leur rencontre brutale avec la ville et les réalités. Dessus, on peut y lire ceci :
Toi l'étranger qui sans façon. D'un air malheureux m'as souri. Lorsque les gendarmes m'ont pris. Dans le parc m'ont conduit.

En vert, en bas : Fôret de Bournigard, lieu de tournage de Koh-Lanta Limousin saison 2021-2022. Décharge municipale à partir de 22 heures. Interdiction de marcher sur la pelouse. Risques d'avalanches. Interdiction de nourrir les animaux, mêmes ceux jouant de la musique.
Cimetière Notre-Dame. Y reposent les plus illustres personnalités locales (Auguste Renoir, Raymond Poulidor, Luc Leblanc, Quentin des Poetic Lovers et Paupiette, ancien chien de Mouss Diouf). Pour solutionner aux problèmes de logement étudiant chez les jeunes, qui se font rares, le maire projette de transformer les caveaux familiaux inoccupés en appartement.
En marron : Lycée, le mardi ; abattoir le lundi, mercredi, jeudi, vendredi et week-end. Sans doute à cause de l'odeur, la plupart des élèves sont malades les mardis.
En rouge, à gauche : camping. Interdiction formelle de nourrir les êtres humains, sauf ceux ayant loué un bungalow. La résidence du maire se trouve dans l'aile gauche. Demandez Riton.
En jaune : tâche de mayonnaise, devenue bien malgré elle patrimoine locale en raison de son histoire commune avec Auguste Renoir - qui peignait avec de la mayo, principablement sur des crevettes ou des oeufs durs.
En bleu : office du tourisme - fermé depuis 2013 car le concierge aurait perdu la clé d'entrée. Elle n'aurait pas été réclamée depuis.
En cyan : casino (anciennement maison de retraite). Les pensionnaires ont depuis été engagés comme croupiers. Reçoit régulièrement la visite des notables de la région, ou des poivrots - qui sont généralement les notables de la région.
En violet : fils barbelés pour séparer la zone occidentale de Limoges à la zone orientale, détenue par les kebabs et les magnats indiens. Egalement utilisés pour faire sécher le linge par les habitants, ce qui explique pourquoi les Limougeauds se promènent en ville avec des habits troués.
En noir : aérodrome spatial censé accueillir les ambassadeurs extra-terrestres. N'a recu pour le moment que la visite de Régine, en 2018.


    La rue Bertrand Delanoë n’est peuplée d’aucune boulangerie, épicerie, supermarché d’occasion. Elle est juste immense, parsemée de maisons sans âmes ni bonbons. Un bar qui se meurt. Un kebab, entre une imprimerie et un sex-shop pour animaux. Autant bouffer de l’encre ; ou être caniche. Le moyen âge est à portée de main. Je n’ai qu’à toucher le ciel pour m’en assurer, qu’à sentir son souffle. Limoges n’est pas le trou du cul du monde, mais elle sent la merde.
Ecrire un commentaire - Publié dans : Le monde en 2030 - Voir les 1 commentaires
- Par Myblack
Mardi 9 juin 2009

    Je ne fis qu’une bouchée de cet Eric complexé, deux manches à zéro, malaxé, broyé en sept secondes et seize centièmes, digéré en sept secondes et cinquante-deux centièmes. Pause.
    Au centre vivote un caméraman en CDD ; je me cache le visage de la main. Il n’est pas de France 3, a le bouc roux, évolue dans un univers parallèle où il ne croise personne ; où les personnes qu’il croise ne lui sont jamais perpendiculaires. Il réalise probablement un sujet qui passera sur le câble, simpliste et enfantin, qui dénigrera notre art et nous fera passer, moi, Rick, Marchewski, pour des benêts. C’est vrai, quand j’y pense : à quoi servent les roux ?

La multiplication des chaînes de télévision a offert à chaque spectateur une fenêtre sur sa ou ses propres passions. Ainsi relié à ce qu'il aime par dessus tout, il évite de s'éparpiller vers l'inutile, vers l'inconnu, vers ses peurs. Vers toutes ces choses dont il se met progressivement à oublier l'existence.
Des fenêtres dont les volets ont été pliés.
Le succès des chaînes de divertissements low-coasts au dépens de programmes plus profonds n'est pas vraiment surprenant : en cas de crise prolongée, passé un court sentiment de révolte qui s'estompe avec le temps, l'humain se résigne, se tourne vers le rêve et l'artificiel. Ou bien, et c'est là où la SPAM a été forte, vers plus misérable que lui. Se dire qu'il existe toujours, quelque part, un plus malheureux et con que soit, qu'en dépit de nos difficultés nous valons mieux que les couples de Confessions Intimes, les candidats de la Roue de la Fortune. Je refuse d'apparaître comme le plus con de quelqu'un.
Relancée en 2018 après une mise au placard, Confessions Intimes est devenue en 2030 l'une des émissions phares du PAF. Sa popularité est telle que chaque années les membres de l'Académie Française se réunissent et élisent leur émission préférée. Le palmarès des dernières éditions :


2029. Stéphane Abraham propose le 14 mars sur son site personnel d'échanger ses deux bras contre un travail payé à hauteur du SMIC. Pour prouver sa détermination, il se découpe lui-même les membres à l'aide d'un couteau à steak coincé entre ses dents. Après plusieurs semaines d'attentes, le 4 mai, il trouve finalement un acheteur et un boulot de professeur de tennis.

2028. Nicolette McDonald pense avoir découvert le Christ dans une impasse de la Rue Paul Deroulède, à Paris, dans le XVIIe. Mal rasé, saignant du nez, les yeux rouges, recouvert de haillons et nageant dans sa propre pisse, le Christ se révèle à elle en lui disant «Aide moi à retrouver le chemin de la Liberté.». Le magazine Voici de la semaine suivante éclaircira l'affaire : il s'agissait en réalité de l'actrice Laura Smet, qui cherchait simplement à rentrer chez elle, au 12 avenue de la Liberté, après une soirée cocaïnée chez Frédéric Beigbeder.

2027. Le 19 février, Thiasma pose un ultimatum à sa femme : «soit tu me quittes, soit tu arrêtes de couver ces oeufs! » Depuis six mois, le derrière de son épouse Christiane câline en effet une boîte de six oeufs dans l'espoir, un jour, de devenir mère – le couple connaissant des problèmes au lit. Après un suspense long comme ma bite, Christiane prend finalement une décision à la fin du mois : elle quitte Thiasma et emménage chez Laurent, un ornithorynque australien bien plus compréhensif.

2026. Kurk se sait étourdi. Au moment de partir en vacances en Afrique du Sud avec sa femme, il choisit de lui confier son passeport pour éviter de l'égarer. Craignant d'oublier également ses papiers d'identités et ses bagages, il lui en confie la responsabilité, de même que son portefeuille, ses cravates et son appareil photo numérique. En arrivant à l'aéroport, après deux heures de routes, pour Kurk, c'est le drame : il a oublié sa femme à la maison. Ils partiront finalement à Melun.

2025. Martine Vasson est persuadée d'être une grande actrice. Habitée, elle s'infiltre dans les soirées à la mode, fume du champagne, taille des pipes à des monsieurs en cravate. Ses proches ne la comprennent plus et lui conseillent d'aller voir un psy. Mais Martine s'entête. Convaincue qu'elle doit adopter les mêmes attitudes que la célébrité, elle sombre peu à peu dans une folie douce où les rires gênés des  puissants  accompagnent ses pas. Un jeudi, en tombant par hasard sur sa carte d'idendité, elle découvre stupéfaite qu'elle ne s'appelle en réalité pas Martine Vasson, mais Laetitia Casta.

2024. Pierre, 16 ans, est le cadet d'une famille de la Creuse de cinq enfants, Kevin, Juliette, Kevin et Kevin. Il fait chambre commune avec Kevin et Kevin, pendant que Kevin loge, lui, avec Juliette. Son père, Kevin, et son second père, Kevin, gay lui aussi, adoptent en mars un chien qu'ils surnomment affectueusement Kevin. Mais si entre Kevin et Kevin c'est la franche camaraderie, entre Kevin et Kevin rien ne va plus. Les deux enfants ne se supportent plus, chacun trouvant refuge près de Kevin et Kevin - pour Kevin -, et Kevin et Kevin - pour Kevin. En avril, en tentant d'expliquer la situation à son meilleur ami, Pierre se tire logiquement une balle dans la tête.




Tiens, appelons Marianne.
    Je gratouille mes poches, émerge un portable, agrippe le gouvernail, commence à naviguer dans la liste de contacts, pas beaucoup, douze, puis me rétracte. « Elle doit travailler, de toute façon. »
    L’océan tempête. Larguez les amers. De partout les déçus fuient, anéantis par la houle d’un cube. De sombres déchirures traversent leurs visages. Les joues s'essuient et se ressemblent Une femme élégante, robe de duchesse, Massachusetts, se précipite vers les toilettes. Je l’avais entendue s’étendre pleine d’assurance, tout à l’heure, sur son avenir dans la compétition, dans un accent importé particulièrement bandant. Mes fesses me grattent. C’est gênant. Que fout Marianne ? Ce n‘est pas qu‘elle me manque, mais… Je serais plus rassuré de l’avoir près de moi. J’aurais tant aimé lui avouer mon bonheur, mais j’ai peur qu’elle ne fasse semblant, peur que ses félicitations cachent des moqueries sur ma passion, sur moi, qu’elle se dise que je perds mon temps sur des broutilles. Je n’ai pas envie de la décevoir pour une simple victoire. Une pistache, ah. Ma basket en a écrasé les restes. Dany Stockton vient d’être éliminé.
    De ma carrière, Tim Lanceau, mon second adversaire, connaît les grandes et moyennes lignes, celles que publient les sites internet spécialisés : vainqueur de l’Open de Concarneau en 2025, du Tournoi de Bruges et de celui d’Annecy en 2027, demi-finaliste des Championnats de France en 2027 et 2028, huitième de finaliste des Championnats du Monde à Rome en 2027. De Tim Lanceau, je ne connais pas grand-chose. Et comme il n’est pas né en Ile-de-France, il ne figure pas dans la base de données de Luciano. Je ne pourrais donc pas savoir comment il a vécu la branlée que je lui ai infligée, ni pourquoi il remue les lèvres sans discontinuer à l’instar des poissons rouges, les écailles en moins, les pattes - près des oreilles - en plus. Tant pis.
    Les organisateurs ont prévu un assortiment d’en-cas dans la pièce d’à-côté. Du jambon tranché en dés et tartiné sur du pain carré. Des crudités aussi peu désirables que la sœur de ma femme. Le match suivant n’étant prévu que dans une heure, il paraît plus malin d’aller dans une boulangerie ou une épicerie pas trop éloignée. Oui, c’est le plus malin. Je quitte l’hôtel, après avoir reluqué une dernière fois le poitrail désormais asséché de l’Américaine. Seuls trente-deux survivants demeurent en lice ; huit d’entre eux se qualifieront en fin d’après-midi pour la grande finale, dans quelques semaines.


Ecrire un commentaire - Publié dans : Le monde en 2030 - Voir les 14 commentaires
- Par Myblack
 
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus